Débat sans fin qui divise l’opinion et transcende les habituels clivages politiques, la corrida est à nouveau le sujet d’affrontement entre différents groupes de pression.
La question est d’actualité, depuis que le Parlement régional Catalan a voté fin juillet
l'interdiction de la corrida sur son territoire.
Profitant de l’événement, un groupe parlementaire français de 58 députés de tous bords politiques a déposé une proposition de loi pour demander l’interdiction des corridas. Mais ce n’est qu’une tentative de plus de la députée UMP des Alpes-Maritimes et maire adjointe à Nice,
Muriel Marland-Militello, qui en est à son troisième essai.
Son actualité n’enlève rien à la complexité de cette question, dans laquelle les émotions prennent le pas sur la raison, et où la subjectivité remplace l’objectivité. Ceux qui aiment la corrida, l’aiment comme on aime une épice, qu’on l’aime par instinct ou par apprentissage, avec sa violence et sa saveur, et leurs détracteurs fonctionnent de la même manière… On a beau vous expliquer que le piment est très bon, si vous ne l’aimez pas, vous n’en mangerez pas. Chacun assène des arguments qui trouvent une riposte cinglante venant du camp adverse, et
le débat vire rapidement à
l’affrontement (ce qui n’est pas sans rappeler la question de la chasse). Tous peuvent se prévaloir du
soutien de
personnalités médiatiques, du showbiz à la
culture en passant par les sciences ou la
politique.
Selon un
sondage (Ifop) du Midi-Libre, réalisé en 2007 à l’échelle nationale, l’opinion serait en réalité assez partagée (48 % plutôt favorables contre 50 % plutôt opposés). Mais, pour les opposants, la culture taurine est aujourd’hui en perte de vitesse, même sur ses terres traditionnelles. Pour preuve
cet autre sondage (Ipsos), réalisé dans le Gard cet été pour l’
Alliance anti-corrida, qui montre que 66 % des sondés sont défavorables aux corridas. Les différents groupes anti-corridas ont multiplié cet été les actions médiatiques.
À Béziers (14 août), une cinquantaine d’opposants ont manifesté leur dégoût de la corrida, à
Bilbao (21 août), un groupe de 150 adversaires de la tauromachie s'est dévêtu devant le musée Guggenheim pour former au sol l'image d'un taureau ensanglanté, à
Carcassonne (22 août), l'association du Comité carcassonnais pour l'abolition des corridas se mobilise pour protester contre le retour de la tauromachie dans la ville, après plus de 50 ans sans mise à mort.
Le 11 septembre, c’est à Nîmes qu’a lieu une grande manifestation pour rassembler tous les opposants de France, mais cette fois-ci, les aficionados appellent à une contre-manifestation à Arles, au même moment, devant
les arènes (avant la corrida “Goyesque” de la féria du riz).
Décor de la corrida Goyesque du 11 septembre 2010 par Ena Swansea
La tension monte, mais quoi qu’il en soit, tant qu’il y aura des clients pour remplir ses arènes, la tauromachie devrait se maintenir ; mais si le public se détourne largement de ce genre de manifestation, alors la loi du commerce pourrait avoir raison de cette culture d’exception.
Mais en ce qui me concerne, je ne suis pas choqué par la corrida.
L'homme a toujours vécu (même survécu la plupart du temps) en tuant les animaux. La
sensiblerie a commencé quand l'homme est sorti de l'harmonie naturelle, faite de vie et de mort. Dans ses villes sans animaux, il en a choisi certains, dits "
de compagnie" pour en faire des jouets antropomorphiques, eux aussi exclus de la nature sauvage.
Ce changement ne date que d'un siècle, tout au plus, et il croit étrangement au même rythme que la dégradation de l'écosystème. Troublante analogie.
Pendant des dizaines de milliers d'années l'homo sapiens a été un chasseur, ou une proie, et la mort était un phénomène normal. Renier cet héritage qui nous a façonné pour vouloir vouer un culte à l'homme moderne du XXe siècle, celui qui détruit l'environnement et ne connaît que des animaux en cage (même dorée), pour qui la mort est anormale au point qu'il la cache dans
des usines, (tout en organisant de grands massacres humains rituels appelés guerres pour lesquels il consacre le meilleur de sa technologie), me semble d'un grand manque de lucidité. C'est oublier que nous ne sommes nous même que des animaux, avec juste un verni d'humanité.
Au regard de l'histoire humaine, il est "normal" de voir un homme combattre un animal pour le tuer. Si ce n'était pas dans sa nature profonde, nous ne serions pas là pour en discuter. Disons que c'est ma façon de penser, et qu'
il y en a d'autres, respectables à condition qu'elles respectent la mienne.