
Alors qu'en France Nicolas Sarkozy fait d'un vêtement porté par moins de 400 personnes, une question majeure de la vie politique française (au point d'en parler pendant son premier congrès de despote républicain), au Soudan c'est une jeune femme qui risque 40 coups de fouets pour avoir osé porter un pantalon dans un restaurant de Khartoum, la capitale. La jeune femme écrit régulièrement dans le journal soudanais indépendant Al-Sahafa, qui a des sympathies de gauche liées à l'opposition et collabore à la Mission des Nations Unies au Soudan (Unmis).
Au fond, c'est un peu la même chose, mais inversée.
Un pouvoir cherche a imposer une pensée unique, et combat à coup d'interdits et de sanctions les autres idéologies. Bien entendu, sur la forme il n'y a rien de comparable. La question portée au sommet de la république française ne se traduirait pas par une sanction physique d'une autre âge. On ne sait pas par quoi elle se traduirait, du reste, et toute la question est là.
Mais sur le fond, il s'agit de la même chose. Le pays occidental veut condamner l'expression d'une pensée qu'il combat, la dictature musulmane condamne l'expression du mode de vie occidental.
La seule position honorable pour la France serait de tolérer officiellement ces 400 femmes voilées intégralement, au nom de la liberté de pensée, et fort de ce principe, condamner vigoureusement l'attitude de Khartoum, par voie diplomatique et officielle. Dans le cas contraire, nous ne pourrions qu'accepter une réaction du pouvoir soudanais, comparable à la notre.
Il faut soutenir la journaliste soudanaise Loubna Ahmed al-Hussein, et laisser les femmes s'habiller librement, en mini-jupe comme en niqab, en garçon si elles le souhaitent.
Jugement le 4 août prochain.
(à lire sur Libération)



