mardi 16 août 2011

La fin de l'euro est-elle pour demain ?



Les employés de la fromagerie Morel avaient bien des difficultés à calculer le passage du franc à l'euro. Ils avaient même inventé pour l'occasion le concept d'"ancien euro", et il se pourrait bien que nous soyons contraints de faire ce calcul à l'envers en nous référent à un euro défunt.

Je suis comme Monsieur Poireau, je n'entends rien à la finance.
Je ne peux que lire ce qu'en disent ceux qui s'y entendent et essayer d'y comprendre quelque chose :

L'arme magique pour sortir de la spirale de l'endettement semble être l’EFSF (European Financial Stability Facility, le fonds de secours européen) qui doit garantir les dettes de états, donc leur capacité à les rembourser, ce qui doit stopper le cercle vicieux de la spéculation, mesurée par les notes des agences de notation.

Tout le monde pense que la dégradation de ces notes des dettes publiques des états européens va se poursuivre. La France risque d'y perdre son triple A (Lars Feld, conseiller économique de Merkel l'affirmait hier). Quel pourrait être la teneur de ce fonds, si la plupart des états contributeurs est susceptible d'y avoir recours parce que trop fragiles ?

L'Allemagne deviendrait alors le seul financier fiable de l'EFSF. Ce qu'on veut nous vendre, pour complaire à ces agences de notation, c'est la règle d'or budgétaire, c'est à dire un programme généralisé d'austérité… qui stoppe la consommation et la croissance du PIB (cela c'est produit pour la Grèce, passée depuis 2008 de 4% à -4,8 %) et donc bloque le meilleur moyen de sortir du déficit.
Même problème pour l'hypothèse de mutualisation des dettes souveraines sous forme d'Eurobond, un titre unique regroupant toutes les dettes (avec un taux d'intérêt moyen) des états de la zone euro. Les Allemands accepteraient-ils de payer plus cher leur endettement par solidarité avec ses voisins moins bien notés (et moins rigoureux) ? Merkel est très claire là dessus : "La concurrence sur les taux d’intérêt est une incitation à respecter les critères de stabilité."

Pour Frédérique Lordon, le recours à la planche à billet et à l'inflation sont une autre façon de réduire la dette issue des déficits
"Les pays concernés reprendront barre sur leur banque centrale nationale, de fait extraite du SEBC (le Système Européen de Banques Centrales), pour lui faire émettre des euros en quantité ad hoc. A ce moment précis, constatant l’apparition dans la zone euro d’une source de création monétaire anarchique (...) susceptible de mélanger ses euros impurs aux euros purs (et par là de les corrompre), l’Allemagne considérera que le point de l’intolérable a été atteint et, faute d’avoir les moyens d’exclure le(s) contrevenant(s), jugera que sa propre conservation monétaire lui fait devoir de quitter les lieux. 
Fin du voyage pour l’euro, en tout cas dans sa forme originelle".
Mais peut-être se trompe-t-il, toujours est-il que je n'ai pas les connaissances pour le contredire. Ce qui m'inquiète, c'est que Nouriel Roubini dit la même chose :
"Lorsque vous vous attaquez aux dettes publiques et privées afin de les réduire, la croissance économique n’est pas au rendez-vous, à moins de gains en productivité. Et à moins que l’euro n’en revienne à une parité avec le dollar, ce  qui est peu probable, ou à moins de faire face à une douloureuse déflation, cela ne risque pas d’arriver et accentuera encore l’effet de récession. Puisque vous ne pouvez régler vos problèmes de compétitivité et ne pouvez pas davantage effectuer de dévaluation unilatérale, la seule option qui vous reste est de quitter l’union monétaire. (…)  L’Union européenne pourrait faire de grands pas en direction d’une plus grande union politique, économique et fiscale, vers l’intégration; mais je n’y crois pas car les conditions posées par l’Allemagne pour accepter une union fiscale signifient un abandon complet de souveraineté fiscale des pays périphériques. Si rien de tel ne se produit, l’autre porte de sortie de cette situation de déséquilibre est une restructuration, ordonnée ou désordonnée et, pour finir, une explosion de la zone euro. Je pense que ce scénario est probable."
 Plus troublant encore, les prédictions de Jacques Sapir, il y a 8 mois, qui annonçait la crise de l'euro que nous connaissons, en pointant exactement les mêmes causes que Roubini : euro surévalué, refus de l'Allemagne de mutualiser la dette européenne, et fin de l'euro fin 2011 ou début 2012 (voir la vidéo ci-dessous).


Encore une fois, je ne suis qu'un béotien…
Mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir un frisson d'angoisse quand je lis, dans Sud-Ouest, des gens comme Philippe Dessertine évoquer le spectre de la guerre lié à la chute de l'euro :
Est-ce la fin de l'euro ?
"Aujourd'hui, les partis extrémistes disent qu'il faut abandonner l'euro. Ce serait disloquer la communauté économique mondiale et assumer un risque de guerre. En 2008, des apprentis sorciers étaient à la tête des États-Unis et ont pensé pouvoir lâcher Lehman Brothers, et le système entier a failli basculer. L'euro, c'est Lehman Brothers à la puissance 50".
La fin de l'euro n'est ni souhaitable, ni souhaitée, sauf par les plus extrémistes nationalistes qui se rêvent meilleurs que leur voisin. Et ces gens là se retrouvent dans chaque pays de l'Union, toujours plus nombreux. L'histoire serait-elle un éternel recommencement, et le cycle crise-nationalisme-guerre est-il une fatalité ?

La réunion entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se fera tout à l'heure avec en toile de fond la survie de la monnaie européenne, de l'Europe, même.
"Il ne faut rien attendre de spectaculaire" à l'issue de cette réunion, a déclaré Steffen Seibert, le porte-parole de la Chancelière, lors d'une conférence de presse.

Faut-il pleurer ou se réjouir ?

1 commentaire:

didier a dit…

Encore une fois je constate qu'on partage les même approches politique,complémentaires et non contradictoires. Je remet donc un lien de ton post sur mon dernier billet.
A bientôt.