dimanche 6 juin 2010

Porte nawak ou l'éloge de l'insulte


A-t-on plus le droit de dire "sarko enculé" que "les arabes c'est quand y en beaucoup que c'est un problème" ? 

Si on juge les propos de Brice Hortefeux condamnables, comment s'offusquer de l'avertissement de Philippe Val à Didier Porte pour impertinence (le 20 mai dernier, il avait conseillé à Fillon, au cours d'une chronique à l'humour potache, de se défouler en disant "sarko enculé") ?

Voilà que l'actualité ne cesse de rebondir sur le thème de la liberté d'expression, du droit à l'humour, de la censure. 


Encore une fois, on peut se poser des questions sur le bien-fondé de la loi Gayssot, sur la censure toujours plus présente et le formatage des esprits.
Pire encore, c'est l'hypocrisie des "neopuritains" qui est inquiétante. Ils s'attachent à la forme en négligeant le fond. 

Par exemple, j'ai le droit d'écrire "Nicolas Sarkozy me semble un mauvais président de la République, je juge sa politique perverse et sa manière personnelle de la mettre en œuvre contestable, son profil psychologique me paraissant inquiétant" mais pas "Sarko enculé" (au fond cela revient au même, en plus court). Personne ne prend en effet cette expression au pied de la lettre, imaginant Nicolas Sarkozy prendre le sien en subissant la sodomie. On sait bien que cette insulte recouvre l'action politique et l'image qu'on connait du président.

Autre exemple, Brice Hortefeux aurait pu dire au jeune militant qu'il avait croisé à Seignosse : "vous êtes un représentant atypique de votre communauté, mais néanmoins je considère qu'il y a un problème en France avec l'immigration d'origine maghrébine et son intégration", ce qui revenait au même que sa petite blague, l'humour en moins, et personne n'aurait intenté de procès à son encontre.

Je me demande si je ne préfère pas la franchise, qu'on laisse les gens dire ce qu'ils pensent réellement, sans qu'ils travestissent leur propos derrière des circonlocutions ornementales.
On repère un con si on lui laisse dire des conneries, et c'est bien utile. C'est un peu comme la barbe de l'intégriste, si on lui coupe, comment le repérer de loin ?


Ce règne des procéduriers, des législateurs tracassiers, n'est bon pour personne. Les gens trop attachés à défendre leur honneur sont ceux qui le savent trop fragile.

En plus, l'insulte est plus courte, plus directe, et donc mieux adaptée au format de la communication moderne (Chroniques rapides, Internet, Twitter etc.), comme elle s'est intégrée a la discussion populaire (putain, con, enculé, sont presque comme une ponctuation du langage dans certains cas). Souvent l'insulte n'est qu'un bon résumé reflétant l'état d'esprit de l'auteur.
Cambronne a su dire "merde" à Waterloo, et Mac Auliffe "nuts" à Bastogne. Il aurait été inutile d'en dire plus.

Si l'expression était une balance, entre ses deux extrêmes, un monde outrancier et libertaire et un monde puritain et ultra-réglementé, il y aurait un juste équilibre à trouver.
A mon sens, la balance penche d'un côté répressif, et ce ne sont pas les bonnes intentions du Mrap ou les pudeurs de Philippe Val qui vont aider à atteindre l'équilibre.


Serais-je plus attristé qu'un commentateur de ce billet me dise "Rimbus tu es un con" ou "cher monsieur, votre discours reflète une profonde incompréhension de la société, vous êtes dans l'illusion, vous parlez pour ne rien dire et vous vous couvrez de ridicule" ?

Je crois que je préfère le premier commentaire.

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25 commentaires:

Didier Goux a dit…

Et allez hop ! encore un billet avec lequel je suis en accord !

Sinon, vous savez bien que, quand il s'agit du président de la République, ou à la rigueur d'un de ses ministres, on a absolument tous les droits...

En revanche, s'en prendre à un comique-de-la-radio, ça, c'est mal.

Nouvel Hermes a dit…

Didier Goux m'a traité de con! N'étant pas noir, je ne peux pas lui mettre le MRAP sur le dos... Je ne suis qu'un petit blanc sans défense. c'est pour ça qu'il a osé!Il croit que je suis ministre?

Gwendal a dit…

Errata : Le conseil de Didier Porte s'adressait à De Villepin et pas à Fillon.
Sinon, je suis, tu t'en doutes, d'accord avec ton approche des choses.

captainhaka a dit…

Rimbus, tu t'égares ! Le bruit et l'odeur c'était potache alors ?

Rimbus a dit…

@Didier Goux : ça devient une habitude, l'un de nous 2 déconne :-)

@Nouvel Hermes : moi aussi il m'a traité de con, ce n'est pas si grave, en tout cas pas de quoi intenter une action en justice, hein ?

@Gwendal : c'est bien possible, l'important c'est de résister aux gardiens des bonnes moeurs.

@CaptainHaka : je trouve ça très bien qu'un homme politique dise ce genre de conneries, je préfère qu'il parle plutôt qu'il ne fasse que penser. Au moins on sait à qui on à affaire.

Le coucou a dit…

Poursuivre, interdire, condamner: tu as raison. Par contre, dénoncer est naturel et même salutaire.

Rimbus a dit…

@lecoucou : nostalgique de la Komandantur ?

Nouvel Hermes a dit…

C'est un peu pute! Dénoncer une idée ou un comportement, ce n'est pas dénoncer un individu: apprenons tous la valeur des mots. Même si c'est de plus en plus difficile...

