lundi 27 février 2012

Le blues du musée bleu



L’extension du Musée Arlésien, consacré aux vestiges de la Rome antique, a été inaugurée par le président du Conseil Général, Jean-Noêl Guérini, fin décembre.

Cette nouvelle aile de plus de 800 m2, spécialement conçue par l’architecte Jean-François Hérelle pour accueillir le bateau vieux de 2000 ans, retrouvé au fond du Rhône, était une nécessité.
Comme l’expliquait le directeur du musée, Claude Sintès, quand le vestige avait été repéré en 2009 dans la fange du fleuve, l’exhumation de ce chaland ne pouvait se faire que si un local adéquat était construit pour en assurer la conservation. En effet, exceptionnellement protégé par la boue rhodanienne, le navire, baptisé Arles-Rhône 3, ne pouvait se conserver à l’air libre, et ses dimensions étaient trop imposantes (trente mètres de long) pour pouvoir l’exposer convenablement dans le MDAA, dans son état actuel.


Jean-No avait donc mis la main à la poche, et tout le monde était content, archéologues et politiques, qui se réjouissaient d'enrichir leur musée bleu d'un nouveau "Trésor National", puisque le vestige antique a reçu ce titre en novembre 2010 (le coup de projecteur sur l'Arles antique, qu'avait initiée la découverte du buste de César, y est sans doute pour quelque chose).

Tout le monde était content, sauf un.
Enrique Ciriani, l'architecte qui a construit le musée, fait sacrément la gueule.


"Je suis abasourdi en constatant le peu de respect que l’œuvre d’architecture moderne suscite en France et la facilité avec laquelle une institution politique française se permet de bafouer de la sorte les droits d’auteur. 
A tel point qu’ils ont même prévu d’intégrer le massacre de mon bâtiment aux festivités de l’année 2013 lorsque Marseille-Provence fêtera le titre de capitale européenne de la culture ! (…) Je suis attristé de constater la faible formation théorique reçue durant ses études par le diplômé employé par les services techniques du Département des Bouches du Rhône à qui l’on a confié la prolongation de mon projet ce qui l’empêche de « comprendre » le bâtiment et surtout la totale absence de formation déontologique de ce « confrère ».  
Je n’arrive pas à comprendre que PERSONNE n’ait pensée que se joindre les conseils de l’architecte du bâtiment pouvait BENEFICIER à l’ouvrage, aussi bien parmi les élus du peuple que les gens de l’art, les archéologues, les architectes demandant le permis de construire et les services d’attribution des permis".


On a bien envie de répondre au señor Ciriani que la raison d'être d'un musée, c'est surtout d'être au service du public venu contempler ce qu'il contient. Néanmoins, il faut reconnaître que la moindre des corrections eut été d'associer le concepteur au projet d'extension, ne serait-ce que pour lui glisser un petit billet, l'orgueil d'un artiste a ses limites, et les temps sont durs (ont sait ce que c'est, Enrique, on en est tous là)…


2 commentaires:

gwenarchi a dit…

Cher Rimbus, dans votre article,je vous cite: "On a bien envie de répondre au señor Ciriani que la raison d'être d'un musée, c'est surtout d'être au service du public venu contempler ce qu'il contient. " Cette petite phrase insidieuse respire le "bon sens" dont Roland Barthes parle au sujet de Poujade dans "Mythologies"
Explicitons donc votre propos: autant donc construire des hangars pour y abriter des oeuvres d'art, des cabanes pour y loger les gens, des tentes pour enseigner à des enfants. Pour vous, l'architecture n'a, semble t'il, d'autre importance que d'abriter ce qu'elle contient. Il s'agit ni plus ni moins d'un propos relevant d'une ignorance totale de l'importance culturelle de l'architecture. L'architecture est d'utilité publique, merci par votre "gentille" provocation de me donner l'occasion de le rappeler. l'architecture peut rendre la vie plus belle, elle est un acte d'une générosité absolue, une générosité de combat. Ce pourquoi il faut la défendre quand on la détruit ou la dénature. C'est la cohérence d'une oeuvre qui est mise en cause. Le projet d'extension est nul, ne comprend rien au projet de Ciriani, l'abime. C'est ça qui est scandaleux, tout comme l'est le fait de ne pas avoir consulter Ciriani, tout comme l'est votre petite phrase.

Rimbus a dit…

Cher gwenarchi, je comprends votre réaction, bien qu'elle soit un peu corporatiste… J'ai d'ailleurs publié une brève dans TPBM qui est plus favorable à Ciriani.

Petite précision : selon des sources "off" monsieur Ciriani aurait bien été consulté, mais sa demande d'honoraires, 300 000 €, n'a pas été retenue par le CG13.

Il faut dire, selon cette même source, que la construction du musée s'est soldée par un dépassement de budget qui a triplé le devis initial. On peut comprendre que les décisionnaires aient jugé que monsieur Ciriani avait déjà suffisamment touché d'honoraires sur cette affaire.

Enfin, je trouve que la réaction très violente de Thierry van de Wyngaert, le président de l'Académie d'architecture, est un peu éxagérée : "Aujourd’hui, avec les travaux d’agrandissement en cours, cette œuvre est bafouée, brisée, vandalisée par des incultes sans conscience n’osant pas même signer leur forfait de leur nom".