mardi 24 août 2010

À l’école des Toreros

À la sortie de la ville, deux fois par semaine, les jeunes Arlésiens les plus passionnés se retrouvent avec des capes de couleurs, des cornes de taureau, et miment les gestes élégants des matadors célèbres auxquels ils veulent ressembler.


L’école taurine d’Arles qui accueille ces jeunes aficionados, de 10 à 17 ans, a officiellement été créée sous l’impulsion de Paquito Léal, torero Arlésien, en 1988. Mais c’est Erick Canada qui entraînait les jeunes depuis 1976 (dont Paquito Léal) qui a le premier formé les enfants d’Arles.

Il continue, et c’est toujours lui qui guide la main des apprentis toreros, dans l’école officielle qui compte une trentaine d’élèves. Erick est pourtant un homme du nord, un “ch’ti”, mais il fait partie de ces gens qui voient un jour une corrida et en sont éblouis à jamais. La plupart des aficionados sont dans ce cas-là, ainsi que les toreros.

Paquito Léal


Alors il vit sa passion dans les gestes des autres, qu’il voit mûrir et s’envoler, parfois, jusqu’au triomphe. Les subventions sont maigres, mais elles permettent d’organiser des voyages. Pour le reste, les jeunes se débrouillent, trouvent des capes, des muletas, les rachètent ou se les font offrir. Ainsi équipé, l’élève peut alors commencer son apprentissage. L’essentiel de son temps est consacré à peaufiner son geste, à parfaire sa posture. Brandissant les cornes d’un taureau, il simule une charge vers un camarade, qui apprend les passes classiques. Et puis un jour c’est un veau qui remplace le copain, mais le geste cent fois répété est parfait dans l’esquive. Plus tard c’est un novillo qu’il trompe d’un geste ample, quand les éleveurs concèdent à sacrifier une bête pour entraîner les jeunes. Jusqu’à ce jour où le jeu devient un drame qui se termine par un mort. Quand on les interroge sur la mise à mort, elle leur semble à tous naturelle, obligatoire, comme le but de l’entraînement. La mort qu’on donne et qu’on peut recevoir. Quand le jeune en est là, sa carrière ne tient qu’à lui.

 Cristina Sanchez

Une jeune fille, Dorine, partage cette passion masculine. À 17 ans, elle a déjà tué un novillo et continue à s’entraîner, avec acharnement. Jusqu’où, elle-même ne le sait pas, mais son rêve serait de briller dans un habit de lumière, pour rejoindre les rares toreras qui tuent les toros. En France, aucune femme n’a passé l’alternative, et l’exemple de l’Espagnole Cristina Sanchez reste une exception (elle prit l’alternative à Nîmes en 1996, et se retira 3 ans plus tard), mais cela ne semble pas la décourager.

Juan Bautista


Les autres, les garçons, souvent d’origine populaire, rêvent tous d’égaler Juan Bautista, ou Mehdi Savalli, les toreros Arlésiens qui triomphent dans les arènes et sont en haut de l’affiche.

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