samedi 7 mai 2011

L'arbre Ben Laden qui cache la forêt terroriste pakistanaise


Ahmed Shuja Pasha, le puissant chef de l'Inter-Services Intelligence (ISI)


L'opération Ben Laden se caractérise par la gestion calamiteuse de sa communication.

Quelle qu'en soit la réalité, les ambiguïtés nombreuses du (des) récit "officiel" et l'expérience du "mensonge d'Etat" ouvrant un vaste champ d'interprétations, le résultat est bien visible :
les Etats-Unis d'Amérique se sont fait "ballader" par le Pakistan.

En annonçant la mort du chef d’Al-Qaïda, Barack Obama avait jugé "important de noter que notre coopération dans l'anti-terrorisme avec le Pakistan nous a aidé à parvenir à Ben Laden et au complexe dans lequel il se cachait".
Quelques jours plus tard, l’ex-directeur de la CIA Leon Panetta affirmait que les Pakistanais n'avaient pas été prévenus de l'opération car "ils auraient pu alerter" Ben Laden. Bref, une communication qui souffle le chaud et le froid, faute d’avoir pu faire autrement. (Nouvel Obs).

Mohammad Taqi du journal Pakistanais The Daily Times, ne craint pas de dire que cette opération américaine montre bien que Ben Laden était sous la protection de l'armée pakistanaise, et pas sous celle de tribus pachtounes au Waziristan.
"Comment dans une ville de garnison, l'armée - qui surveille le moindre bout de terrain situé à proximité de ses bâtiments - pouvait-elle ignorer ce qui se passait derrière les murs d'enceinte de cette résidence luxueuse à deux pas de leur académie militaire ?" écrit-il.
("Une armée complice des terroristes" un article édifiant à lire dans son intégralité sur Courrier International)

L'arrivée de David Petraeus à la tête de CIA, le 28 avril, semble marquer un tournant dans la stratégie américaine avec le Pakistan. Sa méfiance envers l'armée pakistanaise et ISI, ses services secrets, n'est pas un mystère, et ils la lui rendent bien. La nomination du général Petraeus pourrait envenimer les relations entre les deux nations, qui sont déjà à l'un de leurs points les plus bas.
Après avoir piloté la campagne d'Afghanistan, le général américain a bien compris où était le cœur du problème, et ce n'est pas sans raison qu'il souhaite régionaliser la CIA, avec une antenne Pakistanaise et la main sur la campagne aérienne menée avec des drones. Un mode d'action pourtant critiqué officiellement par les Pakistanais le mois dernier, quand Ahmed Shuja Pasha, chef de l'ISI, a appelé Washington à cesser ses raids lors d'une visite aux Etats-Unis. (d'après le NY Times)

L'élimination annoncée de Ben Laden n'est au fond qu'un symbole, le récent attentat de Marrakech, ou les prises d'otages et assassinats, au Mali et au Niger, nous montrent que le monde du terrorisme n'est pas structuré, centralisé, unifié, mais qu'il est plus guidé par des enjeux régionaux, au travers de structures diverses et variées.

L'objectif des Américains, pour l'instant, est bien de se sortir du bourbier afghan et pour cela ils doivent impérativement neutraliser deux gros obstacles : la Quetta Shura [l'organe de décision des talibans afghans, dirigé par le mollah Omar et située à Quetta, capitale de la province pakistanaise du Balouchistan] et le réseau Haqqani [groupe de talibans afghans actif au Waziristan Nord, dans les Zones Tribales pakistanaises]. Ces deux entités ont pour l'instant échappé aux Américains, grâce à la bienveillance des gros bonnets de l'armée pakistanaise.

Pour Barack Obama, lancé dans la course présidentielle de 2012, toute la difficulté va être de ne pas tomber dans le piège que représente le double jeu du Pakistan, un allié embarrassant, bien trouble et inquiétant.

L'occasion de relire mon étude du 3 mai 2009 :
"Le Pakistan, un piège pour Obama"

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2 commentaires:

Anonyme a dit…

Perte du temps à cause du double jeu d'ISI. Bien renseignée et instructive, l'étude du 3 Mai 2009.

Ne t'inquiète pas pour Obama, il assure...

dima

Rimbus a dit…

Merci… j'avais passé du temps sur cette note d'il y a 2 ans… tout était dit déjà.
Par contre, je viens de découvrir la vidéo où Christiane Amanpour annonce en 2008 que Ben Laden est installé dans une confortable villa au Pakistan… de source bien renseignée dit-elle.
Je vais fouiller un peu.