samedi 30 juillet 2011

Dupagne veut Googliser la société



Le docteur Dominique Dupagne, sur son blog "atoute" poursuit son combat pour une nouvelle définition des "critères de Qualité".
Comment définir les critères selon lesquels quelque chose est "de qualité" ?

Pour Dupagne, c'est en jugeant le résultat (il cite Churchill : "Que la stratégie soit belle est une chose, mais n’oubliez pas de regarder le résultat.").
Ainsi, pour lui, et particulièrement dans son domaine, la médecine, "la qualité a glissé de l’obligation de résultat vers celle de moyens (…). La qualité d’une action de soin est désormais déconnectée de son résultat."

Sa parabole du bœuf Bourguigon est savoureuse : il imagine une réglementation donnant une prime aux cuisiniers appliquant la procédure qualité recommandée, c'est à dire une recette qui plait au plus grand nombre. Dans son histoire, "certains comprennent vite qu’il suffit de respecter les indicateurs pour obtenir une rémunération significative. Les procédures ne sont pas très détaillées et ne précisent pas qu’il faut éplucher les oignons, ni la découpe des morceaux de boeuf. Ils versent en vrac les ingrédients dans une marmite et se lancent dans une production massive qui demande peu de travail. Parmi les cuisiniers qui gagnent le plus d’argent se trouvent paradoxalement ceux qui produisent un bourguignon immangeable."

Grand admirateur de Google, comme nous tous, qui lui vouons un culte, il imagine ce matin une société fonctionnant selon les critères de Google, ou de Wikio. Dans son utopie, les critères de qualité définissant les gens seraient définis par l'opinion des autres (l'équivalent des liens du pageranking) :
Imaginez la transposition de ce concept dans l’évaluation du travail humain : plutôt que de mesurer la valeur d’indicateurs limités, contestables, trucables et rarement universels, utilisons la méthode Google :
• Il est demandé à chaque employé d’une unité de production de signaler ceux qui font bien leur travail parmi leurs collègues et leur hiérarchie directe.
• L’évaluation est anonymisée et personne ne peut savoir qui apprécie qui (pour éviter les "échanges de bons procédés".).
• L’avis de ceux qui sont appréciés par leurs collègues compte plus que ceux qui ne le sont pas.

Un article intéressant, il raconte entre autre l'évolution des moteurs de recherche, mais l'idée qu'elle expose est totalement utopique, et même très dangereuse, à mon avis.
Le principe de faire passer la popularité ou la réputation avant les compétences, ça s'appelle du populisme.

Je conseille au Docteur Dupagne de penser au docteur Knock : il a fait d'un village de gens bien portants un village de faux malades, mais sa popularité était sans comparaison avec celle de son prédécesseur. Les critères de qualité sont là, une grande réputation, des résultats concluants (la population est contente, le taux de guérison des faux malades est excellent). Mais la procédure mise en place est celle d'un charlatan.



5 commentaires:

Prof Rimbus a dit…

En "qualitique" (discipline de la Qualité professionnelle), les "critères de qualité", ça ne sert pas à obtenir des résultats meilleurs. C'est uniquement destiné à à éviter les accidents évitables.
L'idée de la qualitique, c'est simplement que l'homme est faillible et que quelques procédures bien conçues peuvent l'aider à minimiser les erreurs.

Rimbus a dit…

salut Professeur… si tu vas chez Dupagne, il donne une super recette de bœuf ßourguignon.

Dominique Dupagne a dit…

Bonjour et merci pour ce retour. Au moins, vous m'avez lu, c'est appréciable et pas toujours le cas chez ceux qui critiquent mes idées.

Si Google avait présenté son projet plutôt que de le mettre en oeuvre, tout le monde l'aurait jugé utopique. Je ne crois pas qu'il le soit, nous divergeons donc sur ce point (dans sa projection humaine)/

Vous parlez de compétence, c'est intéressant. Je suis pour l'évaluation de la compétence. Celle-ci ne peut être évaluée que par les pairs ou les bénéficiaires du service. L'évaluation sur indicateurs n'évalue pas la compétence, mais la soumissionà l'autorité.

Je suis un grand fan de Knock, que je cite souvent. J'avais mis il y a longtemps cette vidéo en ligne :
http://www.dailymotion.com/video/x2po1b_le-docteur-knock-les-maladies-et-la_news

Je crois reconnaître le Pr Rimbus, vieil ami tombé du côté obscur de la qualitique ;-)

Prof Rimbus a dit…

Me voilà démasqué, tel un vil concombre qui aurait poussé du mauvais côté des Pyrénées.
Il n'empêche que je juge hors de question de se "soumettre à l'autorité" des procédures de qualité. Il est juste question de les connaître, et même de s'y intéresser. S'y refuser serait verser dans l'obscurantisme - à défaut d'être du côté obscur ;-)
Celui qui agit anormalement (hors des normes) peut avoir raison ; mais il doit être en mesure de s'en expliquer, faute de quoi ses échecs lui seront reprochés.
J'ajouterai que si les procédures sont non connues, non comprises ou non utiles, c'est à leur émetteur d'assumer la responsabilité de cette inefficience.
Pour finir (?), je ne suis pas sûr que la dictature de la moyenne soit moins redoutable que celle des experts. Le conformisme irréfléchi, quel qu'il soit, est un danger.
Dominique Dupagne est certainement conscient que la "Googlisation" de la raison n'est pas exempte d'effets secondaires, voire de sérieux risques, même si elle marque la fabuleuse émergence de la culturomique.

PR

http://www.culturomics.org/

http://www.culturomics.org/Resources/A-users-guide-to-culturomics

http://www.sciencemag.org/content/early/2010/12/15/science.1199644.short

http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/high-tech/20101217.OBS4928/le-cours-des-mots-a-travers-les-siecles.html

Dominique Dupagne a dit…

@profR Je comprends tes réticences. J'en déduis que tu n'utilises pas Google pour rechercher l'information mais les annuaires génés par des experts, et que tu ne crois pas non plus aux vertus de la démocratie en politique. Si c'est le cas, tu es cohérent.