jeudi 8 octobre 2009

Vie privée, vie lubrique


La vie privée de ceux qui nous gouvernent a toujours suscité l'intérêt de leurs administrés.

A la belle époque, la bonne société produisait déjà son lot de scandales et la politique prenait parfois des allures de Vaudeville, comme aujourd'hui.

Ainsi, en 1908, un nouveau collaborateur du Président du Conseil George Clemenceau recevait ces croustillantes instructions :
"Vous serez discret. - Mais j’ai l’habitude de l’être, mes dossiers sont déjà souvent confidentiels ! - Oui, mais vous allez connaître, de fait, une partie de la vie -très- privée de notre Patron. Si vous croisez par exemple Rose Caron, la cantatrice, vous faites comme si vous n’aviez rien vu. Ne le répétez à personne, les journalistes ne sont jamais loin. Clemenceau serait scandalisé si l’on faisait même une simple allusion à sa vie privée, dans la presse."
On s'amusera de noter que la mort de l'illustre Félix Faure, une dizaine d'années auparavant, alors qu'il était dans les bras de sa maîtresse, avait motivé de la part du même Clemenceau cette hilarante oraison funèbre : "Il a voulu vivre César et il est mort Pompée".

Oui, les frasques des puissants (qui sont des êtres humains, soumis aux exigences naturelles) sont toujours scrutées -comme celles de notre voisin, de notre copain- et alimentent les discours gras des comptoirs des estaminets populaires.

Il faut dire que nos gouvernants ont entre leurs mains notre législation, et qu'à ce titre leur conduite devrait être exemplaire. Et que celui dont l'exemplarité est douteuse devrait renoncer à un poste de cette importance. On en est bien loin.

Mais il serait trop simple de se cacher derrière cette notion de vie privée. Un ministre de la Justice, par exemple, a accès à des dossiers brûlants et sa vie privée pouvant cacher des proximités intimes susceptibles d'entrainer des conflits d'intérêt, une totale transparence est nécessaire (la "paternité anonyme" de l'enfant de Rachida Dati était tout à fait scandaleuse à ce titre, tant qu'elle était en charge place Vendôme).

Berlusconi, Bill Clinton, DSK… La liste est longue, et la vie sexuelle des élites est souvent regardée à la loupe, à tort ou à raison. C'est le prix à payer pour exercer le pouvoir, qu'on le veuille ou non. Et puis nos ministres ou chefs d'états sont bien au courant de ce système médiatique dont ils ne voudraient user qu'à leur seul avantage.

Les choses ne sont pas si simples, et l'action de nos dirigeants doit être surveillée dans ses moindres détails, concernant leur fortune, leurs affaires, leur népotisme ou leurs mœurs, en toute transparence. Il me semble que c'est la moindre des choses que peuvent attendre des citoyens de ceux qui les dirigent : une vertu sans tache, justifiant le pouvoir qu'ils exercent et la fortune qu'on leur concède. Que ceux qui ont des actions honteuses à cacher s'écartent du pouvoir politique.

Et qu'on arrête de nous servir la mauvaise soupe de la vie privée, quand certains, grâce à leur fonction, favorisent leurs affaires, leur familiers ou leurs enfants

19 commentaires:

7didane a dit…

Je ne pense pas que nous sommes obligés de choisir entre 2 extrêmes.

Les dérives du pouvoir, en l'occurrence le favoritisme, est à régler dans le cadre de la loi.

Comme le respect de la vie privée.

Je pense que la loi sait gérer cette subtilité.

Je n'attends pas d'un homme au pouvoir d'être morale.

J'attends qu'il travaille pour mes intérêts et qu'il arbitre quand ces dernières sont en conflit avec ceux des autres : dans le cadre de loi (législateur).

Qu'il couche avec X ou Y ne me concerne aucunement. Et s'il y a abus, c'est à juger comme pour les autres citoyens.

Rimbus a dit…

@7didane : nous ne sommes pas d'accord sur ce point. Choisir d'être ministre c'est choisir d'être au dessus des autres, d'être différent des citoyens lambda. Tout avantage a son prix.

Zoë a dit…

J'attend d'un homme politique qu'il soit d'une rigueur morale exemplaire pour ce qui est de la morale publique = respect des lois. La sexualité n'appartient pas à cette sphère sauf lorsqu'il s'agit de viol ou d'abus de mineur(e)s. Qu'ils aient comme Chirac ou Giscard(selon la rumeur) une floppée de maitresses m'indiffère absolument. J'oserais dire que je préfère encore un type qui se donne du bon temps plutôt qu'un ayattollah qui regarde les femmes comme créatures du diable

Rimbus a dit…

Ben heureusement, pourquoi se priver de ce qui est autorisé ?
Non, je disais ça parce qu'il se trouve qu'en Thaïlande la prostitution est illégale...

Eric citoyen a dit…

Surveiller les mœurs des politiques ... "?"

Pour le reste je suis totalement avec toi !

