vendredi 2 octobre 2009

La loi de la peur



Un violeur récidiviste fait les grands titres. La France a peur. L'histoire n'est pas nouvelle, elle est horrible et frappe les imaginations.

Mais pourtant, selon Serge Portelli, "le taux de récidive en matière de viol est très bas, moins de 1%".

La ministre de la Justice, Alliot-Marie, souhaite que la castration chimique puisse "s'appliquer pendant l'incarcération, mais aussi après". Il faut "que la personne, qui doit être volontaire, n'ait pas ensuite la possibilité d'y renoncer, sauf à retourner en prison. C'est une proposition que je ferai dans le cadre de la loi qui sera déposée avant fin octobre" au Parlement.
Tout cela s'ajoutera à l'arsenal législatif mis en place depuis 2008, avec loi de rétention de sûreté, castration chimique et autres...

Cette merveille, la Loi n° 2008-174 du 25 février 2008, puise ses sources dans l'histoire européenne. Parmi les arguments avancés par la majorité pour justifier la mise en place d’une rétention de sûreté pour les « criminels dangereux », l’existence de mesures semblables dans d’autres pays démocratiques figure en bonne place. Le rapporteur UMP de la commission des lois, Georges Fenech, loue ainsi le « dispositif allemand » qui ne date pas d’hier. « La mesure de "détention de sûreté" (Sicherungsverwahrung) a été introduite dans le Code pénal allemand en 1933, sous la République de Weimar », écrit le député. Ce qu’il ne dit pas, c’est que, comme l'a révélé le Canard enchaîné, le signataire de cette loi « contre les récidivistes dangereux » n’est autre que celle du chancelier du Reich de l’époque, un certain Adolf Hitler ! À l’époque, son gouvernement parle déjà de « rétention de sûreté » après la peine si « la sécurité publique l’exige ». On a les références qu’on peut… (l'Humanité, 22/02/08)

Je préfère, moi, me référer à l'homme qui a abolit la peine de mort, Robert Badinter :
La « rétention de sûreté », telle qu'elle apparaît dans le projet de loi du 28 novembre 2007 est un « changement profond d’orientation de notre justice. [...] Après un siècle, nous voyons réapparaître le spectre de « l’homme dangereux » des positivistes italiens Lombroso et Ferri, et la conception d’un appareil judiciaire voué à diagnostiquer et traiter la dangerosité pénale. On sait à quelles dérives funestes cette approche a conduit le système répressif des Etats totalitaires. » (Robert Badinter, La prison après la peine, le Monde du 27/11/2007)

Si on disait que 99 % des violeurs ne récidivent pas, l'effet serait différent sur la population, et notre petit monarque ne pourrait se présenter comme le protecteur de la nation française. Combien d'entre eux seront touchés par cette peine sans fin ?

Tout ceci me fait penser encore à Alexis de Tocqueville :

« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître."

4 commentaires:

pascale a dit…

merci de votre post,qui nous rappelle à juste titre, à la dignité humaine quelles que soient les tares qui peuvent l'entacher.
J'ai eu une apréhension certaine en entendant froidement énoncé le terme de castration chimique.
Aucun gouvernement, aucun chef, ne peut instaurer la paix parfaite, la sécurité maximale par des procédés de ce genre. Encore une fois, d'où toute l'importance de ce ce poste régalien, par excellence, il existe une justice, qu'elle soit rendue pour le bien commun. Le viol, le meurtre sont hautement répréhensibles, que les sanctions le soient aussi, mais n'y mêlons pas les docteurs et les chimistes. ils ont d'autres choses à accomplir.

Didier Goux a dit…
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Janfi from Mars a dit…

C'est bien, tu lui as coupé la chique à D.Goût, d'ailleurs c'est tout ce qu'il inspire...

Rimbus a dit…

@pascale : c'est un sujet délicat à traiter, le problème c'est qu'il ne faut pas légiférer en se référant à l'exception, les dérives sont toujour possible et l'enfer est pavé de bonnes intentions...

@Janfi : je suis chez moi, je fais ce que je veux ;-)