jeudi 21 juin 2012

Fralib, symbole de la mondialisation malheureuse



Fralib, petit résumé :

Dans le sud de la France, les infusions de l’Eléphant existent depuis plus de cent ans. A l’origine, la société fondée en 1882 par Lazare Digonnet, faisait de l’importation de thé et avait son siège à Marseille. En 1927, celle-ci prend le nom de « Société des thés de l’Eléphant » avant d’être reprise en 1972 par le géant de l’alimentaire Unilever, qui crée la société Fralib (Française d’alimentation et de boissons) et qui opère une fusion avec sa filiale Lipton. En 1989, les usines de Marseille et Pont de Joux sont regroupées à Gémenos.

Le groupe Unilever, qui a subi une baisse de rentabilité, a décidé en 2010 de fermer certains centres de production de sa filière thé et infusions, dont celui de Gémenos. Une décision refusée par les 182 salariés de Fralib qui argumentent que puisque la plus grande partie des consommateurs de la marque Eléphant est en France, il n’y a pas de raison de délocaliser la production à l’étranger. En effet, selon eux, environ 65 % de la production de Fralib est destinée au marché français, 13 % au marché des pays du nord de l’Europe et 22 % au reste de l’Europe de l’Ouest.

Un conflit symbolique

Leur point de vue est contesté par le groupe Unilever. Mais pour les salariés de l’usine, en lutte depuis plus de 600 jours, ce n'est pas une faillite qui provoquerait la fin de l'usine et justifierait leur mise au chômage, mais bien une rentabilité insuffisante pour les appétits sans limite des actionnaires d'Unilever, un groupe qui fait pourtant des milliards d'euros de bénéfices.

Emblématique de ce que certains décrivent comme « le cynisme des marchés financiers », qui exige des taux de rentabilité toujours croissants pour accroître les dividendes des actionnaires aux dépends des intérêts des salariés, l’usine de Gémenos a été visitée par de nombreuses personnalités de gauche, de Hollande à Mélenchon en passant par Montebourg, qui voient là un symbole des perversions de la mondialisation dérégulée qu’ils combattent.

Le conflit qui a infusé longtemps sous le précédent gouvernement, semble être en voie de résolution après la visite du ministre du redressement productif, le 25 mai, avec une possibilité de reprise de l’activité sur le site, sous forme d’une reconversion en Scop, une solution privilégiée par les salariés. Fin mai, Eugène Caselli, président PS de Marseille Provence Métropole, a annoncé que la communauté urbaine se porterait acquéreur du foncier.

Pour les Fralib, il semblerait que le changement, c’est maintenant.




Le Point de vue d'Arnaud Montebourg sur le dossier Fralib
(interview du 28 mai 2012 parue dans TPBM n° 925)

• Concernant le projet des Fralib, que vous avez rencontrés à Gémenos le 25 mai dernier, pensez-vous qu'ils pourront reprendre leur entreprise sous forme de coopérative ?

A. M. : Nous avons un projet de coopérative qui est sur la table, et j'ai demandé au médiateur et au groupe de travail qui va l'entourer, ainsi qu’aux différents ministères, dont celui de l'économie sociale et solidaire de Benoît Hamon, de nous apporter leur expertise pour crédibiliser ce projet La société Unilever (propriétaire actuel de l'entreprise, NDLR) a accepté de revenir en arrière sur les mesures d'expulsion et de revenir à la table des négociations, c'est un point positif.

La bonne volonté est maintenant de part et d'autre puisque Unilever a accepté aussi que les machines ne quittent pas l'usine. Néanmoins, beaucoup reste à faire. Si un projet viable de Scop peut fonctionner, je le défendrai.

• Et quels sont concrètement les moyens dont on dispose actuellement pour soutenir leur projet ?

A.M. : Les subventions qu'Unilever se propose de verser aux salariés au titre du plan de revitalisation, qui sont substantielles, pourront servir à la naissance d'une Scop, si nous faisons ce choix.

• Reste également la question de la propriété de la marque Eléphant. Les salariés peuvent-ils la préempter ?

A. M. : Cette marque appartient aujourd’hui à Unilever, qui a clairement signifié en
l'état de la discussion, son refus de laisser son exploitation aux salariés de l'usine de Gémenos.

