jeudi 1 décembre 2011

Quand Standard & Poor's raconte n'importe quoi


Sur le plateau de "Ce soir ou jamais", mardi soir, le chef économiste "Europe" de l'agence Standard & Poor's, Jean-Michel Six, a affirmé à Emmanuel Todd que si la France faisait défaut sur sa dette, elle lèserait les pays émergents, que Six qualifie de "pays pauvres", qui détiennent selon lui 40 % de cette dette.

Argument tout à fait humaniste, puisqu'après avoir pillé les richesses de ces pays lors de colonisation, nous les ruinerions à notre profit, explique-t-il, du ton péremptoire de l'initié désigné comme apte à noter les Etats.

Sur le plateau, personne ne relève l'argument qui semble imparable.

En réalité, puisque notre dette est détenue à 65 % par des "non-résidents", monsieur Six veut-il dire que 40 % de ces 65 % de non-résidents sont des pays émergents ?

Pourtant, il y a 6 mois, le journal Le Monde publiait un article de Cécile Prudhomme sur cette question en citant Patrick Artus, responsable de la recherche chez Natixis :
Difficile toutefois de tirer des conclusions sur la provenance des capitaux car on ne connaît pas toujours la vraie nature des investisseurs finaux :
« Un investisseur saoudien, qui détient de la dette française car il a investi dans un fonds d’investissement à Londres, est comptabilisé comme un investisseur britannique, souligne M. Artus. D’ailleurs, les trois plus gros détenteurs de la dette française sont le Luxembourg, les îles Caïmans et le Royaume-Uni.»
Un détail relevé à l'époque par JM Aphatie dans le Grand Journal de Canal + :


Qui a raison ? Monsieur Six ou monsieur Artus ?

Le plus fort, c'est qu'il est en réalité interdit de connaître les créanciers de la France :
Les textes actuellement en vigueur (notamment art. L. 228-2 du code de commerce, décret d'application n° 2002-803 du 3 mai 2002 publié au Journal officiel du 5 mai 2002, art. L. 212-4 du code monétaire et financier relatif à la nominativité obligatoire) n'autorisent les conservateurs d'instruments financiers (Euroclear France pour les titres d'État français) à communiquer aux émetteurs la liste de leurs détenteurs finaux qu'aux seuls émetteurs d'actions, de bons de souscription d'actions ou d'instruments de taux donnant immédiatement ou à terme accès au capital. (réf.)

Voilà comment on prend les citoyens pour des imbéciles, en leur racontant toutes les sornettes possibles et imaginables… 

On a vraiment envie, parfois, de reprendre les mots de Mélenchon et de crier : "Qu'ils s'en aillent tous !"

2 commentaires:

Alfred a dit…

Merci pour l'article

Monsieur Poireau a dit…

Comme je le twittais tout à l'heure, c'est comme si les financiers avaient tout organisé tout seul et que personne ne les avait aidés !
:-)