Hier, le président Hamid Karzaï a protesté énergiquement contre une opération antidrogue menée conjointement par l'Alliance atlantique et la Russie en Afghanistan, qu'il qualifie de violation de la souveraineté. "Aucune institution n'est autorisée à mener une telle opération en territoire afghan sans le consentement préalable du gouvernement", affirme la présidence afghane dans un communiqué. "De telles opérations menées sans coordination bafouent manifestement la souveraineté. L'Afghanistan répondra avec fermeté à toute répétition d'un tel acte."
… Opium…
L'Afghanistan, premier producteur mondial d'opium (près de 7000 tonnes par an), est pris au piège de sa dépendance à cette drogue millénaire. L'opium est tellement présent dans les rouages de l'économie du pays que les rumeurs font de son président un drogué, ses frères étant soupçonnés d'être les premiers trafiquants du pays. Dans certaines provinces productrices de pavot (Badakhshan, en pays Tadjik et surtout Helmand, en pays Pachtoune), la pâte brune remplace même l'argent. L'ONU estime que 8 % de la population est dépendante aux opiacés.
Dans ces conditions, la réaction d'Hamid Karzaï peut se comprendre : s'attaquer à la culture du pavot conduirait les cultivateurs à la ruine, s'attaquer au trafic ruinerait ses négociations avec les chefs de guerre qui le contrôlent, et un chaos économique (le marché de l'opium représente un tiers du PIB afghan, près de 3 milliards de dollars) s'ajouterait aux malheurs d'une population déjà détruite par 30 ans de guerre.
Comment en est-on arrivé là ?
L'opium était utilisé depuis toujours en Afghanistan, mais de façon modérée et médicinale, avec une production locale.
L'invasion soviétique de 1979 a changé la donne.
A cette époque, la culture du pavot s'est fortement développée chez les mudjahiddins, à un rythme correspondant à leur besoin d'armement moderne (missiles anti-hélicoptères Stinger). L'usage de l'opium pour déstabiliser l'ennemi est un grand classique. La guerre de l'opium menée par les anglais pour affaiblir la Chine au début du XXe siècle en est un exemple.
Inciter les paysans Afghans à planter du pavot avait un effet double, intoxiquer les soldats Russes et générer des milliards de dollars. Selon l'universitaire canadien Michel Chossudovsky, l’économie afghane de la drogue fut un projet minutieusement conçu par la CIA, avec l’assistance de la politique étrangère américaine, et en 1995, l’ancien directeur des opérations de la CIA en Afghanistan, Charles Cogan, a admis que la CIA avait en effet sacrifié la guerre à la drogue à la Guerre froide (source).
Ainsi, après avoir favorisé la naissance de l'islamisme, les apprentis-sorciers de l'espionnage américain auraient fait de l'Afghanistan le premier producteur de drogue du monde.
Comme dans les pires films d'horreurs, les monstres échappent souvent à leurs créateurs.
La défaite probable des troupes de la coalition occidentale ne pourra pas empêcher le retour au pouvoir des principaux chefs de guerre Afghans, et l'économie de la drogue est loin d'être éradiquée. Alors que le régime dictatorial des talibans avait fait baisser de façon radicale le trafic d'opium en 2001, l'invasion occidentale a fait repartir de plus belle la production.
Il ne faut sans doute pas voir de théorie du complot derrière ces erreurs qui sont aujourd'hui les principaux dangers qui menacent notre société (terrorisme islamiste et toxicomanie), mais plutôt le signe d'un politique inconsciente et d'une vision à court terme, qui ne calcule pas les effets de son incompétence.
Le discours officiel qui voudrait nous faire croire que nos armées aident les Afghans est assez cynique de la part de ceux qui ont intégralement détruit ce pays. Ce que cette guerre aura accompli, c’est le rétablissement d’un narco-régime dirigé par un gouvernement fantoche.
C'est l'occasion de revoir l'excellent reportage d'Envoyé spécial sur cette question : "Opium, le poison Afghan".
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