vendredi 13 juillet 2012

Lady Shankar, reine des Suds


Extraordinaire spectacle  hier soir, à Arles au festival des Suds…
Pour ce troisième concert au Théâtre antique, Marie-jo Justamond nous a réservé un moment de grâce, comme souvent.

Après une mise en bouche flamenca, avec le cantaor Sévillan Arcangel, dont c'était le premier passage en France (brillamment accompagné par le guitariste Dani de Moron),  la fusion entre le raga indien et les rythmes flamencos s'est opérée de façon magique autour d'Anoushka Shankar.


La fille de Ravi Shankar (et donc demi-sœur de Norah Jones) est une virtuose du sitar, et elle a réuni autour d'elle Sandra Carrasco (chant), El Piraña (percussions) Melon Jimenez (Guitare), Pirashannna Thevarajah (percussions) et Sanjeev Shankar (shehnai et tanpura) pour composer ce concert incroyable, entre féérie indienne et magie gitane.

Sur scène, le seul instrument que je connaissais était la guitare.  Si j'écoute les sons venus des Indes depuis plus de 20 ans, c'est la première fois que je voyais réellement ces instruments exotiques, aussi inhabituels par leurs formes que leurs performances :
le sitar, majestueux, échappe à la compréhension, tant cet instrument semble complexe…
Au milieu du concert, une corde s'est cassée, qui nous a ramené à une réalité physique dont les sons transcendants nous avaient éloigné.

Mais on pourrait dire la même chose de ces percussions étranges, où la vibration d'une corde invisible suit le rythme du battement des mains pour produire un son inattendu… ou de ce hautbois étrange (shehnai),  dont la plainte évoquait par moment la voix de la chanteuse Sandra Carrasco…

Et puis, et c'est ce qui est vraiment magique, sur scène, la complicité étroite de ces musiciens, réunis de façon improbable, gagne le cœur du spectateur qui ne se laisse pas abuser et sait reconnaître la sincérité et le plaisir des artistes.

Voir et entendre Anoushka Shankar, au milieux des ruines antiques du théâtre d'Arelate, est une expérience unique et rare. C'est son deuxième passage ici (en 2005, elle s'était produite avec son père) et j'espère que je serais là pour son troisième concert, au festival des Suds.

jeudi 12 juillet 2012

La mondialisation gonflée de Michelin


En 2009, Michelin annonce la suppression de près de 1100 postes et un plan de départs volontaires qui pourrait toucher 1800 personnes sur trois ans, en France. Un petit pourcentage de son effectif total (25 000 salariés) et une nécessité de compétitivité, pourrait-on dire, si on parle le libéral. (Slate, Nord Eclair)

Bibendum se paye un petit régime en France, pour mieux investir, en priorité, en Chine et en Inde.

Michelin a  investi 1 milliard d'euro pour construire, d'ici fin 2012, une usine sur 456 hectares en Inde.
L’aménagement de cette zone a provoqué la destruction de 450 hectares de la forêt collective qui entourait le village et abritait des activités agricoles et pastorales, privant ainsi ces populations de leur principal moyen de subsistance.

Pourtant, dès l’origine du projet, les villageois se sont mobilisés (principalement de la caste des "Intouchables"), ont mené des manifestations pacifiques et ont intenté plusieurs recours judiciaires contre l’Etat du Tamil Nadu. En effet, cette implantation porte atteinte aux droits des 1 500 familles qui vivent à Thervoy et menace leur subsistance. 18 autres villages sont aussi directement impactés par la construction des infrastructures nécessaires au site. (CCFD Terre Solidaire)

«Il faut sauver les Intouchables !», clame la CGT dans une pétition qui aurait recueilli selon elle plus de 35 000 signatures. (Le Parisien)

Mais ceci semble un détail pour la direction de l'entreprise, qui n'hésite pas à investir encore 1,3 milliards à Shenyang, en Chine.