@ +

Bésitos

Alexis a dit…

Oulà mon gars ! Ça dérape !
Ça sent la ligue de vertu. Juste un truc, on ne choisit pas d'être ministre. Moi tu vois par exemple le cirque des culs pincés et bigots autour des aventures de Bill Clinton m'a consterné. On a vu ce que ça donnait avec son successeur, le repenti repentant d'une droiture morale renaissante (reborn en amerlo).
Je retiendrai de Kennedy autre chose que ses frasques avec Marilyn, ou en tous les cas, ce n'est pas à cette aune là que je le jugerai.
Et toi, si (on est à l'abri de rien) à force de fréquenter des potes à Pierre Bergé on te demandait d'être ministre, t'aurai quoi à confesser ? Dans le genre fornication cosmopolite et interlope ? Tu inhales ou pas ?

Et, comme disait Chirac ou Villepin, je sais pu, c'est pas pasqu'on est amis qu'on n'a pas le droit de se dire qu'on est pas d'accord.

Et je préfère Cohn Bendit à Boutin.

Le coucou a dit…

Ton billet est très bon, au service de ta thèse. Mais je n'en partage pas tous les points. Je n'ai pas envie de vivre dans une société puritaine à l'anglo-saxone. Je préfère reconnaître à nos élus leur droit à une vie très privée. Et donc, je trouve insupportable la médiatisation dont elle devient de plus en plus l'objet sous N. Sarkozy.

Rimbus a dit…

@ Eric : tu défends Berlusconi maintenant ? Tiens, c'est génial, Mitterrand peut aller s'acheter des petits thaïlandais, alors Berlusconi a raison de se payer des call girls.
Belle vision de la vie politique.

@ Alexis : je ne suis pas ministre et ne le serai jamais, mes dépravations me regardent et je n'en fais pas la publicité.

@ le coucou : même réponse qu'à Eric, plus haut (ou chez toi, avec d'autres arguments).

Monsieur Poireau a dit…

Et s'il fait une confession publique face au peuple, qu'il avoue publiquement sa honte, on le gracie ou bien ?

[Je comprends ton point de vue mais, me semble-t-il, il reste à définir ce qu'est une sexualité acceptable. Si tu veux te charger de cette tâche… :-)) ].

Rimbus a dit…

@ Poireau : ben je sais pas vraiment... Berlusconi a-t-il une sexualité acceptable pour un chef d'état ? Je crois qu'un responsable politique devrait être totalement "transparent" sur sa vie, ses affaires, ses biens, ses moeurs. Si il y a des gens qui préfèrent garder leur mystère, s'ils veulent cacher des choses, qu'ils ne fassent pas de politique. Je crois que le luxe, le pouvoir doivent avoir un prix à payer. C'est trop facile sinon.

BA a dit…

Frédéric Mitterrand dit à Laurence Ferrari : " Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a pas commis ce genre d’erreur. Parmi tous les gens qui nous regardent ce soir, quel est celui qui n’aurait pas commis ce genre d’erreur au moins une fois dans sa vie ? ".

On peut sans doute imaginer que tous les téléspectateurs du journal de Laurence Ferrari n’ont pas pratiqué, même une seule fois dans leur vie, le tourisme sexuel en Thaïlande...

http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=23861

Janfi from Mars a dit…

Ce que j'ai particulièrement "apprécié" dans cette histoire, c'est Brice Hortefeux, le soldat de la République comme il aime à se définir lui-même, premier flic de France comme le veut sa fonction actuelle (et on rejoint là Clemenceau)défendre Frédéric Mitterrand en en soulignant les compétences ministérielles. Mais secrétement aussi, peut-être voulait-il exprimer sa "solidarité" vis-à-vis du touriste sexuel, lui dont le regard lubrique porté sur les jeunes prostituées des hôtels de grand luxe des capitales africaines qu'il fréquentait (aux frais de la République donc) du temps où il n'était que ministre de l'identité nationale (je vous passe le reste) me laisse encore plus que songeur... d'autant qu'il était aussi à cette époque, rappelez-vous, c'était il n'y a pas si longtemps, le fervent promoteur des fameux tests ADN. Après tout me direz-vous quand on souhaite le renvoi des Africains illégaux chez eux, faut bien aller sur place pour mater les petits culs blacks, ce qui n'est pas interdit par la loi, il est vrai. Et après tout, si en plus la gamine est à peine majeure, ou peut-être même pas, c'est un rinçage de l'oeil d'autant plus appréciable, j'imagine, qu'il est ainsi en quelque sorte "payé" par les contribuables français puisque "consommé" durant les heures de "travail"... Bref, l'Auvergnat qui ne mange pas du cochon, mais sans doute aussi du lard, à la rescousse (c'est un soldat, ne l'oubliez pas)de F. M., c'est finalement un peu la peste qui soigne le choléra. En attendant, les dégâts sont là...

