
La communauté gitane de Arles était présente ce samedi d'automne, pour saluer la mémoire d'un arlésien célèbre, José Reyes. Un gitan qui a accompagné Manitas de Plata avec qui il a parcouru le monde. Mais malgré cette renommée, José Reyes est resté fidèle à sa caravane qui stationnait sur une petite place arlésienne, près du canal. Son fils,
François "Canut" Reyes, a créé l'association "Le monde de José Reyes", projet qui comporte une grande partie socio-culturelle en faveur des gitans de la ville, et cette place qui porte son nom est pour lui la reconnaissance attendue d'un artiste gitan qui ne s'est jamais coupé de ses origines, un homme simple qui est toujours resté le même "redevenant ferrailleur au retour de ses tournées triomphales". Quand je l'ai rencontré la semaine dernière rue des Porcelets a Arles, il m'a parlé de son projet :
La cérémonie était réussie, il y avait même une
verdine traditionnelle.

Et les officiels étaient là aussi, Michel Vauzelle, Schiavetti et le grand photographe Lucien Clergue, l'initiateur des Rencontres d'Arles, qui ne s'était pas trompé quand il a aidé dans les années 60 Manitas de Plata et José Reyes à se faire connaître, leur ouvrant ainsi la voie du succès international. Le succès n'a pas abandonné cette famille, puisque les petits enfants de Manitas de Plata (la fratrie Baliardo) et les fils de José Reyes se sont retrouvés dans les années 70 pour fonder un groupe de musiciens, Los Reyes, qui est devenu
Les Gipsy Kings. Ces artistes de renommée internationale font partie des artistes français les plus écoutés à l'étranger, et ne sont pas pour rien dans l'image d'Arles ville gitane.

Le mythe de la réussite musicale continue à jouer et attire encore des guitaristes gitans dans la ville.
Cristofe vient depuis peu de Perpignan, sur les traces des
Gipsy kings, avec pour seul capital sa guitare, mais aussi des liens communautaires et des liens de sang. Il n'a rien d'un "voleur de poules" et joue la rumba catalane et le flamenco gitan aux terrasses des restaurants de la place du Forum, en costume toujours impeccable. Il chante aussi des chants religieux auprès de la communauté évangélique gitane. Père de famille, sérieux et travailleur, il représente l'image d'une société gitane moderne et responsable. Il perpétue ainsi la tradition d'un José Reyes, et entretient la légende d'une Arles gitane et musicale.
Justement, la question gitane revient sur le devant de la scène politique européenne, avec le
premier sommet européen sur les Roms et les gitans (qui a eu lieu mi-septembre) qui veut promouvoir une politique commune pour lutter contre les discriminations dont ils sont victimes dans tous les pays membres. Depuis l'élargissement les Roms et les gitans sont devenus la plus importante minorité au sein de l'Union européenne.
A la suite des opérations de prise d'empreintes digitales des adultes et des enfants menées dans les camps roms en Italie début juillet, la Commission avait exigé du gouvernement Berlusconi un rapport, sur la foi duquel le vice-président de la Commission et commissaire aux affaires intérieures, Jacques Barrot, avait jugé, début septembre, que les principes de non-discrimination n'avaient pas été violés.
"Nous avons fait savoir au gouvernement italien que les recensements ne peuvent pas se faire sur une base ethnique. Il s'est engagé à suivre nos recommandations. Il y a les textes et la réalité. Nous avons vu les textes, ils sont convenables. Des parlementaires iront sur place. Et je ne tolérerai aucune pratique incompatible avec le droit communautaire. J'en fais une affaire personnelle", a-t-il déclaré, pour clarifier sa position.
Bien que le problème des roms des pays de l'est soit spécifique et n'ait rien à voir avec la vie des gitans arlésiens originaires de catalogne, la France n'est pas exempte de tristes souvenirs, a l'instar des expériences de Berlusconi, comme le
camp de Saliers, en Camargue.

A quelques kilomètres d'Arles, dans la Camargue marécageuse, ce camp regroupait pendant la deuxième guerre mondiale quelques centaines de gitans dans des conditions misérables assez semblables à celles d'un camp d'extermination, ce qu'il n'était pas : c'était une expérience du régime de Vichy de sédentarisation forcée d'une population libre et nomade qui a tourné à la catastrophe humanitaire.
Mais comme ailleurs, une petite communauté de tsiganes venus de l'est s'est établie à Arles.
Deux jeunes comédiens du tout nouveau film de Karim Dridi,
Khamsa, qui sort le 8 octobre et raconte une sorte de "400 coups" dans la communauté gitane des Bouches-du-Rhône, sont originaires du clan Gorgan, roms de Hongrie installés depuis 10 ans au nord de Arles. "Contrairement aux autres acteurs de Marseille ou Port de Bouc, qui sont tous gitans espagnols ou manouches, les deux cousins sont roms. Les relations entre Johnathan et Ismaël et les autres enfants n’ont pas été tout de suite évidentes" confie le réalisateur. Karim Dridi tient
un blog sur rue 89, qui est une sorte de making off dans lequel il raconte les rencontres occasionnées par la préparation du film. C'est pour lui l'occasion de donner la parole à l'association
Rencontres Tsiganes, dirigée à Marseille par Alain Fourest.