• Les salariés, si le projet de Scop se concrétise, devraient donc abandonner l'activité de production de thé et d'infusion ?

A. M. : Je crois qu'il est trop tôt pour le dire, nous devons examiner en profondeur l'ensemble des éléments qui sont sur la table. Le médiateur (Michel Bentounsi) le fera dans une atmosphère de dialogue retrouvé, et c'est déjà un grand acquis. Nous avons besoin de crédibiliser les deux projets possibles, celui d'un groupe agroalimentaire local qui pose un certain nombre de problèmes pointés du doigt par le syndicat CGT, et le projet de Scop qui soulève aussi d'autres difficultés.

Ces deux projets doivent être crédibilisés de façon équivalente pour permettre ensuite aux salariés de faire leur choix. Pour moi, dès lors que la CGT participe à une œuvre de responsabilité économique, il faut l'encourager, de même pour un projet de Scop, quand les salariés décident de prendre leur destin en main.




2 questions à Michel Vauzelle, président de la région Paca
(interview du 31 mai 2012 parue dans TPBM n° 925)

• Pouvez-vous nous décrire plus précisément quelles sont les actions de la Région en faveur des structures coopératives ?

Michel Vauzelle : Notre région est très sensible économiquement et politiquement, et bien qu'elle soit plutôt de droite, le suffrage universel a fait, paradoxalement, que son président est de gauche. Nous avons donc essayé, avec nos partenaires socialistes, du Front de Gauche et les écologistes, de mener au niveau régional une politique qui illustre ce que sont nos idéaux et ce que peut être l'économie sociale et solidaire.

Nous avons donc poursuivi une politique particulière en faveur des Scop, un secteur qui représente 2800 salariés dans notre région. Ce volet économique de notre politique sociale a toute notre faveur. Nous travaillons en relation avec l'union générale des Scop pour mener des missions d'accompagnement à la création et au développement de ces structures coopératives.
Nous avons signé avec elle une convention triennale qui pour l'année 2011 porte sur 180 000 euros et qui correspond à notre volonté, en collaboration avec le nouveau gouvernement, d'aller encore plus pour promouvoir les Scop et Scic.

• De quels moyens disposez-vous exactement pour mener à bien une telle politique ?

M. V. : Bien entendu, il ne s'agit pas de promettre n'importe quoi. Mais le changement voulu par le nouveau président de la République va prendre en compte la lutte contre la désindustrialisation de notre territoire, ce qu'a illustré la venue immédiate, dès sa nomination, d'Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, chez Fralib et à la raffinerie de LyondellBasel.

Tout dépend de l'élection législative qui devra nous donner les moyens de faire les lois adéquates pour soutenir le développement de notre pays et en particulier notre région du sud, mais les Scop sont un des moyens efficaces de lutter contre les délocalisations et le chômage. Ces initiatives, qui partent souvent de la base ouvrière, sont en effet très importantes pour cette nouvelle dynamique industrielle voulue par les ministres du redressement productif, Arnaud Montebourg et de l'économie sociale et solidaire, Benoît Hamon.

L'Union régionale des Scop à la rescousse
 (un article de Gérard Lanux de la Marseillaise, 14 juin 2012)


Des représentants de l’Union régionale des Scop initient les salariés de Fralib au fonctionnement des coopératives.
 
Accompagner les salariés dans leur apprentissage de création de coopérative, tel est l’objectif poursuivi par les deux délégués de l’Union régionale des Scop, qui ont passé hier toute la journée aux côtés des salariés de Fralib. Deux séances de travail en direction de deux groupes d’une quarantaine de salariés ont été animées par Peggy Capdevielle, en charge du développement et de la communication, Cyrille Rodriguez, pour la formation et l’animation de réseau, accompagnés d’Alain Maïssa, gérant d’une coopérative de logiciels informatiques à Aubagne.

