lundi 17 octobre 2011

Les mots qui font la France : ratonnade


Il y a tout juste 50 ans, le 4 octobre 1961, Maurice Papon, préfet de police, met en place, avec l’accord du gouvernement de de Gaulle, un couvre-feu concernant les "FMA" (Français musulmans d’Algérie) ; un véritable couvre-feu au faciès. Contre cette mesure, le FLN organise une grande manifestation, non violente, pour le 17 octobre à 20h30, une première en métropole.

Un tiers des 30 000 manifestants, venus pour la plupart des bidonvilles de banlieue, sont arrêtés et emmenés dans des autobus réquisitionnés. De nombreux témoignages (dont celui d'Elie Kagan, photographe, Joseph Gomminginger, Paul Rousseau, gardiens de la paix) concordent… les forces de l'ordre, échauffées par de fausses informations mentionnant la mort de plusieurs policiers, se déchaînent, à coup de matraques, de nerfs de bœufs, ou tirent au pistolet mitrailleur, selon les différents témoins. Certains manifestants sont jetés dans la seine, souvent c'est leur cadavre dont on se débarrasse. Depuis le début de l'année 1961, 29 policiers avaient été victime d'attentats. Le 3 octobre, aux obsèques du brigadier Demoën, Maurice Papon déclarait dans son allocution : « Pour un coup donné, nous en porterons dix »

On ne saura jamais le nombre exact de victimes (de 100 à 200 semble-t-il).
Le mot ratonnade vient de rentrer dans l'histoire de France.

La guerre d'Algérie finira 5 mois plus tard, en mars 1962, avec les accords d'Evian et la reconnaissance de l'indépendance de l'Algérie.

Le journal radiophonique "Inter Actualité" du 18 octobre 1961 annonce que le "Conseil des ministres a décidé de renforcer les forces de sécurité à Paris, et de renvoyer en Algérie de nombreux manifestants musulmans arrêtés". Il déplore le "décès d'une victime parisienne, M. Guy Chevalier", puis parle de 2 morts et 64 blessés chez les manifestants musulmans.

Le premier déplacement du nouveau candidat de l'opposition socialiste, François Hollande, a été de commémorer ce massacre : il a jeté à la Seine une rose pour commémorer les cinquante ans de ce triste épisode de l'Histoire.
Avec cette prise de position, le candidat socialiste se démarque totalement du président de la République, qui a refusé de reconnaître la responsabilité de la France dans cet événement.

Un appel pour la reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre 1961 à Paris est lancé par Médiapart, sous la forme d'une pétition.

10 commentaires:

Gaël a dit…

ah c'est bien alors si François Hollande a commémoré cette triste date

Nicolas a dit…

Il voulait même se baigner dans la seine mais je le lui ai déconseillé : depuis qu'il n'est plus gros il flotte moins bien.

Didier Goux a dit…

Tissu de contre-vérités et de mensonges depuis longtemps éventés : un bon billet de gauche, en somme.

Gaël a dit…

comment M'sieur Goux ? vous sous-entendez que François Hollande n'est pas allé sur les bords de seine aujourd'hui ?!

@rimbus ton captcha me traite de "foocu"...

Anonyme a dit…

bonjour,
il devient de plus en plus difficile d occulter le glorieux passe de la france concernant l algerie et c est tant mieux.
reste a faire abdiquer les nostalgiques ou attendre qu ils disparaissent de mort naturelle avec leur mensonges.
loudiv

Rimbus a dit…

@Gaël : j'ai signé l'appel sur Médiapart.

@Nicolas : Tu es toujours de bon conseil

@Didier Goux : produisez vos preuves et témoignages.

@loudiv : la mauvaise herbe est la plus tenace, les orchidées les plus fragiles.

Didier Goux a dit…

Pouvez toujours commencer par là

Marie a dit…

Il y aurait eu des policiers tués et blessés en France pendant cette période ? fausse rumeur, soit, alors allez consulter wikipedia "massacre du 17/10/1961"

Cela n'excuse rien,cette guerre, une de plus, aurait dû ne jamais commencer, ce pays avait le droit à son indépendance, je l'ai pensé tout de suite mais les politiques en ont décidé autrement.