On en vient à se demander quelle est la motivation des entreprises modernes : l'intérêt général ne semble n'avoir aucune importance à leurs yeux. Ni les employés en France, dont on veut se défaire, ni les habitants en Inde. Seuls comptent peut-être le cours de la bourse et la rente.

mercredi 4 juillet 2012

impôts sur les hauts revenus, + dépenses pour l'éducation = croissance du PIB et de l'emploi



Jospeh E. Stiglitz (ancien économiste en chef de la Banque Mondiale et "Nobel" d'économie 2001) semble avoir guidé le discours de politique générale du premier ministre Jean-Marc Ayrault. 

Voilà ce qu'il disait le 7 mai 2012 dans son article "After austerity" sur  "Project Syndicate", après avoir décrit le paradoxe de l'austérité qui entraine un cercle vicieux vers la décroissance(1), et fustigé l'attitude des "élites dirigeantes" (2) :

"Il existe des stratégies alternatives. Certains pays comme l'Allemagne, peuvent se permettre des manœuvres fiscales. Les utiliser pour relancer l'investissement ferait accroître la croissance à long terme, avec des conséquences positives pour le reste de l'Europe. Un principe bien connu est que l'augmentation équilibrée des impôts et des dépenses stimule l'économie. Si le programme est bien défini (impôts sur les hauts revenus, accompagnés des dépenses pour l'éducation), la croissance du PIB et de l'emploi peut être significative."

Ce qu'on pourrait résumer en : impôts sur les hauts revenus, + dépenses pour l'éducation = croissance du PIB et de l'emploi (3).
Puis, après une comparaison objective de la situation européenne et celle des USA, il se fait plus précis :

"Il existe déjà des institutions en Europe, comme la Banque d'investissement européenne, qui pourraient financer des investissements dans des économies en manque de liquidité. La BIE devrait augmenter ses prêts. Il faudrait davantage de fonds pour soutenir les petites et moyennes entreprises, source majeure de création d'emploi dans toutes les économies. Ceci est de première importance, étant donné que la contraction des prêts bancaires frappe particulièrement ces entreprises.
 
L'obsession en Europe de l'austérité est le résultat d'un mauvais diagnostic de ses problèmes. La Grèce a trop dépensé certes, mais l'Espagne et l'Irlande avaient un excédent fiscal et un taux bas du ratio endettement-PIB. Donner des leçons sur la prudence fiscale n'a pas de sens. Prendre ces leçons au sérieux, voire en adoptant des cadres budgétaires étroits, peut être contre-productif. Que les problèmes de l’Europe soient temporaires ou fondamentaux - la zone euro, par exemple, est loin d'être une zone « optimale » de change, et dans une zone de libre échange et de libre circulation la compétition en matière d’imposition peut éroder un état viable – l'austérité ne fera qu'empirer la situation."

Sa sentence est sans appel :
 

"il n'y a aucun exemple d'une grande économie – et celle d’Europe est la plus grande au monde – qui se redresse par l'austérité."
 Effectivement,  Jean-Marc Ayrault a réfuté tout tournant rigoriste, alors même que la Cour des comptes annonce que des réductions drastiques de dépenses sont nécessaires  ; "Je revendique le sérieux et la responsabilité budgétaires (...) Mais je refuse l'austérité."
Toute la question est de savoir si il aura les moyens de mener cette politique économique audacieuse, mais que pourtant tout entrepreneur, commerçant ou spéculateur connaît bien : pour gagner de l'argent il faut en dépenser.

 Traduction de "After Austerity" par Reza Hiwa pour l'Observatoire de l'Europe.
 (1) (austérité > baisse de l'offre publique > baisse de la production > baisse des salaires > chômage > baisse de la consommation > baisse des recettes fiscales)

(2) "C'est un peu irritant d'entendre pontifier ainsi ceux qui, à la tête de banques centrales, ministères des finances et banques privées, ont conduit le système financier mondial au bord de la ruine et entraîné le chaos actuel"

(3) "(taxes at the top, combined with spending on education), the increase in GDP and employment can be significant."