Hugues Serraf
A quoi sert atlantico ? Ce nouveau webzine est spécialisé dans la polémique semble-t-il…
La réponse est qu'il est bon de laisser s'exprimer tout le monde, même si la déontologie vacille parfois, en ce qui concerne DSK, par exemple. Il faut bien démarrer, et le climat du scandale convient bien à la germination des jeunes pousses médiatiques. Soyons indulgents pour les débutants. Mais toute indulgence a ses limites…
Dans une tribune, Hugues Serraf, qui n'est pas un débutant, se change en tailleur afin d'habiller Arnaud Montebourg pour l'hiver. Sa vision du prêt-à-porter est plus proche du prêt-à-colporter, et au delà d'une subjectivité légitime, on a le droit d'avoir ses opinions, ses arguments sont d'habiles arrangements avec la réalité.
Qualifier d'initiative en carton-pâte la Sixième République pour mieux fustiger ensuite l'absence de proposition du candidat, est assez osé comme démonstration. C'est cacher aussi que Montebourg milite avec énergie pour la 6e République depuis plus de dix ans, comme Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Paul Alliès ou Bastien François… Tous des amateurs de décors en carton-pâte. C'est étonnant comme le carton-pâte tient bien dans la durée, de nos jours.
Pas un mot pour démontrer, arguments à l'appui, que la démondialisation défendue par le candidat aux primaires est un concept futile. Ah si, selon l'auteur, le concept est grotesque (on ne saura pas pourquoi). Sans doute Jacques Sapir, Frédéric Lordon et Emmanuel Todd sont grotesques eux aussi, qui défendent cette théorie.
Plus prudent que Manuel Valls, qui la qualifie de réactionnaire et ringarde, la principale faille de la démondialisation, selon Serraf, serait que son promoteur n'y croit guère ("le protectionnisme du lider maximo du Front de gauche est de la même veine que la démondialisation montebourgeoise, mais il est au moins assené avec une conviction non feinte"). Arnaud Montebourg a de la suite dans ses non-idées, pour qu'il s'accroche ainsi, depuis 15 ans à un concept auquel il ne croit pas…
Le plus inquiétant serait que Hugues Serraf ne semble pas avoir pris le temps de lire le livre de Montebourg. Ou alors en diagonale. Mais au prix du feuillet, je comprends qu'il est difficile de passer du temps sur un ouvrage riche et complet.
"Montebourg est peut-être en train de se laisser emporter par son désir de buzz…" conclu l'auteur, mais on se demande si ce n'est pas lui qui recherche la publicité facile pour atlantico, à coup de provocations sans arguments.
A si, il y en a un, solide : le non-cumul des mandats.
Oui, c'est bien l'argument fatal, défenseur du non-cumul des mandats, Arnaud Montebourg est à la fois président du Conseil Général de Saône-et-Loire et député.
C'est vrai.
Montebourg s'en explique :
Arnaud Montebourg a donc annoncé qu’il quitterait son mandat de député, quoi qu’il arrive, mais en 2012, par fidélité à ses électeurs, et sans abandonner le combat.Après plusieurs semaines de vives consultations sur la question de mon engagement aux élections cantonales, le moment de la décision est venu. Nombreux à participer au débat, vos réactions ont été équilibrées, les habitants du département exprimant une préférence massive
pour l’engagement dans la campagne, les citoyens des autres régions de France défendant le maintien de la pratique du mandat unique. De sorte qu’une majorité s’est dessinée en défaveur de ma candidature aux élections cantonales de mars 2008.
C’est donc une décision impopulaire, comme il est parfois nécessaire d’affronter dans la vie publique, que j’ai décidée de prendre en me présentant devant les 2971 électeurs du canton où j’habite, à Montret, dans notre Bresse de Saône-et-Loire.
Je voudrais dire à ceux qui m’ont conseillé de n’en rien faire qu’il s’agit de ma part d’un choix lié à la situation du pays, aux graves bouleversements qui se préparent, et à la nécessité de préparer une nouvelle gauche, capable de démontrer sa crédibilité à exercer les responsabilités à la tête du pays."
(…)
"On me dit « protège ta crédibilité ». Mais ce sera l’absence de crédibilité de n’avoir mené aucune expérience de politique publique qui me sera reprochée. On me dit « tu seras comme les autres », mais vaut-il mieux cultiver une singularité inutile, ou organiser avec méthode la victoire collective ? "
En conclusion, Arnaud Montebourg serait un candidat sans idées… Pourtant c'est bien le seul qui propose de changer vraiment un système arrivé à ses limites. Emmanuel Todd l'écrit dans sa préface au petit livre "votez pour la démondialisation" : "Ce texte vaut autant par la fermeté de son ton que par la clarté de ses propositions. Nous sommes ici bien loin du robinet d'eau tiède qui a fait tant de mal à la gauche".
A quoi sert atlantico ? A être un relais des idées de droite, c'est entendu, mais il faut bien qu'il y ait une diversité des opinions pour qu'existe la démocratie.
Peut-être aussi à payer correctement les piges des chroniqueurs en mal d'inspiration. C'est déjà ça.
PS :
Ceci étant dit, je trouve que Hugues Serraf est quelqu'un de très intéressant, et même si je ne suis pas toujours d'accord avec lui (dans le cas présent, je crois que c'est clair), je ne manque pas un de ses articles sur son blog, que je recommande.
J'espère qu'il comprendra ma critique de son article, puisque "sans la liberté de blâmer il n'y a pas d'éloge flatteur", devise d'un grand journal dans lequel sa chronique contre Montebourg aurait une place de choix.

5 commentaires:
coucou, Ségolène Royal a elle aussi pris la 6e Republique, cf 2007 et ses twitts interview récentes.
Et bien vue sur Atlantico
Oui Dagrouik, je ne me souviens que trop bien que SR avait proposé Matignon à Bayrou entre les 2 tours, en 2007. J'en déduit qu'elle n'avait pas exactement compris le sens de cette 6e République, ou qu'elle n'était pas d'accord, là non plus, avec cette partie de son programme de 2007.
Mais peu importe, c'est Arnaud qui avait amené cette idée dans ses bagages, je crois que tu peut le reconnaitre.
Le dernier paragraphe du PS n'a pas lieu d'etre. L'agora est fait pour les échanges d'opinion et d'avis.
dima
Dima, il a une certaine utilité : celle de rappeler à Serraf que sa prose est digne du Figaro.
oui Rimbus, j'aime bien lire Serraf aussi, enfin, je le préférai avant Atlantico. Bien vu à propos de Guérini, s'il a envie de se lâcher, il trouve là un vrai sujet ! Oui, je pense aussi que c'est une pige de commande, ce qui me désole... Je vois hélas notre Serraf céder au plaisir du pamphletaire atrabilaire et se rapprocher dangereusement de Thierry Desjardins, ce qui devrait ravir Atlantico, au prix que ça leur coûte.
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