lundi 23 août 2010

El Lobo, matador Arlésien


El Lobo pendant une tienta (épreuve de sélection des vaches chez un éleveur)

Rencontre avec un torero Arlésien qui a abandonné son habit de lumière, mais pas son âme de matador.

Sur la Place du Forum, au cœur d’Arles, le Tambourin, “bar des aficionados”, ne passe pas inaperçu. C’est qu’à l’intérieur, une tête de toro et de nombreuses affiches rappellent que le fils de la maison est un matador.

Charlie Laloë n’est pourtant pas Arlésien de souche. Né à Bagnolet, en région parisienne, il arrive à Arles petit garçon, et découvre la corrida. L’enfant est ébloui et n’aura qu’un rêve, devenir torero. « Ma mère n’était pas vraiment d’accord » confie celui qui est devenu El Lobo quand il a pris son alternative et est devenu matador de toros. Mais l’obstination et le travail font céder les parents, et Charlie s’entraîne à l’école taurine, puis combat des toros et fait sa première mise à mort, à 13 ans. « Un moment que je n’oublierai jamais » dit-il.

Ensuite, commence pour lui un autre combat, plus difficile : se faire remarquer dans les novilladas (corridas de jeunes toros), pour se faire adouber par l’élite des matadors. Il ne faut pas moins de 20 novilladas pour pouvoir prétendre à l’alternative. En 1999, la même année qu’un autre Arlésien, Jean-Baptiste Jalabert, il est confirmé et prend son nom d’El Lobo (le loup), alors que Jean-Baptiste devient Juan Bautista.

El Lobo affronte alors des bêtes adultes, plus massives, plus combatives, plus dangereuses, « tout à fait autre chose que les novillos ». Mais les places sont rares, et les postulants nombreux. Après quelques années à courir après des contrats, il préfère abandonner en 2005, conscient des difficultés à pénétrer ce milieu taurin si fermé. Celui qui a pris des coups de corne et coupé des oreilles a trouvé une place modeste dans la brasserie familiale. « Mais je resterai toujours un matador au fond de moi » explique Charlie, qui continue de s’entraîner et s’achète un toro quand il peut, pour le toréer, juste pour lui. « J’ai arrêté avant de devenir aigri, le milieu est très dur, et je ne me vois pas en suppléant. J’essaye de garder intacte ma passion, et je l’exerce quand je peux, pour le plaisir ».

Au printemps il a remis son habit de lumière, pour accompagner Sébastien Castella (un Français de Béziers, parmi les meilleurs matadors du monde), le temps d’une corrida à Nîmes en faveur des Haïtiens sinistrés. « Je l’ai fait parce que c’était pour une bonne cause, et c’est vrai qu’en entrant dans l’arène on a toujours ce même frisson, la marque d’une peur qu’il faut surpasser ». Comme dans d’autres secteurs, la vie du torero n’est pas facile, et si quelques vedettes se partagent des salaires mirobolants, beaucoup ne vivent pas de leur passion, alors que d’autres vont jusqu’à payer pour participer à des corridas (une situation à rapprocher de celle des pilotes de course automobile). El Lobo a donc préféré redevenir Charlie, et il apporte maintenant ses connaissances aux élèves de l’école taurine, quand il peut, en suivant de près la carrière des jeunes toreros Arlésiens.

Quand on lui pose la question de savoir comment il réagirait si son fils devenait un jour matador, il lève les yeux au ciel en espérant que non ; puis il se reprend, et dit que « s’il le veut vraiment, je ne pourrais pas l’en empêcher, mais je préférerais qu’il ne soit qu’un simple aficionado, pour pouvoir partager cette passion avec lui ».

2 commentaires:

Sylvestre a dit…

Un matador, ça fait pisser la sangre d'un animal qui ne lui a rien fait ni rien demandé après qu'on l'ait stressé un max, qu'on lui ait coupé les muscles du cou pour qu'il ne puisse pas relever la tête. Un matador, ça donne à voir à des aussi inconscients que lui la souffrance d'un être vivant. Un matador (= tueur en bonne traduction), ça perpétue sous les oripeaux de je ne sais quelle fausse noblesse une tradition barbare que le sens de l'Histoire ne tardera heureusement pas à éradiquer. Le portrait d'El Lobo ne fait que reprendre tous les habituels sophismes de l'exercice. Faire aujourd'hui, sous une forme ou une autre, l'apologie de la corrida relève du déni de conscience humaine.

Rimbus a dit…

Merci Sylvestre d'avoir donné votre point de vue.