vendredi 22 juin 2012

Bachir Saleh, Alexandre Djouhri, les affaires continuent

 B. Saleh

Selon les investigations de Médiapart, dans un article du 28 avril 2012 de Fabrice Arfi et Karl Laske, Bachir Saleh, ex-directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi et président d’un fonds souverain libyen (Libyan African Portfolio), aurait été chargé de superviser les paiements (50 millions €) destinés a financer la campagne électorale du candidat Sarkozy, en 2007.

Bien que recherché par Interpol, depuis la chute du dictateur Libyen, Bachir Saleh bénéficiait de la protection de l'Elysée, selon diverses sources.

Pour le Canard Enchainé (cité par Rue89), citant un diplomate anonyme, « au fil des ans, à partir de 2007, Saleh était surtout devenu l’interlocuteur privilégié de Claude Guéant, très assidu chez le Colonel (…) Jusqu’à la guerre, il ne faisait que passer. La fin tragique de son mentor l’a incité à demander de l’aide à ses amis. Ceux-ci ont d’abord fait un peu la sourde oreille mais sans doute a-t-il su se montrer persuasif car Guéant s’est mis au boulot. »

Pour Paris Match, d'après l'enquête de François de Labarre du 2 mai, "L’ancien conseiller de Kadhafi qui jouissait jusqu’au début de cette semaine du soutien discret des autorités françaises est aujourd’hui aux aguets. Hier, jour où le président Nicolas Sarkozy se déclarait prêt à le livrer à Interpol, il retrouvait au Ritz son ami Dominique de Villepin. Ce dernier était, comme souvent, accompagné de Alexandre Djhouri, homme d’affaires intermédiaire sur de gros contrats internationaux."

A. Djouhri

Voici rassemblé un couple intéressant : Djouhri et Saleh. Les deux hommes peuvent se prévaloir de leurs bonnes relations avec Claude Guéant. Et ils se connaissent bien. Toujours selon Le Canard enchaîné, l'ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon, aurait veillé à son exfiltration de Libye au moment des révolutions arabes, dans un jet privé appartenant à l'homme d'affaires Alexandre Djouhri (cité par France TV).

Mais leur relation remonte à l'époque de Chirac. D'après Pierre Péan (La République des mallettes, p. 388), en 2004, Djouhri avait été imposé comme intermédiaire dans la vente de 12 Airbus et de missiles Milan par EADS à destination de la Libye, avec à la clé une coquette commission de 12,8 millions €, à partager avec l'ami Bachir. Péan cite Hervé Morin (p. 390) qui lui aurait confié que "Djouhri a géré la Libye avec Guéant". Pierre Péan ne manque pas de rappeler le rôle central de Djouhri dans le règlement* de l'affaire des "infirmières Bulgares" détenues en Libye puis comme médiateur dans le divorce Cécilia-Nicolas Sarkozy, avec pour objectif de s'assurer du silence de l'ex-première dame contre une pension conséquente.

Pour le site Maghreb Confidentiel, Djouhri et Saleh sont "inséparables". Et visiblement, les affaires continuent. Ils se seraient envolés pour le Mali la semaine dernière.
Leur présence est étroitement liée à la situation du Nord-Mali. Béchir a en effet ses entrées chez tous les acteurs de la crise, tant à Bamako (le Libyan African Portfolio a beaucoup investi dans la capitale) qu'auprès des leaders des mouvements séparatistes touaregs MNLA et Ansar Eddine, qui se partagent le Nord-Mali avec Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI). Or, ceux-ci ont longtemps été des supplétifs de l'armée de Kadhafi.

Le changement n'a pas encore atteint le cercle discret des businessmen de l'ombre.
* En ce qui concerne les négociations difficiles concernant la libération des infirmières Bulgares, l'émirat du Qatar serait intervenu de manière officieuse. Péan l'indique page 395 de son livre : "De quel type d'intervention s'agit-il ? Difficile à dire tant le mystère est soigneusement préservé". Selon le rival en affaire de Djouhri, Ziad Takieddine, Tripoli aurait obtenu le paiement de 300 millions d'euros par le Qatar (France Inter, 8 mars 2012). Et ce dernier avertissait déjà le 25 avril dans Jeune Afrique que "il y aura encore une autre affaire. Elle va s'appeler « l'affaire du Qatar ». A coté, l'affaire Bettencourt, vous verrez..."
L'ambassadeur du Qatar, M. Al Kuwari, semblerait un personnage central de cette "affaire".
 Il faut reconnaitre que le Qatar, 3e producteur mondial de gaz, a les moyens qu'il faut pour peser dans les affaires du monde :  "En matière diplomatique, le Qatar affiche une stratégie quasi gaullienne, entretenant un jeu complexe de pouvoir et d'influence avec la plupart des pays du grand Moyen-Orient", explique Jean-Sylvestre Mongrenier, de l'Institut français de géopolitique (L'expansion).
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Bonus : le cas Djouhri expliqué par Pierre Péan

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