Monsieur Poireau a dit…

Rimbus : tu parles de la nécessité de la transparence quant à nos élus (et non dirigeants !). Or, dans le cas présent, le Minsitre a publié un "récit-roman" dans lequel il est transparent et clair sur sa sexualité. C'est même à cause de cela qu'on lui tape dessus.
D'autre part, je pense dangereux d'exiger la transparence, c'est une notion qui trouve sa limite dans les notions de vie privée, par exemple, ou simplement d'intimité.
Exiger la transparence est vraiment une pente dangereuse, à mes yeux !!!
:-))

Janfi from Mars a dit…

@ M. Poireau : oui mais le Frédo, il l'a écrit il y a 4 ans son livre quand il n'était pas encore ministre et que sarko n'était pas encore au pouvoir et qu'il n'avait donc aucune chance de le devenir, ministre. Aujourd'hui, à mon avis, il ne l'écrirait plus ce livre donc parler de transparence me semble un peu trop rapide. En revanche, lorsqu'il se rêvait encore écrivain, finalement, ça le faisait un peu mieux alors, surtout quand il faut vendre, d'afficher ainsi des moeurs disons, pour être gentil, un peu canailles... Rappelons qu'Houellebecq (que chante l'amoureuse à Nicolas) a bâti ces dernières années son succès littéraire (et commercial)sur ce même type de sujets et frasques sexuels.

Monsieur Poireau a dit…

Janfi : et alors ? En quoi être ministre devrait lui faire renier sa fonction d'auteur ?
Aurait-il dû ne rien écrire parce qu'il courait le risque de devenir ministre ?
Ca ne devient pas un petit tordu comme fonctionnement ?
:-))

Janfi from Mars a dit…

@M.Poireau (Hercule, I presume ?): sorry, je me suis mal exprimé, ce que je voulais dire c'est que si il avait su avant qu'un jour il serait ministre, il aurait peut-être choisi de parler d'autre chose que de ses amours tarifés avec les prostitués thaï, "ces gosses" comme il le dit lui-même dans son texte (ce qui est tt de même assez ambigu)car suffisamment intelligent pour savoir que cela lui pourrait être reproché plus tard en tant que ministre, donc à mon sens si transparence il y a, elle est fortuite et non "ministérielle" disons.
Pour ma part, je pense qu'un régime qui soi-disant combat le tourisme sexuel, ne peut être représenté par un "consommateur" du tourisme en question, c'est une question de logique. Frédo doit donc démissionner et renoncer à ses privilèges ministériels (et d'autres seraient bien inspirés d'en faire de même, je trouve...) Après, en tant qu'écrivain, il est bien entendu libre de ne représenter que lui-même et de faire et écrire sur ce qu'il veut, y compris surfer sur des sujets qu'il sait vendeurs... :-)

Janfi from Mars a dit…

@et à Alexis : sorry again, mais moi je trouve que si, on choisit d'être ministre. Après tout, il pouvait toujours refuser, personne ne l'a obligé Frédo à accepter le poste. Je rejoins donc Rimbus et pense qu'une telle fonction exige en retour certaines choses, notamment d'être en accord avec ce que l'on réclame des autres, en l'occurrence respecter la loi. Donc point de puritanisme là-dedans, à mon humble avis, seulement du bon sens. Bonjour chez toi.

BA a dit…

Evidemment, j’ai lu ce qu’on a pu écrire sur les commerce des garçons d’ici et vu quantité de films et de reportages; malgré ma méfiance à l’égard de la duplicité des médias je sais ce qu’il y a de vrai dans leurs enquêtes à sensation; l’inconscience ou l’âpreté de la plupart des familles, la misère ambiante, le maquereautage généralisé où crapahutent la pègre et les ripoux, les montagnes de dollars que cela rapporte quand les gosses n’en retirent que des miettes, la drogue qui fait des ravages et les enchaîne, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic. […]

Bizarrement, il a plus de mal à retirer son pantalon et son caleçon américain, il évite mon regard, un fond de pudeur, une ombre d’inquiétude peut-être devant mon comportement qui doit lui paraître exagéré, insolite. Ces gosses ont largement l’habitude des hommes bien qu’ils ne les aiment pas vraiment, ils considèrent leur désir avec satisfaction mais avec une sorte de persistance dans l’étonnement candide ;

Frédéric Mitterrand, « La mauvaise vie ».

http://www.liberation.fr/livres/0101595944-que-dit-la-mauvaise-vie

BA a dit…

Il y a deux justices aujourd’hui en France.

Ceux qui sont puissants sont au-dessus des lois. Tout leur est permis. Ils peuvent devenir ministres, puis rester ministres malgré tous les scandales. Ils peuvent échapper à la justice puisqu’ils font partie de la cour. Ils peuvent échapper à la justice puisqu’ils sont des proches amis de la reine.

Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Népotisme, ploutocratie, puissants au-dessus des lois, faillite financière, faillite économique, faillite sociale, faillite idéologique, et, surtout, faillite morale.

C’est une ambiance de fin de règne.