samedi 13 août 2011

Le capitalisme peut-il s'autodétruire ?

Paul Jorion 


 

Karl Marx prédisait l'autodestruction du capitalisme, mais semble-t-il pour de mauvaises raisons…  Il n'empêche que cette prédiction est reprise par de nombreux économistes de renom… Paul Jorion, qui n'est pas un économiste, mais un parfait connaisseur du système financier dont il fut un des acteurs aux Etats-Unis, ne dit pas autre chose :
"Les banques centrales, dirigées dès leur origine par les rentiers ou capitalistes (officiellement aux États-Unis et officieusement en Europe), ont toujours travaillé à leurs ordres et aujourd’hui plus que jamais. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les nations ont délégué une part toujours grandissante de leurs pouvoirs à leurs banques centrales qui sont devenues soit un État dans l’État (comme aux États-Unis) soit un État par-dessus les États (comme en Europe).
Capitalistes et entrepreneurs, désormais alliés, encouragèrent la création d’un abysse de dettes contractées par les entreprises et par les travailleurs.
Le processus était condamné à s’interrompre aussitôt qu’ils seraient tous insolvables, stade qui fut atteint en 2007. Plutôt que d’enrayer la crise de la seule manière possible, c’est-à-dire en redéfinissant la donne entre rentiers, entrepreneurs et travailleurs, les gouvernements ont choisi d’encourager entreprises et travailleurs à s’endetter encore davantage, produisant ainsi de nouveaux intérêts dont bénéficient les rentiers, tandis que les banques centrales se voient confier parallèlement la tâche de créer de toutes pièces la montagne d’argent qui sera déversée dans l’abysse toujours plus profond de la dette.
Captif désormais d’une rétroaction positive, autrement dit auto-renforçante, le capitalisme est entré dans une phase d’autodestruction."

Joseph Stiglitz



Pour Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001, le système capitaliste actuel a perdu la tête, et ne représente plus que le "triomphe de la cupidité". Comme Jorion, il considère que le système néo-libéral des années Tatcher et Reagan, est un échec total. Le "laissez-faire" et la dérégulation qui s'en suivit a conduit à un système d'échange de plus en plus libre, de plus en plus fou, qui doit obligatoirement se transformer.

Pour le prix Nobel, les politiques d'austérités ne sont pas des solutions (Arnaud Montebourg est sur la même ligne).

"Certains pensent que l’austérité est le prix à payer, un mal passager mais nécessaire. Mais non. L’austérité ne fait que retarder la solution des problèmes. Les économies seront plus faibles, les rentrées fiscales aussi, et le chômage sera plus élevé. La question politique se pose à des pays comme la Grèce, l’Espagne, l’Irlande d’assumer des taux de chômage de 20 %, voire de 30 %, sur une longue durée. C’est intenable, sauf à prier que quelque chose arrive qui modifie la situation, une guerre par exemple ! En fait, par les tensions qu’elle génère, l’austérité est une menace pour les démocraties. Vous pouvez faire en sorte que l’économie croisse plus vite en investissant davantage. La Grande-Bretagne, la France et d’autres pays peuvent emprunter de quoi investir dans l’éducation, les infrastructures, la santé et les technologies. Ils obtiendront un retour sur investissement supérieur au coût de la dette." (Marianne, janvier 2011)


