mercredi 24 octobre 2012

Jean-Claude Debard, l'élégance du vendeur de voitures




Jean-Claude Debard (importateur dans l'Hexagone des marques nippones Mitsubishi, Daihatsu et Subaru) a l'élégance des vendeurs de voitures.
Ses formules imagées marquent les esprits et quand il parle du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, son langage fleuri révèle sa belle nature :

"Cet abruti mental, ce débile, augmente les malus écologiques, réduit la vitesse des conducteurs sur le périphérique de Paris et pourrit la vie des automobilistes, de toutes les origines sociales... Tous le subissent !

"Il est bête et ne comprend rien. Vous pouvez me citer sans vous inquiéter...
Grâce à mes précédentes déclarations sur les chaînes de télévision nationales, j'ai déjà un contrôle fiscal !"
 (Lire la déclaration intégrale sur le site de La Provence)


Monsieur Debard semble donc convaincu que l'automobile telle qu'elle est a encore un avenir. Selon lui les malus écologiques ne servent qu'à pourrir la vie des automobilistes, et l'essence coulera à flot sans problème à l'avenir. Les pollutions produites par les automobiles sont des utopies a ses yeux, et ceux qui cherchent à imposer des règles pour les limiter sont sans doute des "abruti mentaux".

Le meilleur service à rendre à Jean-Claude Debard est de le laisser s'exprimer : on peut juger ainsi de son élégance et sa profondeur d'esprit.

Mais qu'on ne se méprenne pas, si Montebourg sait se faire des amis chez les vendeurs de voitures étrangères en défendant l'écologie, il sait aussi s'en faire chez les écologistes en vendant le made in France avec sa marinière.
"Il est ridicule" a déclaré Jean-Vincent Placé, l'"ami" du gouvernement qui n'a pas eu de maroquin et qui, visiblement, ne le digère pas.


Mise à jour, 25-10-2012 :

Mitsubishi Motors, marque importée en France par le groupe Emil Frey s'est désolidarisé de son représentant en France dans un communiqué très explicite :
"Mitsubishi Motors Corporation a été profondément choqué par les commentaires attribués au représentant de son importateur indépendant en France, tels que rapportés par la presse française.
Ces propos ne sont pas acceptables et doivent etre condamnés en tant que tels.
Par ailleurs, Mitsubishi Motors Corporation souhaite par principe présenter ses excuses à Monsieur le Ministre Montebourg ainsi qu'au gouvernement français pour les conséquences que ces propos ont pu avoir sur leur réputation et leur honneur.
Bien que la personne en question ne soit pas un employé de Mitsubishi Motors, MMC a pris dès hier toutes les mesures nécessaires avec sa hiérarchie afin de clarifier la situation et de protéger le nom Mitsubishi." (source)

"Suite aux propos insultants qu’il aurait proférés à l’adresse d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, propos diffusés par le quotidien La Provence, Jean-Claude Debard vient de démissionner du groupe Frey. Pour des raisons « personnelles », aux dires de l’intéressé." (source)

lundi 22 octobre 2012

les blogueurs se rebellent



Nous, blogueurs et blogueuses, et avant cela citoyens et citoyennes, défendons les valeurs de l'indépendance et du bénévolat. C'est dans cet esprit que nous alimentons nos blogs, libres de tout intérêt financier extérieur qui pourrait guider notre expression.

Wikio avait en son temps joué un rôle important dans l’émergence de cette communauté de blogs, en assurant leur promotion et entretenant une saine émulation entre eux, avec son classement des blogs.

Wikio est devenue plus grande, elle s’appelle aujourd’hui Ebuzzing et a de nouvelles ambitions. Des blogs institutionnels, des blogs de personnalités venues du monde politique ou médiatique rémunérés par des journaux ou des partis politiques ont été intégrés à la liste des blogs. Pis encore, des agrégateurs de liens et de contenus, des sites semi-professionnels, ont soudainement rejoints les bases de données d'Ebuzzing, y compris des sites d’extrême-droite qui usent à grande échelle de méthodes plus que suspectes pour gagner en notoriété.

Nous considérons donc, puisque ce n'est plus un classement des blogs, mais un fourre-tout de ce qui se produit sur Internet, que nous n'avons plus notre place dans ce classement. Nous suspectons que le patron d'Ebuzzing, qui vient de lancer sa carrière politique et qui est aussi un des fers de lance du mouvement des « pigeons », a changé les règles du jeu pour des raisons idéologiques. Il y a pour nous conflit d'intérêt.

Nous avons décidé de ne plus en être et avons exigé de Ebuzzing la suppression de nos blogs de ses bases de données, parce que nous voulons que notre liberté et notre indépendance soient traitées à part.

Un message auquel je m'associe pleinement et qui renvoie à :
une tribune plus détaillée consultable chez Dedalus.

dimanche 21 octobre 2012

Montebourg, l'effronté


Il y a un côté cinéma chez Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar. Un côté série, même. On les voit bien dans une évocation sixties de Cold Case, la bluette policière qui est au genre ce que Radio Nostalgie est aux ondes. Le ministre et la journaliste forment le couple de l’été – la chronique mondaine les dit ensemble depuis deux ans. Ils font, l’un et l’autre, l’actualité. Chacun dans sa partie, chacun dans son style.



