samedi 11 août 2012

La règle d'or : une recette pour un désastre


• Pour Paul Jorion, la notion de "règle d'or" est quelque chose de "très dangereux".
Pour lui, comparer le déficit d'un budget à son PIB n'a aucun sens.
"Pourquoi comparer les pommes des dépenses aux poires du PIB, plutôt que les pommes des dépenses aux pommes des recettes ? Le PIB d’une nation, mesure de sa vitalité économique, serait-il un meilleur substitut de ses recettes que ces recettes elles-mêmes ?"

• Pour Jean-Luc Mélenchon, l'indicateur de la dette, celui qui établit le ratio (60 %) entre la dette publique totale et le PIB annuel est aussi radicalement discutable. Pas cohérent. Il compare un stock de dettes qui courent sur plusieurs années avec un flux annuel de richesses produites (le PIB). C’est comme si on mesurait votre solvabilité personnelle en rapportant le total de vos dettes (voiture, appartement etc.) à vos revenus d’une seule année. (…) Le stock de dette publique de la France représente 1640 milliards d'euros ! Soit environ 85% du PIB d'une année. (…) Pour être honnête et comparer ce qui est comparable, il faudrait plutôt rapporter le stock de dette au PIB, en tenant compte de la durée de vie de la dette. Selon la statistique du Trésor Public, les titres de la dette française sont en moyenne de 7 années et 31 jours.  Donc on doit rapporter les 1640 milliards de dette totale aux 14 000 milliards d'euros environ que produira le pays en sept ans ! Dans ces conditions, le stock de dette représente 12% du PIB cumulé pendant 7 ans ! C’est donc tout autre chose, non ? Ce stock de dette n'est donc pas un réel problème.

Une analyse très juste, qui n'a pas échappé à Guy Abeille, chargé de mission au ministère des Finances sous Giscard puis au début de l’ère Mitterrand, l'un des "inventeurs" de ce fameux pourcentage de 3 % de déficit budgétaire, en 1982 :  "afficher un pourcentage de déficit par rapport au PIB, c’est mettre en rapport le flux partitionné, échelonné des échéances à honorer dans les années futures avec la seule richesse produite en l’année origine. Il y a discordance des temps."

Un déficit n’est rien d’autre qu’une dette, puisqu'il faut emprunter pour boucler son budget.
Comment a donc été calculé ce pourcentage de déficit public de 3 % à ne pas dépasser ? Il semblerait que ce soit tout d'abord un artifice de communication de Laurent Fabius en 1982  : trouvez moi un petit pourcentage à annoncer, plutôt qu'une grosse somme (100 milliards de francs à l'époque, un chiffre psychologiquement redoutable)… La comparaison douteuse entre le PIB et le déficit donnait un ratio présentable… Guy Abeille explique que " le ratio élémentaire déficit sur PIB, objet bien rond",  n'est qu'une "jolie chimère (au sens premier du mot)".

On sera effaré de constater, à la lecture de son témoignage, que la définition de ce pourcentage "n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances", et tient plus de l'esprit mystique (ne dit-on pas "la sainte trinité" ?) que de l'esprit scientifique…"Sans aucun contenu, et fruit des circonstances, d’un calcul à la demande monté faute de mieux un soir dans un bureau, le voilà paradigme" explique Abeille…
Et c'est donc ce 3 %, plus "joli" qu'un 2 ou un 4 (ne pensons même pas à introduire une virgule inesthétique), qui est devenu le Saint Graal budgétaire, la référence absolue qui va devenir plus tard le sésame qui ouvrira les portes de l'Europe, selon le fameux critère de Maastricht.

• Pour Joseph Stiglitz, La focalisation exclusive de l'Europe sur l'austérité tient à un mauvais diagnostic du problème. La Grèce a trop dépensé, mais l'Espagne et l'Irlande disposaient avant la crise d'un excédent budgétaire et d'un ratio dette/PIB faible. Les tirades sur la prudence budgétaire sont donc inappropriées. Les prendre au sérieux ou même simplement adopter un cadre budgétaire plus strict pourrait aboutir à l'inverse du résultat recherché. L'austérité va aggraver la situation.

Ces quelques lectures croisées font froid dans le dos… Non seulement la "Règle d'or" est dangereuse, mais ses fondements n'ont aucune réalité scientifique ou économique.



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