Et voilà.
Montebourg est troisième.
Je regardais les petits papiers marqués Arnaud Montebourg s'accumuler sur la table, alors que les mains fébriles dépouillaient les petites enveloppes bleues. La loi des séries envoyait des rafales de "Montebourg, Montebourg, Montebourg" répétés à haute voix. Et les petits bâtons s'alignaient sur la feuille officielle.
"Montebourg, Hollande, Aubry, Montebourg, Montebourg"… Et puis une série Hollande, et les bulletins de vote se rangeaient régulièrement en piles bien alignées.
Plus la soirée avançait, et plus il était évident que Montebourg était troisième, dans les 5 bureaux de Arles… un coup de fil à Paul, sur Marseille, donnait les même résultats. Sur un Iphone, une chaine d'info confirmait au plan national ce classement.
Dans la nuit, les comptes se sont terminés. Montebourg était bien troisième… avec un bon écart sur
la pauvre quatrième. Le visage du délégué de Ségolène Royal avait les traits qui s'éteignaient comme la lune montait au ciel.
Je suis rentré. J'ai dormi un peu.
Maintenant c'est
l'heure du bilan.
Les médias parlent presque plus du troisième que des deux finalistes. Ils étaient attendus, eux.
Alors, que faire de ce beau score ?
Pour Montebourg c'est un point final a ses plus hautes ambitions. Pas de présidentielle en 2012… Pas plus en 2017 si la gauche est gagnante… A moins de s'opposer au président, ou à la présidente sortante. Difficile.
Que va devenir notre programme ? Diluées chez Hollande, perverties par leurs contraires chez Manuel Valls, on peut se demander ce qu'il restera des idées de Montebourg dans le camp du favori. Mais le vainqueur peut
offrir un poste ministériel, dans une carrière politique c'est important. On en a même vu qui traversaient le fleuve de la honte pour un maroquin qui les appelaient sur la rive droite.
Chez Martine Aubry, ses idées peuvent être soutenues par Benoît Hamon, et renforcer la candidate challenger… mais Arnaud Montebourg est-il le berger de ses électeurs dont on ne sait rien ? L'option n'est pas sans risque, la victoire n'est pas assurée, et la championne n'a peut être pas les capacités de remporter la victoire finale pour atteindre l'Elysée.
Mais dans un sens, un victoire de la droite redonnerait ses chances à Montebourg pour l'échéance suivante. Mais à quel prix !
Cette victoire d'aujourd'hui est un peu "à la Pyrrhus". Ses idées défendues depuis 10 ans n'ont pourtant jamais été plus populaires… Mais ces concepts étranges, en rupture avec la sociale-démocratie défendue par les deux finalistes ne sont pas utilisables à la carte et sont un tout cohérent, de la sixième République à la démondialisation, en passant par la régulation financière.
Le plus grand risque, c'est qu'on revienne à cette politique de l'eau tiède, soumise au dogme de "there is no alternative", et qu'on doive s'engager derrière un vainqueur sans audace pour réussir l'alternance, en 2012… Avec la poursuite d'
une politique austère soumise au dogme libéral et financier.
Nous verrons bien.
La balle n'est plus dans le camp de Montebourg, quoi qu'on en dise. C'est l'attitude des deux finalistes qui déterminera si son engagement trouve un débouché politique. Et si son influence se retrouve dans le futur programme socialiste, ses partisans n'auront pas tout perdu.
Il est parfois plus simple de gérer une défaite qu'une victoire.