Pour cet été, j'inaugure avec plaisir une nouvelle rubrique littéraire consacrée aux trésors des chansons de salles de garde. Nos anciens étaient des esthètes et des épicuriens, et c'est avec fierté que je leur consacre ce modeste hommages.
Les odeurs suavesDes parfums je n'ai pas l'horreur,
Youhou
Mais j'estime qu'une odeur pure
Est préférable à toute odeur
Sans rapport avec la nature ;
Aussi je suis bien convaincu,
Comme de la plus simple des choses,
Qu'un cul, ça doit sentir le cul,
Et non pas l'essence de roses.
Je n'comprends pas qu'une putain
Youhou
Aille se fourrer entre les cuisses,
Et jusque z'au fond du vagin,
Des parfums qui gâtent la matrice.
Un livarot qui sentirait bon
N's'rait pas un fromage honnête ;
Un con ça doit sentir le con,
Et non pas l'essence de toilette.
J'ai dit à ma femme, ce matin :
Youhou
As-tu bientôt fini, sale bête,
De t'parfumer au lubin,
Et d'foutre ton cul dans la cuvette ?
R'nifle donc un peu l'bout d'mon noeud,
N'sent-il pas la vieille charogne ?
Un noeud ça doit sentir le noeud,
Et non pas l'eau de Cologne !
Je comprends qu'au comble de l'amour,
Youhou
Une femme suce la pine de son homme
Et qu'aussitôt, faisant demi-tour,
Il lui bouffe le cul comme une pomme ;
Ce sont là des plaisirs des dieux,
Car il faut que rien ne se perde ;
Mais pour se gougnioter dans les lieux,
Il faut vraiment aimer la merde.
Je comprends que changeant de trou,
Youhou
On encule sa ménagère,
On s'emmerde, mais après tout,
On jouit plus, puisque ça serre.
Elle vous dit, en baissant les yeux :
"Il fallait bien que je la perde."
Mais, pour se gougnioter dans les lieux,
Il faut vraiment aimer la merde.
Bref, j'vous l'dis en terminant,
Youhou
En amour je comprends les choses ;
Qu'on suce un vit mou et gluant,
Qu'on s'fasse minette et feuille de rose,
Baisant dur comme nos aïeux ;
Un pucelage c'est fait pour qu'on l'perde ;
Mais, pour se gougnioter dans les lieux,
Il faut vraiment aimer la merde.
Version
in extenso tirée des "Chansons De Salle De Garde", éditée par le Cercle du Livre Précieux (1962) - Paris.
Notes complémentaires :Freud spéculait que l'odorat avait été relégué au rang de sens mineur parce que l'humain, en se tenant debout, a éloigné ses naseaux des crottes de ses congénères. Du coup, contrairement à la plupart des mammifères, l'être humain est plus visuel qu'olfactif. D'inutile, l'odeur des autres est devenue désagréable: "L'homme développe une assez forte méfiance à l'égard des manifestations biologiques de l'animalité, explique André Holley, professeur de neurosciences à Lyon. Or, les odeurs corporelles sont perçues comme telles. D'où l'utilisation des déodorants." Nous avons donc tué les odeurs. Pas toutes cependant. A connotation sexuelle, les glandes apocrines fabriquent le parfum naturel de notre corps, le "musc". Bien placées, elles se concentrent essentiellement au creux de l'aisselle, sur le mont du pubis, la peau des testicules, l'anus et autour des mamelons et des grandes lèvres pour la femme. Ces odeurs corporelles créent un espace émotionnel intime, un cocon. Les sentir stimule le système parasympathique ou sympathique et apaise, sécurise. Ce qui influence directement nos émotions.
C'est dire si l'odorat joue un rôle important en matière de sexualité. Selon les sexologues, il semblerait même que les individus manifestement à l'aise dans l'univers des odeurs corporelles le soient dans la même mesure vis à vis de leur sexualité. A ce titre, les femmes sont plus particulièrement embarrassées par leur parfum intime. A tel point que certaines développent un fort sentiment d'embarras lors des préliminaires et se bloquent. Les sexologues conseillent parfois à ces patientes des exercices pour apprivoiser leurs odeurs - tel sentir sa culotte le soir, une habitude fréquente chez les enfants. Les fétichistes des odeurs corporelles n'auront pas à potasser ces exercices... Après sa victoire à Marengo, Napoléon écrivait d'ailleurs à Joséphine: "Je serai là dans trois jours, ne vous lavez pas".
(D'après le site suisse
Bluewin.ch)
Une lecture sur un
site consacré à l'univers olfactif des Chants de Maldoror permettra de décomplexer les gens aux odeurs fortes, adeptes des cosmétiques et honteux de leur nature généreuse.