jeudi 24 février 2011

Drôle de pastis dans le treize


Le président de la Région Paca, mon ami Michel Vauzelle, vient de mettre les pieds dans le plat. Une attitude étonnante chez ce monsieur si courtois et bien élevé…

Il vient de lancer une pétition pour "annuler les primaires" socialistes.

"Il faut convoquer un congrès extraordinaire. A cette occasion nous désignerons notre candidat comme cela s’est toujours fait au PS", explique le député des Bouches-du-Rhône.

"Les états-majors des partis de gauche et écologistes doivent se réunir au plus vite. Il leur faut établir les bases d’un programme commun républicain et les modalités du choix d’un candidat unique de la gauche".

Cher Michel, la dernière fois qu'un congrès socialiste, à Reims, a désigné son leader, le PS a failli exploser… Soupçons de fraude, luttes fratricides entre caciques, Reims a été une belle foire d'empoigne. "La triche est aujourd'hui une pratique banalisée au sein du PS. C'est le cœur même du système", avait déclaré Malek Boutih, proche de Ségolène Royal. Cette dernière avait évoqué la possibilité d'un recours en justice. En réponse, la fédération socialiste du Nord avait menacé d'une plainte en diffamation.

Un mic-mac louche qui a justement motivé l'organisation de primaires ouvertes à tous les citoyens de gauche, et non plus aux seuls encartés du PS, spécialistes des urnes douteuses.

Cette proposition de candidat unique est d'autant plus étonnante que le parti écologique n'est pas non plus à l'abri des rivalités intestines, et que le spectre de Nicolas Hulot y joue le même rôle que le fantôme de DSK chez les partisans de la rose : celui du sauveur suprême porté par des opinions favorables à une image sans relief, sans programme.

Ensuite, on conviendra que le principe d'une pétition ouverte à tous, servant à annuler le vote des seuls militants PS qui voulaient ouvrir leur scrutin à tous, est pour le moins paradoxal.

Et puis, puisqu'il s'agit d'un Front Républicain, qu'en est-il du camarade Mélenchon ? Du facteur de Neuilly ? Faut-il réellement croire qu'à treize mois du premier tour de l'élection présidentielle on peut réunir cette union sacrée qui pourra terrasser le président sortant ? Où est le rassemblement quand dans notre propre ville, Arles, le maire communiste et son premier adjoint socialiste, s'affrontent pour les cantonales ?

Enfin, alors que l'hôtel de la Région est secoué par l'affaire Sylvie Andrieux, que le Conseil Général du 13 est éclaboussé par la mise en examen du frère de son président, alors même que la "future alliée écologiste" Laurence Vichnievsky (leader d'Europe écologie en Paca), se demande si Jean-Noël Guérini doit rester maître du CG13, comment ne pas s'interroger sur ce coup d'éclat de notre président de Région ?

Mais peut-être que la déclaration de Montebourg, en décembre, n'a pas été appréciée chez les éléphants Marseillais, ces animaux fiers et puissants, jaloux de leur indépendance méridionale : « Monsieur Guérini frère, qui est incarcéré, est un socialiste. Le fait que les socialistes aient pu manipuler des marchés, s’enrichir, fréquenter supposément la mafia locale est suffisamment grave pour que, comme socialiste, je sois enclin à soutenir les juges d’instruction pour qu’ils poursuivent ces infractions qui pourraient entacher notre réputation de socialistes »

Peut-être qu'on s'est vexé, quand en juin dernier, il a appelé à "la fin des barons, la fin des notables et la fin des féodaux" lors de sa visite Marseillaise. C'est vrai que c'était un peu cavalier, et que les règles de savoir-vivre des burgondes sont plus frustes que les usages civilisés de Massilia. Mais Arnaud n'est-il pas surnommé le nouveau Saint-Just, plein de fougue et d'éloquence ?

Peut-être aussi parce que son système de primaires « ouvertes et populaires », où tout le monde peut se présenter et où tout le monde peut voter, c’est la mort des traditionnels petits arrangements des fédérations. Et jusqu’à présent ce sont les votes dans ces « fédés » qui désignaient officiellement le candidat du PS à la Présidentielle, et notamment dans les plus importantes, comme celle des Bouches-du-Rhône, par exemple, la 4e de France. Ces urnes pleines ne sont que les préliminaires à de futurs maroquins(1).

Substituer ainsi le vote démocratique et désintéressé aux coteries provençales habituelles, forcément, ça ne plait pas à tout le monde…

Montebourg, de son côté, a des munitions en réserve. Si la guerre doit être déclarée, l'élu de Saône-et-Loire pourrait bien donner des leçons de gestion vertueuse à celui qui s'est inventé le titre de « Président du PS des Bouches-Du-Rhône », Jean-Noël Guérini. Du passé, époque des barons et des féodaux, il faut parfois savoir faire table rase, n'est-ce pas ?

Du coup, en faisant mine d'appeler un rassemblement utopique, c'est cette pétition, ce congrès, qui ressemblent a des couteaux remués dans la plaie de la division, une vilaine blessure Rémoise qui n'a jamais vraiment cicatrisé.

Cher Michel, tout cela ne profite à personne, et surtout pas au peuple de France.

Et quoi qu'il en soit, ce qui a été voté à une large majorité par les militants socialistes (68 %) n'a pas à être défait par quelques apparatchiks, aussi sympathiques soient-ils.

(1) (sans contrepèterie)

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