mardi 19 juillet 2011

La Ve République, un coup d'état monarchiste ?



Pour comprendre la Ve République, il n'est pas inutile de rappeler dans quelles circonstances celle-ci fut proposée au peuple Français. Si l'instabilité institutionnelle de la IVe République rendait nécessaire son abolition, c'est la guerre d'Algérie qui a précipité sa chute, et provoqué la naissance de la cinquième constitution de notre République.

L'étude de la chronologie des événements algériens de 1958, ainsi que des principaux protagonistes de cette crise majeure, apporte des éclairages singuliers sur la mise en place de notre constitution actuelle.
La lutte pour l'égalité des droits et l'indépendance était engagée depuis 1948 par des intellectuels Algériens, mais la lutte armée fut initiée par le « Front de libération nationale » en 1954. Dès lors c'est une véritable guerre qui s'enclenche dans les départements d'Algérie.

Les Gaullistes Delbecque, Soustelle, Neuwirth œuvrent alors à développer l'influence du parti du général de Gaulle dans cette France d'Afrique du Nord qui perd chaque jour un peu plus sa stabilité. Léon Delbecque est à Alger début 1958, et Lucien Neuwirth, avant de l'y rejoindre en avril, a rencontré de Gaulle à Paris. Ils ont cet échange révélateur : «Qu'est-ce que vous allez faire, Neuwirth ?» celui-ci répond sans hésiter : « Mon général, on fera appel à vous. » De Gaulle le rassure : « Je vous répondrai ».
Neuwirth est nommé par le ministre de l'Information, Jacques Soustelle (Gaulliste du premier cercle), directeur de la radio d'Alger, qu'il rebaptise "France 5" (un clin d'œil à la future Ve République).

Au mois de mai 1958, à Alger, deux factions convoitent le pouvoir mis en ballotage par la vacance prolongée du gouvernement depuis un mois. L'avocat et président de l'Association Générale des Étudiants d'Alger, Pierre Lagaillarde (futur fondateur de l'OAS) et ses alliés du "Groupe des Sept" (groupe hétéroclite d'activistes partisans de l'Algérie Française) sont en rivalité avec les partisans gaullistes de Léon Delbecque, lui-même en étroite relation avec Jacques Soustelle. Le colonel Thomazo (dit nez-de-cuir) fait la liaison entre le Groupe des Sept et l'armée.

Il est décidé qu'à l'issue de la manifestation du 13 mai, organisée par le général Raoul Salan en hommage à trois prisonniers français exécutés par le FLN en Tunisie, un assaut sera donné contre le gouvernement général (GG) d'Alger, siège de l'autorité parisienne en Algérie. Les Gaullistes s'allient au groupe des sept, et Neuwirth fait réquisitionner des camions avec haut-parleurs pour sillonner Alger et appeler à la manifestation.

La manifestation devient un véritable Putsch, quand la foule met à sac le bâtiment du Gouvernement général, sans que l'armée, complice, ne l'en empêche, et que, dans la confusion, un comité de salut public civil et militaire, rassemblant des gaullistes et des activistes de toutes obédiences, est constitué sous la présidence du général Massu.
On y retrouve Neuwirth, Delbecque, Lagaillarde, Thomazo…

Le Comité adresse au Président de la République, René Coty, un télégramme exigeant la création d'un gouvernement de salut public, à Paris.

Le général Salan, rallié à la conjuration, s'adresse le lendemain matin à la foule massée sur le Forum d'Alger et achève son allocution par un « Vive de Gaulle ! » sur l'injonction de Léon Delbecque. Considérant cet hommage comme un appel, le général de Gaulle réplique le 15 mai par un communiqué dans lequel il se dit « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». Le 19, le général de Gaulle convoque une conférence de presse dont l'objet est double : confirmer et préciser le sens de sa déclaration du 15. Il y dévoile son projet de changer les institutions, préparant ainsi la Ve République. C'est au cours de cet entretien qu'il aura cette réplique célèbre : "Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ?"

Le 24 mai, Thomazo et ses parachutistes sautent sur Ajaccio, dont ils prennent le contrôle en quelques heures avec la complicité entre autres du gaulliste Jacques Foccart. Un comité de salut public y est constitué.

L'armée accentue sa pression sur une IVe République affaiblie, et l'éphémère gouvernement d'union nationale Pfimlin (centristes et socialistes), constitué en réaction au putsch d'Alger, présente sa démission le 28 mai.

