Le fondateur d'Harmonia Mundi habitait à deux pas de chez moi, et c'était un voisin affable avec lequel je prenais plaisir à échanger quelques mots à chacunes de nos rencontres.
Hier des pompiers intervenaient sur la petite place Paul Doumer, dans notre modeste quartier de La Roquette… Les gyrophares étaient de mauvais augure, et je les voyais de loin, du bout de la rue. Par pudeur je ne me suis pas approché de ce cadavre couché dans une flaque sanglante. Les regards des passants étaient sombres, le mien aussi.
Maintenant je sais que c'était lui. Il profitait de la douceur de l'après midi, sous un soleil qui revenait enfin nous voir, assis sur un des bancs de la placette ; un début de printemps flottait sur Arles, et il s'est écroulé. Il est parti subitement me confirmait un ami témoin de la scène. Le médecin qui exerce là est intervenu aussitôt, puis les pompiers... Mais monsieur Coutaz était parti. Si les anges existent, ils l'ont emmené rapidement, comme on claque des doigts, pour qu'il ne souffre pas. Ils ne voudraient pas qu'il souffre, pas lui.
Je me souviens maintenant avec beaucoup d'émotion quand il m'avait reçu pour une interview au début de l'été, une chouette rencontre qui avait duré 2 heures, à parler de tout, de sa vie, de la vie…
Je la publie ici en hommage à ce très grand monsieur.
Bernard Coutaz, la réussite de l'indépendance.
Figure incontournable de la vie culturelle arlésienne, le fondateur d'Harmonia Mundi, nous reçoit au Mas de Vert, le siège de sa société. Portrait d'un mélomane anticonformiste.
Pour arriver au Mas de Vert, il faut rentrer dans la Camargue. Au bout d'une longue allée bordée d'arbres, on arrive chez Harmonia Mundi.
Basé à Arles depuis plus de 20 ans, Harmonia Mundi est aujourd'hui le premier producteur indépendant français de disques classiques. Après des débuts de journaliste à “ Témoignage chrétien ” et après avoir été tenté par la vie monacale puis par le marxisme, Bernard Coutaz, fondateur mélomane de la société, débute sa carrière de producteur de façon artisanale, avec une camionnette et un magnétophone, parcourant les églises dans lesquelles des virtuoses font revivre les chef-d’œuvres de la musique ancienne et baroque.
Il s'occupe lui-même de la distribution des disques qu’il enregistre et met à profit un réseau de fans fédérés au sein du club Harmonia Mundi, fondé en 1958, pour faire connaître ses produits. Après deux années difficiles, le label décolle et réalise des scores exceptionnels pour la musique classique. Pour preuve : depuis 2003, Harmonia fait partie, avec EMI et Universal, du trio de tête de la vente pour les CD classiques et en 2006 la société a reçu le "Label de l'année" décerné aux Midem Awards à Cannes. Alors que les ventes de disques s'effondrent dans les multinationales depuis 10 ans, elles progressent chez Harmonia Mundi.
Malgré la crise économique, le piratage informatique, la société Harmonia Mundi tire son épingle du jeu. Même si le chiffre d'affaires baisse légèrement depuis la crise financière (10 %), les ventes de disques se maintiennent. "À chaque fin de concert, nous vendons des disques" confie Bernard Coutaz. Son analyse de la crise du disque est à chercher dans le manque d'entrain de ses confrères, qu'il qualifie de "vendeurs de plastique". Selon lui, c'est le manque de contenu qui condamne cette industrie, les éditeurs de musique préférant vendre des rééditions plutôt que d'enregistrer des nouveautés. Chez eux le contenant prime sur le contenu, et les mélomanes ne s'y trompent pas. Mais la véritable force d'Harmonia Mundi, c'est son réseau de distribution, unique, qui prend des formes inattendues. Par exemple, un marchand de vins de Paris qui se fait aussi vendeur de disque, par amour pour la musique, ou des marchands de journaux, des abbayes, qui vendent le label Harmonia Mundi.
En 1988 l’entreprise poursuit la diversification de ses activités, et se lance dans l'édition littéraire (une des passions de Bernard Coutaz) offrant son réseau de distribution à de petits éditeurs indépendants. La diffusion des livres (un catalogue de 5000 titres pour un chiffre d'affaires de 19 millions d'euros, soit 40 % du CA total de la société, hors filiales étrangères) s'opère par un réseau de 6000 libraires et concerne 45 éditeurs, de la littérature à la science-fiction (un de ses points forts), en passant par la bande dessinée. Il n'hésite pas à distribuer des livres sulfureux, comme "l'Insurrection qui vient" des éditions La Fabrique.
Avec une présence internationale, (cinq filiales, anglaise, américaine, allemande, espagnole et néerlandaise) le rayonnement de la société camarguaise ne connaît pas de limite, et un point de vente vient même d'être ouvert à Oulan-Bator en Mongolie. Ce dynamisme commercial assure autant la prospérité de la société du Mas de vert que son indépendance. Dans un monde de plus en plus dominé par la finance et la banque, la société de Bernard Coutaz reste une entreprise de famille, qui en détient les actions, en toute indépendance.
Autre singularité de cette maison à contre-courant, on n’y touche pas de dividendes, qui sont réinvestis dans la société. Bernard Coutaz, octogénaire, continue bénévolement (il est à la retraite) à superviser la bonne marche de son entreprise. Que ce soit dans le domaine de l'édition littéraire, en tant qu'éditeur-distributeur, ou dans le domaine musical, sa présence est effective, même si il laisse désormais à son épouse et à son fils la gestion de la politique artistique et la direction de la société.
























Bonjour,
je serais intéressé d'avoir vos commentaires au sujet de l'annonce des résultats de gestion de PACA en comparaison par rapport au autres régions, notamment sur le montant de la dette et le niveau réel des investissements. (...)