Nouriel Roubini


Nouriel Roubini, professeur d'économie au Stern School of Business de l'Université de New York, n'y va pas par quatre chemins : “Karl Marx got it right, at some point capitalism can destroy itself,” vient-il de déclarer au Wall Street Journal.
Pour lui, c'est pareil, le système est en train de s'effondrer. "La probabilité d'une nouvelle récession [double-dip recession], à mon avis, est maintenant au moins 50 pour cent non seulement dans les Etats-Unis, mais aussi dans la plupart de la périphérie de la zone euro ; il y avait trop de dettes dans le secteur privé il y a maintenant trop de dettes dans le secteur public, la croissance économique est devenue si faible que la plupart des économies sont maintenant à la vitesse de décrochage".
Roubini, pour ne pas trahir son surnom de "Cassandre", juge probable l'explosion de la zone Euro :
"(…) la solution qui se profile au sein de la zone euro n’est pas un équilibre stable: c’est un déséquilibre instable. Repousser les décisions, passer de la dette privée à la dette publique puis à la dette supranationale, en continuant d’injecter de l’argent dans un système en faillite, ça ne marchera pas. L’Union européenne pourrait faire de grands pas en direction d’une plus grande union politique, économique et fiscale, vers l’intégration ; mais je n’y crois pas car les conditions posées par l’Allemagne pour accepter une union fiscale signifient un abandon complet de souveraineté fiscale des pays périphériques. Si rien de tel ne se produit, l’autre porte de sortie de cette situation de déséquilibre est une restructuration, ordonnée ou désordonnée et, pour finir, une explosion de la zone euro. Je pense que ce scénario est probable."
(Slate, 11 août 2011)


Le changement de système est inévitable. Réguler le fonctionnement des flux financiers et repenser les structures de nos échanges économique semblent des injonctions que nous font les spécialistes économiques. Réorganiser la gouvernance européenne est aussi une urgence.

L'avenir de l'Europe est en train de se jouer dans cette partie de Monopoly, et comme le disait Arnaud Montebourg : "Si nous ne parvenons pas à faire cesser cette insécurité financière, le peuple aura perdu sa liberté de choisir, et je ne donne plus très cher de l'avenir de nos démocraties encore apaisées et tranquilles."

Il faut peut-être en finir avec le rêve capitaliste

8 commentaires:

Didier Goux a dit…

Ah, vous aussi vous faites de la dissonance cognitive ?

L'explication ici.

Eric a dit…

Je ne sais pas si le capitalisme va se détruire, mais ce qui semble certain c'est que les Américains (donc, nous) ont un problème: les Républicains, qui sont de plus en plus extrémistes. Les idées de Ronald Raegan, qui n'étaient pas toutes mauvaises, sont devenues des dogmes. Difficile de lutter contre...

didier a dit…

J'adhère totalement à cette analyse.Merci pour sa clarté.Je m'en suis inspiré pour apporter un point de vue personnel mais complémentaire dans mon dernier post notamment sur le débat au PS entre réformateurs orthodoxes et Arnaud Montebourg qui prône une rupture contrôlée.J'y ai mis le lien de ton post pour élargir les réflexions du blogueur.

Rimbus a dit…

@Didier Goux : moi je n'y entend rien à ces questions triviales, je ne fais que relayer ce que disent des spécialistes, genre prix Nobel… c'est eux qui dissonent cognitivement, peut-être ?

@Eric : le triomphe de la cupidité est-il moral ?

@didier : ton lien concerne melclalex, mais c'est un excellent billet aussi. Si je t'ai inspiré, tant mieux.

Accent Grave a dit…

Je que la mort du capitalisme n'est pas pour demain. Ceux qui tirent les ficelles sont au courant du péril.

Le système actuel devra bien sûr être revu ou disparaîtra mais, pas demain.

Accent Grave

Didier Goux a dit…

Oui, très probablement, ils dissonent comme vous dites. C'est-à-dire qu'ils font passer leurs souhaits idéologiques dévorants avant leur réflexion.

Pour ce qui est des prix Nobel, quand ils sont d'économie, de littérature ou de la Paix, ils ne valent que le parchemin que l'on remet au récipiendaire, et encore.

Rimbus a dit…

@Accent Grave : je n'en sais rien… ça finira peut-être de manière violente. il y a un article intéressant là dessus sur Slate :
http://www.slate.fr/lien/42431/crise-economique-troisieme-guerre-mondiale

@Didier Goux : leurs souhaits idéologiques ne les gouvernent pas plus que les vôtres ne vous gouvernent, pensez-y.

Didier Goux a dit…

Vous vous trompez, je n'ai aucun “souhait idéologique”. J'essaie de regarder le monde tel qu'il est et n'ai aucun projet d'avenir radieux, surtout basé sur ce que l'homme pourrait être.