mardi 31 mai 2011

Ce que l'affaire DSK nous apprend sur l'argent



La lecture de l'article de Romain Pigenel sur Variae laisse perplexe.

"L'argent qui choque", vaste question.

En bon social-démocrate, il défend le droit à l'enrichissement, enrichissement absolu s'il le faut.
Encore une suite du traumatisme de l'affaire DSK.
Bien entendu, il a raison, l'entrepreneur qui réussit mieux que son concurrent, en vendant 1000 là où l'autre ne vend que 10, doit gagner cent fois plus. Le commerce est ainsi fait.

Mais le problème à mes yeux, et le malaise qu'il induit, est que la fortune de DSK (ou plutôt Sinclair), est un héritage. Bien sûr, ce n'est pas de l'argent mal acquis ; bien sûr ils ne sont pas fautifs d'avoir hérité. Mais à ce compte, les nobles étaient-ils fautifs de leur privilèges héréditaires ? Le malaise vient de là. Ne faut-il pas s'indigner de ces fortunes anormales ? Fallait-il faire une révolution pour en arriver là ?

N'y a-t-il pas une "oligarchie" qui se reconstitue, avec ses lieux privilégiés (comme "Le Siècle"), au même rythme qu'un nouveau Tiers Etat apparaît, avec ses lieux spécifiques, Restos du cœur, Hard discount et autres ? La misère face à l'outrance.

Romain Pigenel est un malin : pour défendre cette nouvelle caste des plus que riches, devenue héréditaire (Dassault, Lagardère ou Bettencourt en sont de bon exemples), il l'amalgame à la classe moyenne, ce brave bourgeois qui sans avoir des fins de mois difficiles doit surveiller son budget. Ce chef d'entreprise qui réussit mais peut aussi s'effondrer, ce médecin qui enchaîne les actes pour sauver son petit train de vie.

Il compare un repas de qualité aux millions de dollars consacrés au confort d'un seul… Une pirouette facile : "Parce qu’après tout, quand on voit l’activité des Restos du Cœur et des soupes populaires exploser, on se dit qu’il y a un risque que les restaurants fréquentés par mes camarades Hamon, Montebourg et Valls paraissent « indécents » aux yeux d’un certain nombre de Français".

Le problème n'est pas là. Il ne s'agit pas de prendre des mesures extrêmes, ni de préparer le Grand Soir. L'enrichissement est recherché par tous, dans un certaine mesure. Le malaise n'est pas là.

Le malaise que provoque la fortune de DSK traduit une autre réalité.
Cette fortune n'est pas celle d'une bourgeoisie laborieuse, dont la prospérité reflète celle de sa nation, elle représente l'absence d'imposition régulatrice, la spéculation et le capitalisme financier, le symbole d'un système perverti et sans contrôle, où l'argent se nourrit de lui-même, sans aucunes frontières. Elle représente le système boursier où seul l'argent est une valeur morale, elle met sous les yeux de tous la différence de condition entre le peuple qui peine et l'élite qui jouit.

Quand Dominique Strauss-Kahn épinglait Hervé Gaymard, jugeant qu'il était indécent pour un ministre d'avoir un logement de fonction dont le loyer mensuel valait 10 fois le Smic, il ne faisait part que d'une "indignation morale", la même que celle que ses moyens d'aujourd'hui provoquent. Non, DSK n'est pas "coupable" d'être plus que riche, il n'est qu'une"victime" du système qui le permet…Un système qu'il défend dans ses grandes lignes, jusqu'à preuve du contraire.

Jean-Luc Mélenchon explique très bien ce que la social-démocratie, la politique du compromis, peut représenter, et comment l'intérêt général est confisqué au profit de l'intérêt de quelques uns, il est à écouter sur Intox2007.

14 commentaires:

zeyesnidzeno a dit…

Au delà de l’adéquation richesse/valeurs socialistes que pose le cas DSK, ce que Romain pointait (mais je parle sous son contrôle) était l'hypocrisie totale concernant le nouveau "choc" provoqué par la publication de l'appartement de NY.

Franchement, quand on a accepté le principe qu'un leader socialiste puisse avoir une maison secondaire à 4 Millions d'Euros à Washington et un appartement luxueux place des Vosges, je ne vois pas bien ce qui justifie de l'indigner supplémentaire pour la location d'un appartement à €35000 par mois.

Et me semble t-il, ni l’héritage ni le train de vie de DSK ne datent de l'affaire du Sofitel, on pourrait trouver l'indignation de Valls (!) Montebourg et Hamon ... bien tardive.

Nicolas a dit…

Tiens ! Zeyes a dit ce que je voulais dire (en mieux et en plus de fois).

Rimbus a dit…

Pardon, mais la pire des hypocrisie est celle de DSK qui se moque de Gaymard. C'est l'hôpital qui se moque de la charité.
Quant à Montebourg, ou Hamon, ils ne font que réagir à une actualité brûlante. Le spectacle de cette opulence indécente jetée en pâture à des millions de gens fait réagir. Moi je découvre cette fortune à cette occasion. Je dois avouer que je n'en reviens pas.