Pour la jeune génération, internet leur donnera tous les renseignements sur le rôle de certains dirigeants de cette époque.

Le Prétorien a dit…

Rimbus nous allons vous rafraichir la mémoire pour expliquer ces drames.Au cours des mois précédents, 22 policiers sont tombés en France métropolitaine sous les balles des commandos du FLN (Front de Libération Nationale), l'un des mouvements qui revendiquent l'indépendance des trois départements algériens.

Les syndicats de policiers réclament davantage de fermeté de la part du préfet de police de Paris, Maurice Papon. Le 5 octobre, celui-ci demande aux travailleurs algériens de ne plus circuler de nuit dans la capitale. Il autorise aussi l'interpellation de tout musulman de jour comme de nuit.

Pour protester contre ce couvre-feu discriminatoire, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens de la région parisienne à manifester pacifiquement, avec femmes et enfants, le 17 octobre, à 20h30, sur les Champs-Élysées.

Une manifestation nocturne à deux pas du palais de l'Élysée et de l'Assemblée nationale, avec une police chauffée à blanc par les attentats dont elle a été victime, c'est le drame assuré !

Le FLN veut user de cette provocation pour prendre le dessus sur le mouvement rival du MNA. Il ne lui déplaîrait pas non plus que la France soit mise en accusation sur la scène internationale.

Le général de Gaulle, président de la République, y voit non sans raison une pression inadmissible sur les négociateurs français et indépendantistes qui traitent à Évian du futur statut de l'Algérie. Le principe de l'indépendance est acquis mais les négociations achoppent sur le statut du Sahara. Le président donne carte blanche à Maurice Papon pour interdire la manifestation et la disperser par tous les moyens. Le préfet peut dire à ses hommes : «Désormais, vous êtes couverts !» Les policiers ne se le font pas dire deux fois...

Malgré l'interdiction, les Algériens des banlieues ouvrières, généralement de pauvres gens, convergent vers le centre de la capitale, souvent poussés de force par les militants du FLN. Les cadres du parti se gardent bien quant à eux de participer à la manifestation. Le drame survient comme prévu. Les forces de l'ordre affrontent sans ménagement les manifestants et les embarquent vers les commissariats pour les rouer de coups plus à leur aise. Des manifestants sont même jetés dans la Seine !
Le FLN estdonc bien le RESPONSABLE indirectement de ce drame.

Anonyme a dit…

Je vous signale la réédition de l'ouvrage : " Les ratonnades d'octobre". Par Michel Levine
Editions Jean-Claude Gawsewitch 2011.

En octobre 1961. A Paris, en pleine guerre d'Algérie, Maurice Papon, préfet de police et chef de la répression, instaure un couvre-feu pour les Algériens, citoyens français de seconde zone : chasse au faciès, interpellations systématiques, bouclages de quartiers, etc. Les conditions de vie deviennent infernales pour des milliers d'hommes et de femmes.
En protestation contre ces mesures qui rappellent l'occupation nazie, le F.L.N. organise le 17 octobre une manifestation pacifique. Aussitôt, Papon "chauffe ses troupes". La machine à tuer est en marche…On retrouvera des centaines de cadavres dans la Seine.
Le crime commis, c'est le grand silence de la part des autorités et des médias, un mutisme absolu qui durera longtemps. Pour la première fois, on dévoile ce qui était ignoré de l'historiographie officielle ou soigneusement refoulé. L'auteur s'est livré à une véritable enquête, interrogeant victimes, avocats, témoins.
Michel Levine revient sur cette période tragique de l'Histoire à l'occasion du 50e anniversaire des évènements d'octobre 1961.

Michel Levine est historien des Droits de l'Homme. Il a notamment publié chez Fayard Affaires non classées (Archives inédites de la Ligue des Droits de l'Homme).