lundi 23 janvier 2012

La Vénus d'Arles


Découverte en 1651 lors de la fouille de vestiges romains proches du Théâtre antique d'Arles. Elle représente probablement la déesse Aphrodite.

Pourquoi parler de cette œuvre qu'on considère comme une copie d'un original de Praxitèle ?
C'est que le maire d'Arles (qui dans ses discours dit avec raison "La ville d'Art" en mangeant l'L avec la même gourmandise que j'ai à manger certaine cuisse) a annoncé que le président du Musée du Louvre, Henri Loyrette, venait de lui confirmer le prêt de la Vénus d’Arles pour l’exposition Rodin en 2013, qui se tiendra au Musée Départemental de l'Arles Antique.

Pourtant, la statue qu'on connait est assez loin de ce qu'elle fut quand les mains de l'artiste inconnu lui donnèrent sa forme originelle.



C'est en tout cas ce qu'expliquait l'architecte Jules Formigé en 1911 :

Après que celle-ci, achetée 61 livres par la ville fut exposée à l'Hôtel de ville "dans une armoire faict exprez", le premier consul de la cité, M. de Grille, sieur de Robiac, l'offrit au souverain Louis XIV pour s'attacher ses bonnes grâces. Le roi daigna témoigner sa haute satisfaction en offrant à l'ambassadeur un médaillon entourant de diamants son portrait, avec une chaîne en or, du prix de 200 pistoles. La statue fit son entrée dans la Grande Galerie de Versaille le 18 avril 1785, après avoir été restaurée (ses bras lui manquaient, comme la Vénus de Milo) par François de Girardon.


Un moulage de la statue originale avait heureusement été fait avant le départ de la Vénus pour Versaille, que Jules Formigé a pu examiner (photographié ci-dessus).
L'ampleur magnifique de la poitrine et du torse avait été amaigri par la restauration, comme l'enveloppe si pleine des joues et du cou ; la main délicate tenant la pomme n'est qu'une interprétation de Girardon. Les pieds sont aplatis et chargés de lourdes sandales inconnues de l'original.
L'allure même de la statue en est changé, et son déhanché a disparu, comme la courbe sensuelle de ses hanches. Selon l'architecte, "le désastre est complet".

Et celui-ci de conclure : "S'il nous est permis de formuler un vœu, ce serait de voir le moulage d'Arles exposé en place d'honneur au Musée de cette ville. Il serait aussi nécessaire de placer une reproduction de ce même moulage au Musée du Louvre, à côté de la statue restaurée".

Une idée à retenir pour l'exposition Rodin… qu'en pense notre édile ?

Quoi qu'il en soit, pour ma part, j'ai l'immense plaisir de connaître le modèle qui a inspiré cette Aphrodite, réincarné 20 siècles plus tard, et je peux certifier que monsieur Girardon n'a pas respecté l'enveloppe si pleine de ses joues ni l'ampleur exquise de sa poitrine. Mais contrairement à monsieur Formigé, je suis fort jaloux et ne tiens pas à partager cette volupté qu'elle me réserve.

(Librement inspiré de la Note sur la Vénus d'Arles, par M. Jules Formigé, architecte diplômé, dans Les Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, volume 55)


5 commentaires:

des pas perdus a dit…

quel coquin ;-))

Rimbus a dit…

Mais non, je ne compromets personne… enfin j'espère ;-)

Ju a dit…

ca fait plaisir !!! un peu d'histoire et de patrimoine... Tiens, j'y retournerais bien cette année à Arles pour le festival photo...

Anonyme a dit…

tiens tiens! Mais n'est elle pas Lorraine votre Venus d'Arles du 20e siecle?

alain darles a dit…

A rectifier car les conclusions de Formigé étaient totalement infondées
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vénus_d'Arles