jeudi 30 août 2012

Montebourg-bashing



Amalgames et calomnies sont les mamelles d'une certaine presse.

C'est ainsi, il faut bien vendre le papier quand il est imprimé…

La rentrée 2012 se fera sous le signe du Montebourg-bashing. On n'aime pas ceux qui grimpent vite, et qui fréquentent les jolies filles.

Un incendie c'est déclaré dans la France industrielle, et le pompier volontaire qu'est le ministre du redressement productif est aussitôt accusé de ne pas réussir à circonscrire aussitôt le sinistre allumé depuis 10 ans par d'autres.

Il est donc de bon ton de le montrer du doigt.

Sa déclaration sur le nucléaire, certainement mal formulée, est mal interprétée, et personne ne se prive d'appuyer sur ce qui peut destabiliser la gauche dans son ensemble.

Pourtant, il n'est pas faux de dire que la sortie progressive de l'énergie atomique générera de nombreux emplois, ne serait-ce que pour la filière du démantèlement, ou le renforcement de la sécurité des réacteurs qui devront bien continuer à fonctionner en attendant la nécessaire transition vers les énergies du futur.

On haussera les épaules devant les billets d'humeur revanchards des journalistes blogueurs, trop malveillants pour être considérés avec intérêt ; ils confondent la politique avec le football et ne méritent pas qu'on les cite.

On s'inquiétera plus de la ligne éditoriale du Nouvel Obs, qui ajoute le manque d'information au sous-entendu scabreux.
La thèse est simple : pour construire la future Banque Publique d'Investissement, Montebourg aurait passé un contrat avec la banque de Matthieu Pigasse, en échange de quoi, la compagne du ministre, Audrey Pulvar, serait devenu directrice générale du magazine contrôlé par Pigasse, les Inrockuptibles.

Remettons les choses au clair. La décision légitime de consulter un professionnel de la banque pour mettre en place la BPI a été prise par Pierre Moscovici, car c'est lui qui est en charge de ce dossier et non Arnaud Montebourg.

Quant à Audrey Pulvar, c'est une belle insulte à ses qualités de journaliste et à son indépendance, que d'imaginer qu'elle a besoin de son compagnon pour poursuivre une carrière déjà très bien remplie. Ses confrères du Nouvel Obs, si prompts à manier le sous-entendu, n'ont peut-être pas la même… forcément, ça irrite, et fait ressortir la bile.

N'est-ce pas une faute de jouer sur ce terrain, quand on est un vrai journaliste ?

vendredi 24 août 2012

Le réacteur n° 4, Fukushima : genèse d'une apocalypse



L'apocalypse pourrait venir de la piscine de refroidissement du réacteur n° 4 de la centrale de Fukushima-Daiichi, au Japon.

Pendant le tsunami de mars 2011, ce réacteur était à l'arrêt, pour maintenance. Son cœur nucléaire n'a donc pas fondu dans son enceinte confinée. Les barres de combustible radioactif étaient au dessus, dans une piscine a 30 mètre du sol, ainsi que des barres de combustible usagées, mais toujours radioactives (264 tonnes).
Le sommet du bâtiment a été secoué par une explosion d'hydrogène, pendant le tremblement de terre, qui aurait été produite au moment de la fusion du réacteur n°3 et qui se serait propagé par le réseau des gaines de ventilation .

En cas de nouveau séisme, ou d'un ouragan, qui endommagerait ces piscines suspendues dans un bâtiment en ruine, cette masse de matière radioactive risque de se répandre dans la nature, en dehors de tout confinement pour limiter les rayonnements.

 
S'exprimant lors d'une audience publique de la commission budgétaire de la Chambre des Conseillers le 22 Mars 2012, l'ambassadeur Mitsuhei Murata a averti que "si le bâtiment estropié du réacteur 4 (avec 1.535 barres de combustible dans la piscine) s'effondre, non seulement cela va provoquer l'abandon forcé des six réacteurs à cause des radiations dégagées, mais cela affectera aussi la piscine de combustible usé commune contenant 6375 barres de combustible, située à 50 mètres du réacteur 4". Le nombre total des barres de combustible irradié sur le site de Fukushima Daiichi hors cuves des réacteurs est de 11421. C'est environ 85 fois la quantité de Cesium 137 relâché à Tchernobyl

Les propos du diplomate japonais Akio Matsumura sont sans ambiguïté (voir vidéo).
Il a écrit que 85 fois plus de césium 137 que Tchernobyl "détruirait l'environnement mondial et notre civilisation. Ce n'est pas sorcier, pas plus que ça ne concerne le débat pugilistique sur les centrales nucléaires. Il s'agit d'une question de survie de l'humanité."

C'était en avril 2012.