Les parachutistes de Massu s'apprêtent à sauter sur Paris. Devant la menace d'un coup d'état, le président Coty demande à de Gaulle de former un gouvernement, le 29 mai.
Fort du soutien de l'armée, il dicte ses conditions : la possibilité de gouverner par ordonnance pour une durée de six mois, et la mise en place de la Ve République, qui sera validée par référendum en septembre. Il devient alors le président de la République le 21 décembre.

Voilà comment la force militaire et la manipulation politique donnèrent naissance à notre régime actuel.

Dans ses mémoires (Mémoires d'espoir, le renouveau), le général de Gaulle donne une version un peu différente des événements. L'homme d'état y construit sa légende :
"Depuis 1952 jusqu'en 1958, j'allais employer 6 années à écrire mes "Mémoires de guerre" sans intervenir dans les affaires publiques, mais sans douter que l'infirmité du système aboutirait, tôt ou tard, à une grave crise nationale. Celle qui éclata, le 13 mai, à Alger, ne me surprit donc nullement. Cependant, je ne m'étais mêlé d'aucune façon, ni à l'agitation locale, ni au mouvement militaire, ni aux projets politiques qui la provoquaient, et je n'avais aucune liaison avec aucun élément sur place, ni aucun ministre à Paris".

Selon le Général, les gaullistes d'Alger, ou le ministre Soustelle, œuvraient à son avènement de leur propre chef et sans l'avoir consulté ! Cet arrangement avec la réalité est compréhensible, toute vérité n'est peut-être pas bonne à dire…
Les révélations de Neuwirth donnent en effet une toute autre lecture de ce qu'on peut appeler un véritable coup d'état, et que François Mitterrand appela un coup d'état permanent.
Sans les gaullistes et Massu, le coup de force d'Alger aurait-il eu l'impact qui fut le sien ?
Les gaullistes n'auraient-ils pas soufflé sur un incendie pour mieux permettre à de Gaulle de l'éteindre ?
Robert Aron(1) ne craint pas de dire que le général de Gaulle était très manœuvrier, "il l'était avec ses adversaires, ceci n'étonne, ni ne gêne personne, mais il l'était peut-être encore plus avec ses partenaires, ses alliés et même ses compagnons".

De Gaulle, toujours dans ses mémoires, a cette phrase étonnante qui doit faire réfléchir tous les républicains :
"(…) vais-je saisir l'occasion historique que m'offre la déconfiture des partis pour doter l'Etat d'institutions qui lui rendent, sous une forme appropriée aux temps modernes, la stabilité et la continuité dont il est privé depuis cent soixante-neuf ans ?" Il est donc clair que le général de Gaulle se voit comme celui qui va rétablir le désordre initié (selon lui) par la Révolution Française de 1789.
Le régime de la Ve République semble donc bien, dans l'idée de son concepteur, un retour à l'esprit monarchique. Aron explique bien que de Gaulle a été formé dans un milieu familial qui était fidèle aux idées monarchistes(1).
Ses liens avec le Comte de Paris, ses déclarations favorables à la royauté, confortent cette hypothèse. De nombreux documents suggèrent même que de Gaulle a eu la tentation de ne pas briguer un deuxième septennat pour préparer une restauration monarchique. Selon les notes du Comte de Paris, de Gaulle aurait affirmé "la République n'est pas le régime qui convienne à la France. Si la France doit vivre, alors la monarchie aura son rôle".

On est en droit de se demander si la Ve République est vraiment le régime idéal… En comparaison avec la IVe République, il est évident que la nouvelle constitution de 1958 a permis de retrouver la stabilité gouvernementale qui manquait à notre pays. Néanmoins, il faut aussi reconnaître que l'homme de Colombey-les-deux-églises a bien profité d'un désordre que ses affidés ont largement contribué à alimenter.

Mais aujourd'hui, après le quinquennat et les modifications apportées par le président Sarkozy qui renforcent encore le présidentialisme presque monarchique qui caractérise notre fonctionnement institutionnel, et plus de 50 ans après les bouleversements de la décolonisation, n'est-il pas temps de changer de système ?

C'est un enjeu majeur de la future élection présidentielle : rétablir une véritable régime républicain, une 6e République citoyenne, qui est proposée par les candidats Arnaud Montebourg, ou Jean-Luc Mélenchon.


Vivement la 6e République par bix

(1) Robert Aron, Dossiers de la seconde guerre mondiale - Méthodes politiques du général de Gaulle - Plon

17 commentaires:

Nicolas a dit…

Beau billet. Il va faire chier les Gaullistes...

Rimbus a dit…

Les gaullistes ne connaissent pas de Gaulle, c'est bien dommage…

Le coucou a dit…

C'est le genre de choses qui devrait être rappelé plus souvent. Bravo !

