lundi 4 avril 2011

Programme PS : pour Montebourg, il y manque l'audace



Candidat à la primaire socialiste pour l'élection présidentielle de 2012, Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire, estime être le seul à porter un projet vraiment nouveau quand ses rivaux déclarés, comme François Hollande, ou non, comme Martine Aubry ou Dominique Strauss-Kahn, partagent le même passé et les mêmes idées. S'il ne se désolidarise pas du projet que présentera le PS le 5 avril, c'est en réalité une autre voie qu'il propose en plaidant pour la " démondialisation " et l'émergence d'un système alternatif au capitalisme financier. Parmi ses soutiens, il avance les noms de Christiane Taubira, Frédérique Bredin, Roland Casto.

 
• Quelles leçons tirez-vous des élections cantonales ?

Ce qui s'est passé dans les urnes est extrêmement préoccupant. Tous nos candidats ont ramé sur le terrain pour arriver à ce résultat : non pas une victoire mais une non- défaite. Nous assistons à une insurrection douce et sourde de la société française. Dix ans après le 21 avril 2002, alors que le FN a muté, la droite se recompose autour de lui, autour d'une nouvelle forme de radicalité, crée de nouvelles habitudes de vote sur des orientations idéologiques inédites.

• Le Parti socialiste a-t-il, lui, vraiment changé depuis dix ans ?

Ceux qui ont fait le projet de 2002 pilotent celui de 2012. Un certain nombre de choix contenus dans ce projet ont déjà été portés dans les élections précédentes, comme les 300 000 emplois pour les jeunes.

• Est-ce la raison pour laquelle le PS n'arrive pas à mobiliser les catégories populaires ?

Elles le considèrent comme le cogérant d'un système qui s'écroule. Les Français attendent davantage. Tout programme qui serait une mise sous respiration artificielle du système économique actuel, moribond, nous fera passer pour les infirmiers de la mondialisation et non pas pour les bâtisseurs d'un autre monde, d'une nouvelle France.

• N'avez-vous pas vous-même alimenté le rejet des partis traditionnels en dénonçant l'" affaire Guérini " ?

Le Front national n'est pas né avec l'" affaire Guérini ". Je ne suis pas l'auteur de l'ordonnance judiciaire qui a incarcéré le frère du président du conseil général des Bouches-du-Rhône. J'ai alerté Martine Aubry neuf mois avant les élections cantonales et je regrette de n'avoir pas été entendu. Cela nous aurait épargnés à tous à gauche, et particulièrement aux socialistes marseillais, des souffrances inutiles. Ça va, non ? Maintenant, certains disent que c'est Montebourg qui fait monter le Front national !

• La direction du PS, après le dépôt de votre offre de preuves, continue de dire qu'il n'y a rien à reprocher à Jean-Noël Guérini. Qu'en pensez-vous ?

J'ai fait mon devoir. Chacun a pris ses responsabilités. L'histoire jugera. Point à la ligne.

• Dans votre rapport sur la primaire, vous aviez proposé l'organisation de grands débats entre les candidats. La direction du parti n'en veut pas. Craignez-vous un torpillage ?

Le verbe est exagéré. La primaire est engagée, soutenue par le peuple de gauche. Elle est irréversible. Le fait que des grands débats deviennent des " grands oraux " lors de l'Université d'été de La Rochelle me convient. Mais on peut imaginer la tenue de débats parallèles, maîtrisés par nous-mêmes, pour éclairer l'opinion.

• Les strauss-kahniens ne sont-ils pas tentés de limiter la primaire à un scrutin de ratification de leur mentor ?

Il est bien normal que les strauss-kahniens essaient d'éviter des candidatures artificielles.

• Qui visez-vous ? François Hollande ?

Je pense qu'il n'y a pas de divergences fondamentales entre François Hollande, Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn, Manuel Valls ou Laurent Fabius. Ils ont dirigé le parti ensemble pendant de nombreuses années, ils en ont conçu l'orientation politique qui domine aujourd'hui.

La primaire ne peut pas se réduire à un concours de boeufs charolais. Ce doit être une discussion autour des chemins que nous voulons emprunter pour engager le destin national. Il n'y a pas de place dans la primaire pour un candidat qui n'aurait pas de propositions alternatives, de vision, de stratégie pour le pays.

Les strauss-kahniens admettent qu'il y a entre nous des choix différents. Il vaut mieux en débattre lors de la primaire pour mieux nous unir autour du vainqueur.

• La direction du parti va présenter le projet socialiste le 5 avril. Elle dit que ce sera celui du candidat. Vous sentez-vous engagé par lui ?

Comme participant à sa rédaction, je peux affirmer que le programme est un compromis dans lequel tout le monde peut se reconnaître. Il sera une boîte à outils pour les candidats. Puis la société va s'engouffrer dans le débat, comme elle s'est engouffrée dans le référendum sur le traité constitutionnel européen.