Le gouvernement a déclaré qu’il s’apprêtait à éliminer les barres de combustible irradié du bassin de stockage en décembre 2013.
D'ici là, la sécurité du monde repose sur la solidité du réacteur n°4, du moins ce qu'il en reste. Un problème sur cette piscine suspendue, qui selon l'expression du physicien français Jean-Louis Basdevant, semble être maintenue en hauteur par les seules "forces de l'esprit", pourrait être soixante fois plus grave que la catastrophe de mars 2011.

Lire sur le Nouvel Obs, l'enquête de Vincent Jauvert qui confirme ces craintes : Fukushima, et si le pire était à venir ? ainsi que l'interview de Thierry Charles, directeur de la sûreté nucléaire à l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), sur Ouest France.

samedi 11 août 2012

La règle d'or : une recette pour un désastre


• Pour Paul Jorion, la notion de "règle d'or" est quelque chose de "très dangereux".
Pour lui, comparer le déficit d'un budget à son PIB n'a aucun sens.
"Pourquoi comparer les pommes des dépenses aux poires du PIB, plutôt que les pommes des dépenses aux pommes des recettes ? Le PIB d’une nation, mesure de sa vitalité économique, serait-il un meilleur substitut de ses recettes que ces recettes elles-mêmes ?"

• Pour Jean-Luc Mélenchon, l'indicateur de la dette, celui qui établit le ratio (60 %) entre la dette publique totale et le PIB annuel est aussi radicalement discutable. Pas cohérent. Il compare un stock de dettes qui courent sur plusieurs années avec un flux annuel de richesses produites (le PIB). C’est comme si on mesurait votre solvabilité personnelle en rapportant le total de vos dettes (voiture, appartement etc.) à vos revenus d’une seule année. (…) Le stock de dette publique de la France représente 1640 milliards d'euros ! Soit environ 85% du PIB d'une année. (…) Pour être honnête et comparer ce qui est comparable, il faudrait plutôt rapporter le stock de dette au PIB, en tenant compte de la durée de vie de la dette. Selon la statistique du Trésor Public, les titres de la dette française sont en moyenne de 7 années et 31 jours.  Donc on doit rapporter les 1640 milliards de dette totale aux 14 000 milliards d'euros environ que produira le pays en sept ans ! Dans ces conditions, le stock de dette représente 12% du PIB cumulé pendant 7 ans ! C’est donc tout autre chose, non ? Ce stock de dette n'est donc pas un réel problème.

Une analyse très juste, qui n'a pas échappé à Guy Abeille, chargé de mission au ministère des Finances sous Giscard puis au début de l’ère Mitterrand, l'un des "inventeurs" de ce fameux pourcentage de 3 % de déficit budgétaire, en 1982 :  "afficher un pourcentage de déficit par rapport au PIB, c’est mettre en rapport le flux partitionné, échelonné des échéances à honorer dans les années futures avec la seule richesse produite en l’année origine. Il y a discordance des temps."

Un déficit n’est rien d’autre qu’une dette, puisqu'il faut emprunter pour boucler son budget.
Comment a donc été calculé ce pourcentage de déficit public de 3 % à ne pas dépasser ? Il semblerait que ce soit tout d'abord un artifice de communication de Laurent Fabius en 1982  : trouvez moi un petit pourcentage à annoncer, plutôt qu'une grosse somme (100 milliards de francs à l'époque, un chiffre psychologiquement redoutable)… La comparaison douteuse entre le PIB et le déficit donnait un ratio présentable… Guy Abeille explique que " le ratio élémentaire déficit sur PIB, objet bien rond",  n'est qu'une "jolie chimère (au sens premier du mot)".

On sera effaré de constater, à la lecture de son témoignage, que la définition de ce pourcentage "n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances", et tient plus de l'esprit mystique (ne dit-on pas "la sainte trinité" ?) que de l'esprit scientifique…"Sans aucun contenu, et fruit des circonstances, d’un calcul à la demande monté faute de mieux un soir dans un bureau, le voilà paradigme" explique Abeille…
Et c'est donc ce 3 %, plus "joli" qu'un 2 ou un 4 (ne pensons même pas à introduire une virgule inesthétique), qui est devenu le Saint Graal budgétaire, la référence absolue qui va devenir plus tard le sésame qui ouvrira les portes de l'Europe, selon le fameux critère de Maastricht.

• Pour Joseph Stiglitz, La focalisation exclusive de l'Europe sur l'austérité tient à un mauvais diagnostic du problème. La Grèce a trop dépensé, mais l'Espagne et l'Irlande disposaient avant la crise d'un excédent budgétaire et d'un ratio dette/PIB faible. Les tirades sur la prudence budgétaire sont donc inappropriées. Les prendre au sérieux ou même simplement adopter un cadre budgétaire plus strict pourrait aboutir à l'inverse du résultat recherché. L'austérité va aggraver la situation.

Ces quelques lectures croisées font froid dans le dos… Non seulement la "Règle d'or" est dangereuse, mais ses fondements n'ont aucune réalité scientifique ou économique.