« Une formation qui rentre dans le cadre de la table ronde exigée et obtenue par les salariés, déclare Peggy Capdevielle. Il incombe à l’Union régionale des Scop de comprendre le projet alternatif dont ils sont porteurs et il nous appartient de leur expliquer en quoi consiste une coopérative et comment cela fonctionne. » Et plus généralement quelles sont les différences en matière de gestion entre une société « traditionnelle » et une coopérative. (…)

Les relations tendues d'Unilever et de la CGT
(France Info, 16 juin 2012)

Le site Fralib de Gémenos doit fermer car il n'est plus "rentable" assure Bruno Witvoet, président d'Unilever France, à France Info. "L'enjeu est pourtant de créer des emplois pérennes localement", affirme le président d'Unilever France. S'il y a un projet industriel viable,  "nous sommes prets à donner les machines" ajoute-t-il, tout en rejetant le projet des salariés de l'usine qui envisagent une coopérative, pour relancer la production de thés et de tisanes.
Une fois de plus Unilever France refuse de leur céder la marque Eléphant et de racheter une patrie de leur production, comme le demandent ces salariés. "Le site n'est plus rentable, il y a des surcapacités de production en Europe".

Une déclaration qui n'est pas du goût des représentants syndicaux des Fralib, qui réagissaient le 18 juin dans un communiqué :
Nous trouvons surprenant qu’un homme ayant des responsabilités aussi importantes dans un groupe international de la dimension d’Unilever puisse accumuler en si peu de temps autant de contre-vérités, d’omissions et de mensonges.

Exemple :
  • Il se félicite de la tenue d’une table ronde, alors que pendant 600 jours nous l’avons réclamé et il s’y est farouchement opposé avec ses amis du gouvernement UMP, y compris quand le candidat François HOLLANDE lui a écrit pour l’exiger.
  • Il se gargarise de la décision de justice rendu le 20 avril et il prétend ne pas faire de politique, alors qu’il a demandé à Xavier BERTRAND Ex Ministre du Travail d’intervenir dans la 3e procédure ce qui leur a permis d’obtenir cette décision de justice, et il fait abstraction de notre recours en appel.
  • Il prétend n’avoir jamais fait appel d’aucune décision de justice, ce qui est totalement faux.
  • Il prétend que le groupe est attaché à la marque Eléphant alors qu’ils veulent la tuer en la passant sous la marque Lipton, et ils ont déjà commencé.
  • Il continue à se réfugier derrière une prétendue surcapacité de production en sachet double chambres, alors que depuis l’annonce du projet de fermeture de FRALIB le  28 septembre 2010, ils ont implantés 30 nouvelles machines de conditionnement de ce type de sachet à KATOWICE en POLOGNE.
  • Il prétend que c’est le consommateur qui fait le marché, alors que c’est UNILEVER qui a imposé le sachet pyramide au détriment du sachet double chambres.
  • Il annonce des difficultés sur le marché Français que fournit FRALIB, alors que celui-ci est le premier marché en Thés et Infusions parfumés en Europe de l’Ouest. C’est en France que la valorisation des produits est la plus importante et une grande partie des  profits réalisés échappent à l’Impôt. 

Il y a eu de nombreuse autres  contre-vérités, omissions et mensonges, c’est pourquoi nous demandons à France Info un droit de réponse et donc de pouvoir intervenir dans les mêmes conditions pour rétablir les réalités vécues par les salariés de FRALIB et les vérités et les raisons concernant notre projet de SCOP.
Et nous sommes bien entendue près à débattre de tous ces sujets devant tous les médias.

Contactés par téléphone à la sortie ce matin de leur 3e réunion avec le médiateur du ministre, M. Bentoussi, les représentants CGT ont expliqué que le projet de Scop est maintenant bien ficelé, et qu'il sera présenté à Montebourg dans les meilleurs délais.
Ils ont indiqué que France Info n'avait pas l'intention de leur donner un droit de réponse.

Michel-Edouard Leclerc sur son blog, prenait position lundi, sur ce dossier :  "Sur place, on parle d’un projet de SCOP dans laquelle les salariés apporteraient en capital une partie des indemnités payées par Unilever. Nous avons été sollicités pour scénariser l’accompagnement d’un tel projet. Il s’agissait d’y faire fabriquer des sachets de thé à nos marques de distributeur. Nos adhérents ne croient pas que le marché soit suffisant pour garantir l’emploi ne serait-ce que de cinquante personnes".

Pour les représentants syndicaux, Unilever fait pression sur les distributeurs comme Leclerc pour saborder leur projet de coopérative.

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