dimanche 21 août 2011

La cathédrale paléochrétienne d'Arles


C’est au cours de travaux préalables à la rénovation de l’ancien couvent Saint-Césaire à Arles, il y a 10 ans, qu’ont été mises au jour des traces d’une construction ancienne. Le chantier du futur médiapôle est arrêté, et le projet aussi.

La découverte est exceptionnelle. Par sa taille supposée, cette construction du début du VIe siècle semble être l’une des plus grandes cathédrales de ce temps, peut-être même la plus imposante connue à ce jour, plus grande même que la basilique Saint Pierre de Rome de l’époque.

L’évêque Césaire, qui exerça sa charge de 502 jusqu’à sa mort en 542, construisit un premier monastère de femmes dans la nécropole des Alyscamps, détruit lors du siège de la ville par les Francs et les Burgondes en 507-508. Une seconde construction fut consacrée à l’Hauture en 512. Cette découverte pourrait être la mystérieuse basilique citée plusieurs fois dans la Règle de Saint Césaire.

Les archéologues (Marc Heijmans et Alain Génot) responsables des fouilles procèdent alors à différents sondages du terrain, par tranchées successives, année après année, pour mettre à jour les imposantes fondations qu’ils rebouchent après un relevé minutieux.

De nombreuses questions se posent dès lors aux spécialistes : la construction de cet imposant édifice a eu lieu au moment où la ville était sous la domination de Théodoric, roi des Ostrogoths, qui n’était pas chrétien, mais arien (un mouvement suivant les préceptes d’Arius, excommunié au concile de Nicée en 325).

Comment est-il possible que le plus grand bâtiment chrétien de l’époque soit construit dans une région gouvernée par des hérétiques, et avec quel financement ? Néanmoins, on sait que l’évêque d’Arles Saint Césaire, très renommé à son époque, était en relation avec le roi Ostrogoth qu’il avait rencontré en 513 à Ravenne, sa capitale, et que Théodoric portait un grand intérêt pour la Provence et la ville d’Arles en particulier, dont il fit restaurer les remparts.

D’autres questions purement architecturales se posent aussi, et si le plan de l’édifice n’est pas encore établi avec certitude, les vastes proportions des éléments mis à jour supposent une couverture techniquement très compliquée à réaliser (charpente plutôt que voûte maçonnée ?) et l’on voit difficilement la raison d’être de cette configuration.

Les fouilles vont continuer, et chaque indice découvert par les chercheurs permettra d’affiner la connaissance de cet Arles du haut-moyen âge, à la frontières entre les différents royaumes barbares, Ostrogoths, Francs, Burgondes, qui contrôlèrent successivement la cité.

4 commentaires:

Didier Goux a dit…

Rendons à Césaire ce qui appartient à Césaire…

solveig a dit…

Il se passe décidément beaucoup de choses à Arles, très belle ville !
Je suis ton reportage avec intérêt.
Les eaux du Rhône ont-elles livré d'autres trésors, depuis la découverte du buste de César ?

Anonyme a dit…

merci Rimbus de parler de notre belle cathédrale dont les vestiges ont un avenir incertain par rapport à leur mise en valeur...
Je fouille sur ce chantier depuis 2003, et il s en est fallu de peu pour que sa recherche ne soit reportée sine die
Il a fallu monter au créneau pour poursuivre son étude et plus le temps avance, plus on se rend compte de l importance de ce site...

A la base, c'est un projet immobilier pour construire le Médiapôle (sorte de pépinière d'entreprises multimédia), financé en grande partie par la Région qui a alloué 6M d'euros pour la construction et la rénovation, qui a amené les pelles mécaniques à tomber sur ces vestiges.

La suite de ce projet a donc été retardé de 3 ans pour mener un Programme Collectif de Recherche, m
dirigé par Marc Heijmans, qui a permis de mieux comprendre le site. Aujourd'hui, tout est remblayé et la fouille de cette année poursuit les recherches de la campagne 2010 sur les dépendances de la cathédrales. Nous avons une autre petite église mitoyenne du IVème siècle côté rempart (Montée Vauban)et le travail se poursuit.

Je suis personnellement allé voir M.Sabeg, chef du service patrimoine et le maire H.Schiavetti. C'est là que je reparle d'avenir incertain car, si le Médiapôle, rebaptisé, Enclos Saint Césaire pour accueillir les expos photos, a bien été rénové et est devenu fonctionnel, le projet de mise en valeur n'est pas encore défini au niveau décisionnel, mais les plans et le budget sont clairement définis. Mon prochain interlocuteur sera M.Vauzelle qui détient une grosse partie des cordons de la bourse, et qui est séduit par la richesse des vestiges....j espere en savoir plus sur les intentions à venir

David

Anonyme a dit…

@ solveig : en effet, les eaux du Rhône ont livré une barge antique de 31 mètres de longueur, péniche de l'époque, remarquablement bien conservée et qui fait l'objet d'un levage, tronçon par tronçon. Elle sera reconstituée et exposée dans une future extension du Musée de l'Arles Antique