En 1993 Samuel P. Huntington, autrefois expert en contre-insurrection de l’administration Lyndon Johnson au Vietnam, puis directeur de l’Institut d’études stratégiques de Harvard, publia son désormais célèbre Choc des civilisations. Jean-Christophe Victor, pour le dessous des cartes, examine cette théorie qui sert d'idéologie aux neoconservateurs américains et justifie les guerres actuelles pour l'opinion publique, d'une manière assez simpliste.
La plupart des gens, alimentés par une propagande médiatique désastreuse, sont convaincus de la véracité de cette thèse, et le replis identitaire qu'elle occasionne n'a pour seul effet que de renforcer l'opposition entre des civilisations qui devraient être complémentaires, comme c'était le cas au moyen-âge, malgré les conflits en Espagne ou en Terre Sainte. La redécouverte des philosophes grecs par les occidentaux est passée par les savants orientaux, ce qui a bouleversé notre histoire et a contribué à la renaissance. A cette époque lointaine, des deux côtés de la méditerranée, les philosophes arabes ou européens progressistes ont été combattus par l'orthodoxie religieuse réactionnaire. Mais déjà les intérêts politiques et économiques dominaient les clivages religieux et la "realpolitik" n'excluait pas des alliances politiques ponctuelles entre musulmans et chrétiens (en Palestine ou dans les royaumes des taïfas de l'Espagne médiévale).
S'affranchir de cette théorie fumeuse du choc des civilisations est le seul moyen pour l'humanité de progresser vers un avenir orienté vers la paix, et cet effort doit être fait de manière globale, du côté occidental comme du côté oriental. Mais voulons-nous vraiment évoluer vers une civilisation du futur, universelle et pacifiée, ou préférons-nous nous reposer sur nos repères culturels archaïques si rassurants et faciles à appréhender ?
C'est la grande question de ce troisième millénaire qui débute dans le chaos et le sang.
5 commentaires:
J'avais du temps ce soir et j'ai pu combler quelques lacunes. Merci Rimbus.
Salut Dima, il est pas mal cet épisode du Dessous des Cartes. En relisant mon petit commentaire, je le trouve bien aussi ;)
J'espére qu'ils tiendront compte des recommandations de l'équipe montée et chargée par Zapatero et Erdogan. Sinon pour ton commentaire, rimbus, non seulement il est bien mais aussi... lucide ;)
Je lisais dans le point sous la plume dévoyée de Nicolas Baverez que "Sarko ne se reconnaît nullement dans ces versions dures de la civilisation", et comme le disait Hassan II à un courtisan en disgrâce qui lui affirmait être son esclave, je répondrait "qu'il ne suffit pas de le dire", et que les actes de la diplomatie sarkozienne le classent sans équivoque dans le camp des néoconservateurs américains.
Maintenant, je suis amplement convaincu qu'il n'y a pas de doute que Sarko est néo-conservateur à sa manière. Je me pose la question "Qu'en sera t'il si jamais un ou une démocrate est élu(e) à la Maison Blanche en Novembre 2008 ?"
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