Anonyme a dit…

J'adore la chute finale du billet... Vous croyez que Ségoléne Royale en a conscience?

Rimbus a dit…

coucou, le coucou… l'histoire est connue, mais pas de ceux qui se réclament de de gaulle et qui glorifient le 14 juillet. Le grand Charles n'aimait pas trop les sans-culottes, il suffit de le lire entre les lignes.

Anonyme, la démagogie ignore la réalité historique ;-)

Salvadorali a dit…

yes, délicieux billet, merci, je me suis régalé ! sacré bonhomme le Général...
finalement la nature fait bien les choses, il n'y avait que la Constitution fondatrice de la république gaulliste qui pouvait servir à (re)fonder la monarchie (démocratique, sans rire) marocaine ;-)

Anonyme a dit…

La bande au Général, l'équipe qui a tout fait pour son retour au gouvernail, est incompléte si on n'évoque pas des dévoués à sa personne comme Guichard et autres Foccart.

Le comte de Paris prenait ses désirs pour des réalités et le seul perchoir souhaité par le Général pour Monseigneur n'était que celui de... la croix rouge et je ne crois pas un seul instant que De Gaulle était un monarchiste nostalgique.

Si on revient à cette obsession de changement de République, et donc cette manie de toucher à chaque mandature présidentielle la Loi Fondamentale, mon avis n'a pas changé d'un iota : repassage au Septennat de façon à favoriser l'alternance si la majorité en place faillit à ses promesses ; dans ce cas là le peuple français a toujours la main pour exiger, à travers les urnes, le changement de politique. Pour l'instant, on lui permet de "se défouler" et de manifester son mécontentement vis à vis de la politique nationale du gouvernement qu'à travers les régionales et les cantonnales, des élections destinées pour déterminer des politiques locales. Il faut absolument réparer l'erreur de Chirac-Jospin pour abolir les traits actuels du présidentialisme de la constitution de la Vème République.

Quoiqu'on en dise l'instabilité de la IVème République, régime parlementaire par excellence, a fait du mal à la France. Le Général a essayé de gouverner tout de suite à partir de 1945 mais les amis de Thorez ont en décidé autrement. Il faut revenir à l'Histoire pour constater que le régime parlementaire n'est pas fait pour la France.

dima

Rimbus a dit…

Dima, je mentionne Foccart dans l'épisode de la prise d'Ajaccio par les paras de Thomazo.
Quant a dire que le régime parlementaire ne convient pas à la France, je te rappelle que la 3e République (1871-1940) en était un, et que pendant cette période la France est devenu un des pays les plus puissants du monde. Si on peut critiquer certains aspects comme la colonisation ou le bellicisme, d'autres (laïcité, Ecole publique, Front Populaire) ont marqué durablement notre société.

Anonyme a dit…

Un demi siècle et quelques poussières d'années ? ce n'est point un argument favorable pour le coté stable du régime parlementaire. Les deux guerres ? combien de morts ? l'affaire Dreyfuss ? Et si jamais, elle était si puissante que cela, ce sont les colonies qui ont, pour beaucoup, contribué à cela.

De meme si le régime parlementaire était si efficient que cela à la France, pourquoi alors ces gouvernements d'après guerre qui tombaient comme des mouches par la grace d'une motion de censure utilisée abusivement et à des fins politiciennes. Les gouvernements Mollet, Mendés France, Edgar Faure ? quid de leur longévité fantoche ? On ne pouvait pas gouverner la France durablement afin de réaliser son propre programme sous la IVème...

dima

Rimbus a dit…

dima, je commence mon billet par : "Si l'instabilité institutionnelle de la IVe République rendait nécessaire son abolition"… Merci de bien lire ce que j'écris avant d'en faire la critique ;-)

Anonyme a dit…

Apparement, c'est toi qui n'arrive à bien m'interpréter, Rimbus. Je fais la critique de ton souhait de la VIéme République qui en fin de compte ne sera qu'un régime parlementaire et je te démontre que ça été toujours un régime instable pour la France de par le passé.

De plus, tu ne sembles pas comprendre la portée de la phrase du Général :

"(…) vais-je saisir l'occasion historique que m'offre la déconfiture des partis pour doter l'Etat d'institutions qui lui rendent, sous une forme appropriée aux temps modernes, la stabilité et la continuité dont il est privé depuis cent soixante-neuf ans ?"