Le coucou a dit…

Ben voilà, Hermes a répondu… Merci!

humbert a dit…

Vous écrivez : «prendre (son pied) en subissant la sodomie».
Êtes-vous sûr que "subir" soit le mot exact ?

Nicolas a dit…

Tiens ! Les gens sont d'accord. Pourtant que je traite un commentateur de connard quand il me dit "cher monsieur, votre discours reflète une profonde incompréhension de la société, vous êtes dans l'illusion, vous parlez pour ne rien dire et vous vous couvrez de ridicule", on m'engueule...

Didier Goux a dit…

Nicolas : vous on vous engueule parce que vous êtes number one, c'est tout différent : c'est de la jalousie !

Nicolas a dit…

Ah.

Rimbus a dit…

@Lecoucou & Nouvel Hermès : j'avais bien compris, ce n'était qu'une taquinerie ;-)

@humbert : je suppose que Sarkozy, marié 3 fois, est un hétérosexuel peut coutumier de la sodomie, mais je peux me tromper, évidemment.

@Nicolas : Je n'ai jamais dit qu'on ne pouvait pas se fâcher suite à des insultes, je pense même qu'il est légitime d'en balancer d'autres en retour, mais de là à entamer une procédure judiciaire... De plus, je ne suis pas partisan de l'insulte à outrance, tout est question de mesure et de contexte.
Ma conclusion est qu'il faut trouver un juste équilibre entre la pudibonderie et l'outrance ordurière.

Nicolas a dit…

Tiens ! Je sors de chez Hermès. Bon billet.

Pareil, je suis partisan de l'insulte à outrance et ceux qui s'en plaignent alors qu'ils n'arrêtent pas de casser les gens auront le droit à l'appellation de trous du cul.

See Mee a dit…

"On repère un con si on lui laisse dire des conneries, et c'est bien utile." Très juste !

Ce qui n'est pas résolu, dans tout cela, c'est l'étalonage de la balance : quel est le point d'équilibre ? Surtout qu'on est toujours le con de quelqu'un, et que tout le monde n'a pas la même susceptibilité.

Rimbus a dit…

@Nicolas : il a bien compris que le nœud du problème c'est cette putain de loi Gayssot.

@See mee : puisque tu aimes mes aphorisme, moi je préfère celui-ci : Les gens trop attachés à défendre leur honneur sont ceux qui le savent trop fragile.
Ceci répond à ton questionnement sur la variabilité des susceptibilités, d'une certaine manière. C'est une variation du "la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe".

dedalus a dit…

Je te l'ai dit chez moi, je le répète donc ici : ce ne sont jamais les mots, aussi grossiers ou vulgaires soient-ils qui sont "condamnables", mais la violence qu'éventuellement ils véhiculent, comme toute violence.

Je ne dis pas que je suis non-violent, je dis que quand je mets un coup de boule à quelqu'un, je m'attends à ce qu'éventuellement ma victime porte plainte. Au juge ensuite de décider.

Il est heureux qu'un état de droit pénalise les violences... et proportionne les éventuelles sanctions.

Il est heureux qu'on s'autorise malgré tout et à l'occasion à enfreindre la loi.

Tout n'est ensuite qu'affaire de mesure et de nuance...

Rimbus a dit…

Dedalus, j'ai répondu chez toi, mais je rajoute ici que je fais une différence entre les paroles et les actes.
Je pense que Porte n'est pas condamnable d'avoir mis en scène un personnage qui dit "Sarko je t'encule", mais s'il sodomise Sarko contre sa volonté, c'est un viol et il doit être sévèrement puni.

Nicolas a dit…

Contre la volonté de Porte ? Dans ce cas, il mérite une médaille.

dedalus a dit…

Le gros de notre très intéressante discussion est chez moi - même si Nicolas n'y a encore participé ;-) - et je viens de répondre à ta réponse.

Toutefois, pour rebondir sur le fait qu'il faille distinguer entre paroles et actes, je copie ici ce sur quoi je termine là-bas :

Bien des violences conjugales, ou professionnelles, se cantonnent dans la parole. Elles n'en sont pas moins destructrices... donc punissables.

Nicolas a dit…

Dedalus,

Non, je n'ai pas participé. J'ai pourtant lu ton billet mais j'ai du mal à voir où tu veux en venir.

En plus, toutes ces histoires de chroniqueurs radio sur France Inter m'intéressent assez peu. Je n'ai jamais écouté Guillon à l'antenne et je n'ai jamais écouté Porte le matin.

dedalus a dit…

Nicolas,

C'était un clin d'œil, pas une plainte. Heureusement, la liberté d'expression s'étend jusqu'au droit de se taire. Et moi-même j'en use beaucoup ces derniers temps.

:-)

Rimbus a dit…

@Nicolas : banlieusard, va ! (j'abuse de mon nouveau droit à l'insulte que je viens de m'attribuer)

@dedalus : on a pas fini de débattre, avec ce sujet.

Mais c'est vrai que tu te faisais rare. Et depuis que j'ai été censuré suite a une injonction d'avocat, je suis assez remonté pour défendre la liberté de parole, becs et ongles. A moins que ce ne soit la récente visite de Chomsky a Paris qui m'ait ému. Peut-être les deux.

mtislav a dit…

"Ce règne des procéduriers, des législateurs tracassiers, n'est bon pour personne. Les gens trop attachés à défendre leur honneur sont ceux qui le savent trop fragile." Bel aphorisme.