mercredi 7 septembre 2011

Pour Aquilino Morelle, la mondialisation est une mystification



Aquilino Morelle (ancienne plume de Jospin, directeur de la campagne d'Arnaud Montebourg) s'exprime dans une tribune du Monde titrée :  La démondialisation inquiète les partisans d'un libéralisme aux abois.

 En résumé, je dirai que Morelle nous retrace l'histoire du libéralisme, avec cette habitude propre aux partisans de Montebourg, celle d'aller à l'origine du problème pour y remédier, sans se contenter d'appliquer des rustines pour en contrer les effets pervers.

Si les adeptes du libéralisme mondial jouent aujourd'hui la carte de TINA (There is no alternative), Aquilino explique que ce libéralisme est avant tout un projet idéologique pensé, voulu et mis en œuvre avec opiniâtreté par des intellectuels et des responsables politiques, de gauche qui plus est. Jacques Delors, Pascal Lamy (Commission européenne) et Michel Camdessus (au FMI) ont été les premiers à convaincre la gauche Mitterrandienne, dès les années 80, à travailler pour libéraliser la finance, ce qui a été parfaitement mis en place puisqu'elle triomphe aujourd'hui.

"Un triomphe rendu possible non par la démission des hommes politiques de gauche, comme on le croit encore trop souvent, mais par leur consentement.
Financière, la mondialisation, au gré des accords successifs de libre-échange imposés aux peuples à leur insu par cette élite agissante de la gauche libérale, est devenue aussi la mise en concurrence des économies, des salaires, des fiscalités, des protections sociales, des peuples, des hommes, de leurs vies. Quel aveuglement idéologique que d'avoir accepté l'entrée de la Chine au sein de l'OMC en 2001 sans aucune contrepartie !"

"Les idées, la connaissance, l'art, l'hospitalité, les voyages : ce sont là des choses qui, par nature, doivent être internationales. Mais produisons les marchandises chez nous chaque fois que c'est possible : ce sont cette raison et ce sens des réalités humaines soulignés par Keynes que les partisans de la mondialisation ont voulu nous faire perdre. C'est le retour à cette sagesse qui est au cœur du projet de démondialisation.

Morelle dénonce le mythe de la "mondialisation heureuse", alors que le fossé entre plus riches et plus pauvres ne cesse de s'accroitre. Rarement une mystification aussi cynique aura été tentée.

Cette mondialisation, d'essence financière, vise à remplacer la politique par le commerce, et d'une certaine manière, en se rangeant derrière le slogan TINA, en acceptant les politiques d'austérité, les différents partis politiques ont fait perdre espoir au Peuple, de plus en plus abstentionniste, ou de plus en plus extrémiste et nationaliste (phénomène commun aux Etats-Unis, avec le Tea-Party ou Européens avec le succès des partis d'extrême droite).

Où est l'espoir, quand chacun déclare qu'il n'y a pas d'autre alternative que de se plier au diktat " du triomphe de la cupidité " dénoncé par le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz ?

Il conclu : "Soit nous conduisons une stratégie de protectionnisme raisonné, européen, social et écologique, soit les peuples céderont aux sirènes perverses des droites extrêmes. La démondialisation s'oppose ainsi autant au délire de l'ouverture infinie des marchés détruisant les protections sociales, les industries et les modes de vie, qu'au repli nationaliste et haineux de Marine Le Pen."


A lire sur le blog "A perdre la raison" de melclalex, le livre d'Arnaud Montebourg en pdf : Votez pour la démondialisation.

2 commentaires:

Didier a dit…

Bravo pour la synthèse!

BA a dit…

Jeudi 8 septembre 2011 :

Affreux à dire.

La question ne se pose pas encore en France mais, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, on la trouve sous la plume d’éditorialistes vedettes de la presse conservatrice et libérale. Il y a deux mois, avant de les lire, je l’ai posée lors d’une rencontre avec des banquiers internationaux : et si nous, les conservateurs libéraux, nous nous étions trompés ?

Et si ce à quoi nous avons cru, l’économie de marché, n’avait jamais été qu’un moyen pour le plus petit nombre de faire travailler le plus grand pour acquérir le maximum de capital et donc de liberté ?

C’était au moment où il devenait clair que la crise grecque serait épongée non par les banques mais par l’argent public ; que le Congrès américain, après avoir ruiné l’essentiel de l’amendement Dodd-Frank, laisserait le système financier prêt à recommencer ; que Barack Obama allait passer un compromis qui réduirait les dépenses mais n’augmenterait pas les impôts ; et que la mondialisation consisterait plus que jamais à récupérer les bénéfices mondiaux en replaçant les pertes chez les contribuables.

On a de plus en plus le sentiment que les gouvernements défendent des intérêts au lieu de répondre à la crise, ou encore répondent à la crise en défendant des intérêts. Et cela quelle que soit leur couleur politique. Aussi, la seule chose qui reste à se demander est la part d’autonomie dont ils jouissent ; à vrai dire elle consiste à mettre en scène des décisions qui donnent l’impression que les dirigeants politiques les ont ap­prises cinq minutes avant de s’y convertir.

http://www.valeursactuelles.com/parlons-vrai/parlons-vrai/affreux-%C3%A0-dire20110908.html