Je ne situe donc pas ma candidature en opposition au projet du parti. Je l'approuve, mais il ne traite pas d'un certain nombre de questions auxquelles nous devrons nous attaquer : la surpuissance de la finance qui oppresse les choix politiques des nations, des citoyens et des contribuables. Les audaces que j'aurais souhaitées ne sont pas au rendez-vous. Je pense qu'on peut aller beaucoup plus loin dans la création d'un nouveau modèle français.

• Qui pensez-vous rassembler autour de vous ?

Je rassemblerai les rénovateurs, une partie de la gauche et le pôle écologique du parti, des élus et des dirigeants des autres partis de gauche qui s'exprimeront bientôt en ma faveur. Ma candidature est celle des Français qui se mettent en mouvement, qui s'approprient la primaire et non pas celle de l'appareil qui en a peur.

• Ça, c'est le " rêve obamien " ?

Non, ce n'est pas un rêve. Faisons les comptes : j'ai obtenu le soutien de Christiane Taubira, Frédérique Bredin, Roland Castro et d'autres dont il est un peu tôt pour donner le nom. Je suis en discussion avec les amis de Jean-Pierre Chevènement et de nombreux élus Verts. Nous avons aussi le soutien de plus de 2 400 volontaires qui popularisent ma candidature sur tout le territoire.

• Vous irez vraiment jusqu'au bout ?

Je suis candidat parce que je porte un projet difficile mais audacieux. Il se résume en un mot : démondialisation. Dans ce projet, la politique redevient plus forte que l'économie, les choix et la destinée d'une nation sont plus importants que la force des marchés, on met fin au libre-échange pas seulement pour nous mais comme méthode de mise en concurrence des systèmes sociaux, des choix souverains des Etats, des nations et des peuples. Ce projet-là, nul ne le porte dans cette primaire. Comme le dit Jean-Luc Mélenchon, certains ont des sondages et d'autres ont des idées.

• Vous revendiquez une certaine forme d'utopie ?

Non. Mon projet, socialiste dans sa modernité comme dans sa tradition, est réaliste. Evidemment, il nécessitera plus de courage que ce à quoi les socialistes se sont habitués.

S'attaquer aux paradis fiscaux, pas seulement dans les communiqués du G20 mais dans la réalité, suppose une part de conflictualité qu'il faudra assumer. S'attaquer aux marchés financiers, mettre les banques sous tutelle et briser la spéculation qui asservit les peuples européens suppose une part de conflictualité à laquelle les sociaux-libéraux ne nous ont pas habitués.

S'attaquer à la question salariale et au partage des richesses dans l'entreprise, le premier lieu de distribution, supposera des négociations âpres et un compromis politique avec le patronat pour y parvenir. S'attaquer au système économique en imaginant un système alternatif qui s'appelle le " capitalisme coopératif " supposera beaucoup de tempérament.

• Ces solutions sont-elles vraiment réalistes ?

Absolument. Elles ont déjà existé dans l'Histoire ou sont mises en oeuvre dans certains endroits du globe. De nombreux penseurs et acteurs de la vie politique et économique les préconisent. Où est l'utopie ? Peut-être dans la part de courage que les socialistes n'ont jamais eue.

Je défends ce que nous aurions dû mettre en oeuvre depuis très longtemps, quand nous étions au pouvoir, quand quinze gouvernements socialistes et sociaux-démocrates dirigeaient l'Union européenne. Je défends ce que dans l'opposition nous aurions dû, dès 2002, proposer aux classes populaires et aux classes moyennes en butte à leur appauvrissement

Depuis l'effondrement de Lehman Brothers, c'est-à-dire depuis le 15 septembre 2008, nous savons que les Français cherchent un nouveau modèle. Avec les intellectuels, les responsables politiques, les chercheurs, il est possible d'écrire ce nouveau modèle avec des millions de mains. C'est le sens de ma candidature qui n'est donc pas négociable. On en a besoin.

Propos recueillis par Sophie Landrin et Olivier Schmitt - Le Monde, lundi 4 avril 2011

4 commentaires:

Dagrouik a dit…

Rhoo le vilain tu copie/colle comme un jeune pop et sans mettre de lien vers le Monde.

Rimbus a dit…

C'est dans l'édition papier, je crois, j'ai reçu ça par mail via Nono ;-)

Pullo a dit…

J'adore la comparaison entre le quatuor Fabius/DSK/Aubry/Hollande et les boeufs charolais. Blague à part, je voterais bien pour lui au primaires, mais vu les risques de fraude...

Rimbus a dit…

Pullo, il ne faut pas hésiter à participer aux primaires, et à voter !