Ce n'est aucunement une nostalgie monarchiste ou une haine des sans-culottes comme tu le suggéres à travers tes mots en post comme en commentaire. Le Général parle de l'instabilité politique et sociale qu'a connu la France depuis la Révolution jusqu'à Mai 1958.

PS: je ne te savais pas amateur de pirouettes...

dima

Rimbus a dit…

dima, à chacun ses références… certains sont dans l'incantation gaulliste, comme s'il n'y avait que l'homme du 18 juin, effaçant l'homme de 13 mai.
On peut trouver d'autres sources d'inspiration, et ce billet est fondé sur "le coup d'Etat permanent" de Mitterrand (qu'il considérait comme son meilleur ouvrage) et qui dit ceci : « Entre de Gaulle et les républicains il y a d'abord, il y aura toujours le coup d'État. »
Charles de Gaulle était un personnage exceptionnel, certes, mais Napoléon Bonaparte aussi ; ce n'est pas une raison suffisante pour réclamer un retour à l'Empire, ni pour défendre la Ve république.

Anonyme a dit…

Tonton était bien content de bien trouver les dispositions et les prérogatives que la Véme lui attribuait en tant que Président de la République lors de son accession à l'élysée, le 10 Mai 1981. "Le coup d'Etat permanent" n'était, dés lors, pour lui qu'un écrit politique du début des années 60. Une tentative de rebondissement après son éclipse due à "l'affaire de l'observatoire".

Concernant De Gaulle, je laisse l'Histoire parler pour lui et ce qui m'intéresse c'est de dénoncer cette manie de croire que l'avénement d'une nième Republique résoudra les problèmes auxquels le peuple français est confronté actuellement.

dima

Anonyme a dit…

"Mon avis n'a pas changé d'un iota : repassage au Septennat de façon à favoriser l'alternance si la majorité en place faillit à ses promesses ; dans ce cas là le peuple français a toujours la main pour exiger, à travers les urnes, le changement de politique. Il faut absolument réparer l'erreur de Chirac-Jospin pour abolir les traits actuels du présidentialisme de la constitution de la Vème République."

Je soutiens totalement ce point, on a tendance à l'oublier, mais l'un des réels acte qui a permis de renforcer le pouvoir du Président au détriment de l'Assemblée Nationale est celui-ci, le passage au quinquennat, avec les élections législatives qui suient juste après. Cependant je n'acquiesce pas pour la durée, plutôt que de revenir au septennat, il vaudrait mieux imposer des législatives tous les trois ans.
Autre point qui me semble très important, rétablir une dose de proportionnelle pour ces mêmes législatives, afin de mieux représenter les différentes opinions politiques de France. La bipolarisation qui s'impose actuellement, (et qui est encouragée par les élections uninominal à deux tours), ne convient pas du tout à la représentation politique de la France, qui, de par son système anthropologique unique, n'est pas destiné à un tel système.

En ce qui concerne De Gaulle, sa Vème république n'est pas un coup d'état monarchiste comme a l'air de prôner ce billet. Certes De Gaulle a, dans son trait de caractère et dans sa politique, un attachement à quelques valeurs monarchiques, mais cela n'a rien d'exceptionnelle, ou d'unique, ces valeurs-là ont toujours été l'apanage de la Droite, elle en tire même son origine.
La république de De Gaulle se voulait plutôt comme une synthèse entre un régime purement parlementaire et un régime plus centralisé et monarchique. Entre l'instabilité de l'exécutif, ou sa trop forte participation, De Gaulle avec la cinquième, voulait rééquilibrer l'influence des deux grands pouvoirs de la nation, afin d'optenir une stabilité gouvernementale, tout en faisant participer suffisamment le peuple. Le gaulisme s'inscrit donc plutôt dans la continuité du bonapartisme, qui cherchait aussi cette synthèse, mais qui malheureusement dans la pratique n'a pas réussi à l'atteindre.

Ce système a t'il réellement tenu ces promesses ? Sur certains points il semble évident que oui, les gouvernements ont toujours été très stables sous la Vème. Mais le peuple a t'il été toujours aussi sollicité qu'il ne devait l'être ? Difficile à dire, la réponse serait probablement pas assez.
Doit-on pour autant rompre complètement avec la Vème ? Je dirai que non, il nécessite plutôt un coup de neuf, si VIème République il y a, elle devrait garder les fondamentaux de la Vème République, et plutôt réformer les élections législatives, comme je l'ai dit plus-haut, ainsi qu'instituer des référendums moins sporadiques et plus fréquents.

