
Un commentaire de mon ami Alx de Casa, sur ma dernière note contre l'engagement en Afghanistan, mérite un développement.
Il soulève la question de nos valeurs occidentales issues de la philosophie "des lumières" née en Europe au XVIIIe siècle et qui fondent notre conception moderne de la démocratie.
Ainsi, d'après lui, ces valeurs justifient notre engagement militaire en Afghanistan.
Et pourtant...
40 ans avant le règne des talibans, dans un Afghanistan souverain, le port de la burka était bien présent :
Dans un extrait vidéo à visionner absolument pour comprendre l'afghanistan, consultable sur le site de l'Ina, J. Kessel raconte que la fille d'une française mariée à un prince afghan porte la burka, non pas sous la contrainte, mais parce qu'elle est "afghane", comme dit sa mère qui n'y peut rien. Dans un autre extrait il raconte qu'une femme avait le choix entre être libérée de sa peine de prison de 10 ans si elle se laisse filmer a visage découvert. Elle refuse, devant un Kessel éberlué.
Les talibans n'ont rien inventé.
Nos efforts pour combattre le fondamentalisme pachtoune sont peut-être même contre-productifs. L'alcoolisme enraciné dans notre culture (le sang du Christ), l'aspect laïc de notre monde, son exhibitionnisme sexuel banalisé depuis les années soixante, sont difficilement conciliables, défendables même, face au rigorisme des musulmans radicaux. Quand madame Laura Bush affirmait que les victoires militaires des Américains en Afghanistan avaient libéré les femmes et leur avaient permis « d’écouter de la musique et d’envoyer leurs filles à l’école », on est en droit de penser qu'au contraire, la violence de 30 années de guerre a placé la femme afghane dans une situation de soumission plus grande encore face à l'homme combattant.
La valeur militaire des résistants afghans, c'est à dire des fondamentalistes (armés naguère par ceux-là même qui les combattent aujourd'hui), n'est-elle pas une victoire de la vertu religieuse ? Balayé l'athéisme socialiste des soviétiques, vaincue l'alliance de l'occident dépravé qui soutient les juifs israéliens, et qui n'arrive toujours pas à s'imposer malgré sa technologie supérieure. Un signe du ciel, vraiment, qui montre bien la supériorité de la morale musulmane à qui veut la voir...
Ainsi, au nom de nos valeurs occidentales, de leur universalité supposée, il faudrait par la force changer les coutumes de ces civilisations millénaires que nous jugeons archaïques et indignes de persister. Joseph Kessel, encore lui, songeait en 1965 à ce progrès qui gagnait l'Afghanistan traditionnel. Dans une dernière vidéo, il déclare que le progrès est un mouvement inexorable et c'est de la tendresse que lui inspire ce Kaboul antique encore épargné par la modernité, peuplé depuis des siècles de femmes en burka. Un afghanistan d'avant guerre, avant que des forces étrangères n'y sèment la ruine et la désolation, plus que le progrès et la prospérité....A trop vouloir bien faire, à se mêler des autres civilisations en exportant nos valeurs, aveuglés par cet orgueil qui nous fait croire que nous détenons la seule vérité, à vouloir imposer un prétendu bonheur caractérisé par un système économique fou qui a pourtant démontré son absurdité, nous sommes prêts à bombarder des maisons de torchis en sacrifiant femmes et enfants, poussant un peu plus la population du côté de ceux qui résistent, les chefs de guerre fondamentalistes.
Bien sûr nous nous insurgeons avec raison contre la destruction des bouddhas de Bâmyiân, en oubliant qu'avant Viollet-le-Duc nous agissions de même dans notre vieille Europe en démontant les édifices antiques pour reconstruire du neuf... et que dire des révolutionnaires français qui ont décapité les statues de pierre des églises comme ils guillotinaient leurs rivaux du moment !
Sommes nous donc devenus si purs jusqu'à être lavés des fautes de nos ancêtres ?

Nous sommes toujours comme ces colons missionnaires des années 30, un fusil dans une main et une bible dans l'autre, qui refont le monde et ses limites pour le salut de l'humanité.
Combien de millions de morts a causé leur vision occidentale cartésienne (avec ses frontières pragmatiques tracées à la règle), en Afrique, en Asie, ou aux amériques ?
Et puis il faudrait être bien naïf pour se laisser abuser par des raisons morales, comme si l'âme ou le bien être des paysans de l'Hindou Kouch nous importait... Les guerres n'ont pour motifs que l'exploitations des richesses territoriales ou énergétiques, la stratégie géopolitiques.
Le cynisme de nos dirigeants nous présente de jolies fables pour toucher notre sensiblerie, de bons gros mensonges basés sur des principes justifiants tous les débordements, et le peuple pétri d'angélisme d'applaudir nos héros tombés au champ d'honneur pour défendre la veuve et l'orphelin. Comme c'est beau. Et le peuple en redemande, il y gagne aussi sa tranquilité spirituelle, persuadé de faire avancer l'axe du bien contre celui du mal. Magie de l'idéologie qui fait tout accepter et empêche d'y voir clair. Merveilleuse propagande qui subjugue et fait d'un agneau un loup, ou l'inverse, selon les besoins.
A découvrir sur le site du Monde les images de propagande de l'armée française :

Mais on ne converti jamais par la force, et la morale qui guide un peuple est toujours subjective, singulière. Apprenons plutôt à respecter les différences de l'autre, à les comprendre sans a priori, et regardons-nous attentivement et avec lucidité avant de jeter systématiquement l'opprobre sur les particularités d'autrui. Ainsi le monde sera peut-être plus juste, et notre orgueil sera moins destructeur.
Nous en sommes encore loin...