Nicolas a dit…

Rimbus,

Non, ça n'a rien à voir. Gaymard se logeait sur le dos de la collectivité... Pas avec son pognon. Au contraire, il avait mis son propre appartement en location pour gagner de l'oseille quand il était logé aux frais de la princesse.

Rimbus a dit…

Ça n'a rien à voir, c'est vite dit. Puisqu'on parle de décence, sur le fond, est-ce normal de jouir d'une telle fortune sans l'avoir gagnée par son travail ? Et puis si on pousse ton raisonnement plus loin,on pourrait nommer que des millionnaires comme ministres et ils pourraient même nous gouverner sans demander de salaire… La collectivité s'en porterait mieux. Il avait pas un beau logement de fonction à Bercy, DSK, un duplex je crois bien ?

Nicolas a dit…

Rimbus,

Ne détourne pas vraiment le sujet qui était la critique du billet de Romain.

Si tu me lis, tu sais très bien que je suis favorable à une forte imposition des successions, je suis peut-être le blogueur politique à en parler le plus souvent...

Tu as un raisonnement complètement tordu qui le rend ridicule.

Mais que tu n'aimes pas DSK est une autre chose, ce n'est plus l'homme à abattre, maintenant.

Mais quel que soit le candidat choisi, il sera critiqué pour son pognon. Montebourg aussi, s'il est choisi. Je suppose qu'en tant que député et président d'un CG, il a de très beaux revenus. Je ne sais pas si son épouse (ou compagne) travaille encore, mais je suppose qu'il y a encore un ou deux mois, à eux deux, ils émargeaient à environ 20 000 euros par mois, voire beaucoup plus.

Cela ne nous regarde pourtant strictement pas et je m'en fous totalement... Mais il pourrait être attaqué. "Tiens ! Encore un type plein aux as, en pleine collusion avec une journaliste".

Il faudrait l'éviter...

Rimbus a dit…

Nicolas, tu fais chier.
Tu n'as pas lu mon billet, puisque je fais une différence entre la fortune modérée légitimement acquise par le travail et celle sans mesure des héritiers plus que riches.
C'est justement l'amalgame que je dénonce dans le billet de Romain que tu reproduis.

Nicolas a dit…

Rimbus,

Tu fais chier toi-même et tu vas à l'argument qui tue "nananère t'as pas lu"...

Je ne fais pourtant que répondre aux réponses que tu nous apportes.

Dans ma dernière, parce que tu avais suivi un raisonnement alambiqué en prétendant suivre le mien, je te faisais juste remarquer que tu attaques DSK pour la fortune de sa femme.

zeyesnidzeno a dit…

Arg! Tu as effacé un des commentaires (merci) mais pas le bon! (Tu as gardé celui bourré de fautes)

Pour en revenir à ce qui nous occupe, c'est bien le concept "plus que riche" dont les contours m’échappe. Sincèrement. Quand est-on "riche" ? Quand est-on "plus que riche" ? Et quelles sont les grandes différences entre ces 2 seuils pour que l'un justifie qu'on puisse être de gauche, et l'autre pas ?

Prenons encore un autre exemple: Robert Badinter. Il a fait une belle carrière, son épouse est classée dans les premières fortunes de France grâce à Publicis, dont elle a hérité. L'homme est donc certainement très riche (en centaines de millions d'Euros). Est ce que cela fait de Robert Badinter un défenseur acharné de l'oligarchie ?

zeyesnidzeno a dit…

euh... je précise quand même. Ceci n'est pas un plaidoyer pro-DSK. Je suis convaincue que DSK aurait fait un mauvais candidat, mais à cause de sa fortune personnelle.

zeyesnidzeno a dit…

... mais PAS à cause de sa fortune personnelle.

Rimbus a dit…

@Nicolas, zeyesnidzeno : oui je comprends, encore que comme je le dis DSK n'est pas coupable mais victime du système.
Et c'est plus le système que je critique, qui permet de s'enrichir sans travailler, de se constituer un gros capital pour vivre de ses rentes.
Je dois avouer que quand Méluche dit "au delà d'un certain niveau je prends tout" en parlant de l'impôt sur la fortune… ça me va. Je sais je suis un horrible gauchiste. Je suis l'aile gauche des Montebourgeois ;-)

PMB a dit…

DSK et Madame ont bien le droit d’être riches à en crever. Sauf que l’action FMIesque dudit DSK consistait à rendre les pauvres encore plus pauvres, allez donc demander au Grec lambda.

Dit autrement : je n’irai jamais reprocher sa fortune à un fouteux ou à une vedette du chaubizz car ces personnes, elles, à la différence des DSK (« des » car il n’est pas seul à chanter « faites ce que je dis pas ce que je fais ») ne me contraignent pas à me serrer la ceinture dans l’instant même où elle desserrent la leur et que celle-ci est dorée.

dima a dit…

A la base, le grec lambda ne payait pas ses impots et ne respectait pas ses obligations vis à vis de son pays.

Il faut quand meme se poser la question : qui a mis la Gréce dans son pétrin avant que le FMI ne s'intéresse à ses déboires pour "l'aider" à s'en sortir...