mercredi 4 juillet 2012

impôts sur les hauts revenus, + dépenses pour l'éducation = croissance du PIB et de l'emploi



Jospeh E. Stiglitz (ancien économiste en chef de la Banque Mondiale et "Nobel" d'économie 2001) semble avoir guidé le discours de politique générale du premier ministre Jean-Marc Ayrault. 

Voilà ce qu'il disait le 7 mai 2012 dans son article "After austerity" sur  "Project Syndicate", après avoir décrit le paradoxe de l'austérité qui entraine un cercle vicieux vers la décroissance(1), et fustigé l'attitude des "élites dirigeantes" (2) :

"Il existe des stratégies alternatives. Certains pays comme l'Allemagne, peuvent se permettre des manœuvres fiscales. Les utiliser pour relancer l'investissement ferait accroître la croissance à long terme, avec des conséquences positives pour le reste de l'Europe. Un principe bien connu est que l'augmentation équilibrée des impôts et des dépenses stimule l'économie. Si le programme est bien défini (impôts sur les hauts revenus, accompagnés des dépenses pour l'éducation), la croissance du PIB et de l'emploi peut être significative."

Ce qu'on pourrait résumer en : impôts sur les hauts revenus, + dépenses pour l'éducation = croissance du PIB et de l'emploi (3).
Puis, après une comparaison objective de la situation européenne et celle des USA, il se fait plus précis :

"Il existe déjà des institutions en Europe, comme la Banque d'investissement européenne, qui pourraient financer des investissements dans des économies en manque de liquidité. La BIE devrait augmenter ses prêts. Il faudrait davantage de fonds pour soutenir les petites et moyennes entreprises, source majeure de création d'emploi dans toutes les économies. Ceci est de première importance, étant donné que la contraction des prêts bancaires frappe particulièrement ces entreprises.
 
L'obsession en Europe de l'austérité est le résultat d'un mauvais diagnostic de ses problèmes. La Grèce a trop dépensé certes, mais l'Espagne et l'Irlande avaient un excédent fiscal et un taux bas du ratio endettement-PIB. Donner des leçons sur la prudence fiscale n'a pas de sens. Prendre ces leçons au sérieux, voire en adoptant des cadres budgétaires étroits, peut être contre-productif. Que les problèmes de l’Europe soient temporaires ou fondamentaux - la zone euro, par exemple, est loin d'être une zone « optimale » de change, et dans une zone de libre échange et de libre circulation la compétition en matière d’imposition peut éroder un état viable – l'austérité ne fera qu'empirer la situation."

Sa sentence est sans appel :
 

"il n'y a aucun exemple d'une grande économie – et celle d’Europe est la plus grande au monde – qui se redresse par l'austérité."
 Effectivement,  Jean-Marc Ayrault a réfuté tout tournant rigoriste, alors même que la Cour des comptes annonce que des réductions drastiques de dépenses sont nécessaires  ; "Je revendique le sérieux et la responsabilité budgétaires (...) Mais je refuse l'austérité."
Toute la question est de savoir si il aura les moyens de mener cette politique économique audacieuse, mais que pourtant tout entrepreneur, commerçant ou spéculateur connaît bien : pour gagner de l'argent il faut en dépenser.

 Traduction de "After Austerity" par Reza Hiwa pour l'Observatoire de l'Europe.
 (1) (austérité > baisse de l'offre publique > baisse de la production > baisse des salaires > chômage > baisse de la consommation > baisse des recettes fiscales)

(2) "C'est un peu irritant d'entendre pontifier ainsi ceux qui, à la tête de banques centrales, ministères des finances et banques privées, ont conduit le système financier mondial au bord de la ruine et entraîné le chaos actuel"

(3) "(taxes at the top, combined with spending on education), the increase in GDP and employment can be significant."

4 commentaires:

Politeeks a dit…

coucou va lire mon billet sur le sommet UE.
http://politeeks.info/croissance-UE-manque-un-Zero

La BEI emprunte sur les marchés ! Voilà le problème n'est que déplacé. Il faut a tout prix que celle-ci puisse aller se servir chez la BCE à un taux très faible, ou aux taux des LTRO (1%) sur plusieurs années.

Rimbus a dit…

Toi qui lit ce commentaire, tu peux aussi lire le billet de politeeks (voir ci-dessus)

Melclalex a dit…

et quand comme moi on a lu les 2 billets on gagne quoi ? :))

Homer a dit…

"Pour gagner de l'argent, il faut en dépenser." Excellente conclusion.

Le régime drastique fait grossir à la première bouchée.