Je conclus en rebondissant sur ton message (Rimbus) concernant la IIIème République, la qualifier de régime totalement parlementaire est faux, étant donné que ces élections n'incluaient aucune part de proportionnelles, ce qui a permis à la Droite orléaniste et la Gauche 'caviarde' de dominer la vie politique française jusqu'à la victoire historique de la Gauche radicale (grâce aux socialistes qui avaient enfin réussi à s'allier avec le centre-gauche et les communistes). La IIIème République était donc plutôt dans l'esprit d'un régime oligarchique, qui primauté la puissance de la nation aux dépens du peuple. Petite anecdote d'ailleurs, De Gaulle était contre la création d'une IVème République, et voulait justement rester dans la IIIème, donc citer cette République comme un argument contre De Gaulle est moyennement viable.

TheMSPrivate

Rimbus a dit…

Oui, j'ai un peu forcé le trait sur la dérive monarchique Gaulliste, néanmoins c'est bien ce qui se passe…
J'ai bien expliqué dans ma conclusion ma critique du quinquennat :
"Mais aujourd'hui, après le quinquennat et les modifications apportées par le président Sarkozy qui renforcent encore le présidentialisme presque monarchique qui caractérise notre fonctionnement institutionnel, et plus de 50 ans après les bouleversements de la décolonisation, n'est-il pas temps de changer de système ?"

Et je suis d'accord que la Ve république a eu son utilité à l'époque troublée de la décolonisation :
"En comparaison avec la IVe République, il est évident que la nouvelle constitution de 1958 a permis de retrouver la stabilité gouvernementale qui manquait à notre pays."

Enfin, je doute de cette affirmation voulant que de Gaulle fut partisan de la IIIe république : le discours de Bayeux (juin 1946) jetant les bases de la Ve république critiquait bien la IIIe république, puisque la IVe république était balbutiante et n'avait que 2 mois.
Ensuite, oublier que de Gaulle s'est fait octroyer les pleins pouvoirs (c'est à dire en s'affranchissant du parlement) pendant 6 mois, suite à un risque de putsch militaire que ses partisans ont appuyé, est une lecture de l'histoire un peu rapide.

La chance de la France a été que de Gaulle fut un grand chef d'Etat, mais une constitution qui peut laisser tout le pouvoir à un homme qui n'est pas forcément un grand chef d'Etat, est une contitution dangereuse.

Anonyme a dit…

Et je suis d'accord avec toi sur ce point, le système est aujourd'hui à bout de souffle et usé, il faut en changer (ou du moins réformer). Cependant je reste partisan d'un régime semi-présidentielle, j'en explique les raisons dans mon post du dessus.

Par-contre c'est assez poussé que de dénoncer la Vème République comme un erzath de monarchie, le pouvoir est certes plus concentré, mais n'est pas à la merci d'un seul homme (au passage, actuellement on assiste plutôt à un régime oligarchique que monarchique). C'est sur ce point que je diffère de ton opinion, la Vème République, dans son ensemble est adapté à la France, grâce à la stabilité très importante qu'elle propose, mais nécessite quelques réformes crues, encore une fois que j'évoque plus-haut.
Pour moi donc, une VIème République devrait plus s'apparenter à une Vème République bis, qu'une République qui couperait séchement les ponts avec la Vème (je tiens à rappeler d'ailleurs qu'énormément de changements ont eu lieu dans la constitution, sans que notre avis soit pris en compte. Sarkozy a également violé l'un des grands principes de la République récemment avec sa fameuse "règle d'or").

Enfin je ne dirai pas qu'on ait eu spécialement de la chance avec De Gaulle. Ca aurait été un imcompétent notoire qui eût voulu s'approprier le pouvoir, il y aurait eu une forte opposition, d'abord par les Français et les partis adverses, et ensuite par l'Europe et les Etats-Unis si le 'gars' en question aurait voulu se maintenir au pouvoir.

Et en conclusion, il ne faut pas oublier que si les gros partis du moment ne prennent pas part au changement et reste ancré dans leurs vides idéologiques actuelles, qu'on aboutisse à une VI, VII ou XX République ne changera rien aux problèmes que nous devons affronter aujourd'hui.

TheMSPrivate

Anonyme a dit…

Merci pour les éclaircissements et les rappels historiques concernant la IIIème République.

Cependant des législatives tous les 3 ans : ne risque t-on pas de saturer les citoyens français avec antant d'élections qui se rapprochent ; de fortes abstentions sont à prévoir surtout si les législatives bousculent les régionales et les cantonnales dans le temps sans parler des présidentielles.

Et puis qui nous prouve et justifie qu'une mandature de trois ans est assez suffisante pour qu'une majorité claire déploie son programme ?

dima