mardi 5 avril 2011

L'âne et le mouton en foire



Un baudet et un mouton, réunis à la foire
discutaient laïcité, le sujet à la mode.
“Je suis un ignorant”, se lamentait l’âne,
“mes pensées limitées ne sont pas faraudes”.

“Je suis béni de Dieu, consacré à sa gloire”
répliqua l’ovin, “je n’ai d’autres connaissances
que celles écrites dans le livre des moines,
et je sais tout par ma sainte croyance”.

“J’ai besoin de comprendre pour bien croire”,
expliquait le baudet, “cela m’est plus commode”.
“Imbécile”, dit le mouton, “tes recherches sur l’âme
sont des gibiers qui n’ont pas de nemrod !”

Un religieux acheta le mouton, l’immola avec art
et sur sa peau séchée, devenue toute diaphane
il recopia l’histoire de Gabriel, d’Abraham ;
quant à l’âne, il vivait, toujours fort et gaillard.

Un âne qui doute vaut mieux qu’un mouton crédule
l’ignorance est plus belle que l’arrogance ridicule.

7 commentaires:

âne debout a dit…

"Un âne qui doute vaut mieux qu’un mouton crédule"
Je vais faire figurer cette formule sur mon blog. Si tu me le permets.

romain blachier a dit…

Il y a, dans le même esprit, aussi la parabole taoiste de l'arbre pas terrible qui vécu plus longtemps que le chêne solide abattu pour faire une table...

Par contre, tu sais croyant ne veut pas automatiquement dire mouton et athée ne veut pas forcément dire être de compréhension et d'intelligence.

Rimbus a dit…

@âne debout : j'en suis honoré !

@romain blachier : ce fabliau, aux vers de mirliton, m'a été inspiré par un texte du Professeur (mon frère) qui est une réponse parfaite à ton commentaire :

Ignorer n’est pas le contraire de savoir. L’ignorance assumée est une forme du savoir, c’est même la plus profonde. Ce n’est jamais par manque de savoir qu’on se trompe, mais par manque de lucidité. Qui connaît bien son ignorance risque moins de se tromper.

Le contraire de savoir, c’est croire. Croire est non seulement ne pas savoir, c’est ne pas accepter qu’on ne sait pas. Croire crée l’illusion de pouvoir posséder une vérité suprême sans avoir à fournir l’effort du savoir. En fait, celui qui choisit de croire s’autorise sans vergogne à se tromper.

Pour l’intellect, ressentir son ignorance est pénible mais devoir apprendre l’est aussi. Aussi est-on porté à croire pour combler ce manque au moindre coût. La plupart du temps, les croyances se substituent tout à la fois à l’ignorance et au savoir, de sorte qu’il n’y a tout simplement plus de place pour la raison.

Le rôle de la raison n’est donc pas de lutter contre l’ignorance, mais contre les croyances. Alors que l’ignorance incite à la circonspection et à l’humilité, la croyance conduit aux emportements et à la vanité. Alors que l’ignorance engendre l’envie de savoir, la croyance l’étouffe. La quête des savoirs conduit l’humanité à coopérer, quand la rivalité des croyances la conduit à se déchirer.

Cécile a dit…

Ce texte est la sagesse même…

Rimbus a dit…

@cécile : ce n'est qu'une petite fable… un genre désuet et mineur…

Cécile a dit…

Non le texte du Professeur… ;o)

Salvadorali a dit…

@ rimbus

bof, ta fable ne vaut pas la fontaine, t'es nettement meilleur en analyses socio politiques mon cher ;-)

mais puisque tu fais dans la personnification des animaux qui sont tu as raison moins bêtes qu'on croit, les moutons ont de quoi etre fier que leur peau puisse servir à transcrire des paroles sacrées...

cela dit, abraham aurait du gérer autrement ses petites affaires domestiques et trouver un moyen plus efficace à long terme de faire cohabiter ses deux épouses sous le même toit, ça nous aurait évité le pataquès israélo palestinien.