Lire la suite sur Courrier International (via l'Hebdo Suisse)

samedi 20 octobre 2012

L'étrange voyage de Guéant en Guinée Equatoriale



Le joyeux train de vie de Téodorin Obiang quand il était à Paris

C'est en lisant un article sur l'Express qu'un nom m'a attiré l'attention :  "A peine avocat, Claude Guéant est déjà à pied d'oeuvre. (…) l'ancien ministre de l'Intérieur s'envole mercredi pour la Guinée équatoriale où il accompagne le patron d'une entreprise industrielle française en difficulté- dont il ne souhaite pas donner le nom. " Cette société, placée en redressement judiciaire, est à la recherche d'un partenariat financier et industriel, explique-t-il. Elle a déjà eu des contacts encourageants avec la Guinée équatoriale et son président." Le gendre de Claude Guéant, le banquier d'affaires Jean-Claude Charki, sera lui aussi du voyage.

J'avais déjà entendu parler du gendre de M. Guéant dans un article de Capital consacré aux "éminences grises du pouvoir", dans le passage consacré à Alexandre Djouhri :

"Germain Djouhri, qui n’a pas 30 ans, sait y faire pour enrichir le carnet d’adresses de son papa : il a épousé la fille d’un proche de Poutine, Serguei Chemezov, récemment décoré de la Légion d’honneur à l’Elysée. Et à Londres, où il réside, il s’est rapproché d’un ancien associé de Messier Partners installé à son compte, Jean-Charles Charki. Un jeune homme brillant qui se trouve être le gendre de Claude Guéant. Comme quoi, on peut être éminence grise de père en fils".

Donc monsieur gendre accompagne beau-papa pour une visite en Guinée Equatoriale, ce petit territoire (800 000 ha) constitué de quelques îles et d'un peu de savane continentale. Mais aussi un gigantesque réservoir d'hydrocarbures Offshore, source d'une fortune colossale.

Le site France Diplomatie précise :  
Le pays souffre d’une image très négative en raison de progrès en matière de développement humain jugés insuffisants, de grandes lacunes dans le secteur sanitaire, d’une absence de libertés publiques (absence de presse d’information libre), d’un système judiciaire défectueux (cf. Rapport Nowak 2008) et d’une mauvaise gouvernance du pays (échec de la candidature au processus EITI en 2010, décision du FMI de ne pas renouveler son assistance technique fin juin 2011 en raison du manque de suivi de ses recommandations).

Et tout ce petit monde dont "un mystérieux homme d'affaire" (il s'agit en réalité de Serge Bitboul, comme on le voit sur le site france-guineeequatoriale.org) , va rendre visite au papa de Téodorin Obiang, dont on voit le train de vie dans la vidéo ci-dessus.

Slate Afrique s'intéresse justement au train de vie de Téodorin Obiang :

Téodorin n’en fait qu’à sa tête. Le tout puissant fils du président de Guinée Equatoriale Téodoro Nguema Obiang est dans le collimateur de la justice, et pourtant rien ne l’arrête. Vice-président de la Guinée Equatoriale, poursuivi par la justice internationale dans le cadre des «biens mal acquis», Téodorin envisage d’acquérir l’un des plus gros yachts de luxe du monde.

Sur Médiapart, Fabrice Arfi nous en  apprend plus sur ce bateau appartenant à un saoudien qui pourrait s'en séparer pour seulement 200 millions de dollars (environ 130 millions d’euros), une somme qui fait passer le yacht de Tapie (40 petits millions d'euros) pour une coquille de noix. De fabrication allemande, ce super yacht peut accueillir jusqu’à 130 personnes.


Il s’agit d’un bateau baptisé Al Salamah, propriété du prince Sultan ben Abdul Aziz, le ministre de la défense d’Arabie saoudite décédé l'an passé. Ses héritiers veulent à tout prix vendre le yacht, un mastodonte de 140 mètres de long, haut de cinq étages, hérissé d’une piste d’atterrissage pour hélicoptère et doté d’une salle de cinéma et d’un hôpital… Entre autres.
(…)
D’après les éléments recueillis par Mediapart, une société commerciale a été créée le 23 juillet dernier en Guinée-Équatoriale pour se porter acquéreur du yacht convoité par Obiang junior (très friand en la matière). Elle se nomme Sociedad de transporte maritimo Guinea equatoriale, la Sotramar-GE, enregistrée sous le numéro 2 481 dans les registres officiels de Malabo, la capitale de Guinée-Équatoriale.
Fait intrigant : la Sotramar est déjà le nom d’une société de transport maritime parapublique guinéenne, créée en décembre 1971 et impliquée dans le commerce de la bauxite, le principal minerai permettant la production d’aluminium, dont les terres guinéennes sont très riches.
(…)
La confusion entre la Sotramar de 2012 (société privée) et son homonyme de 1971 (société parapublique) n’est-elle d’ailleurs pas entretenue pour mélanger argent public et intérêts privés ?

Fabrice Arfi nous donne de sérieux indices sur le fonctionnement de la Guinée Equatoriale.

Il est vraisemblable que si Claude Guéant, Jean-Charles Charki et Serge Bitboul sont à Malabo, la capitale Equato-Guinéenne, c'est pour récupérer de l'argent. Il faut dire que le président Obiang saurait se rendre généreux, comme l'indique Médiapart dans cet intéressant article, où il est mentionné une déclaration de Robert Bourgui : A ce moment-là, le président Obiang, qui parle français, a dit à M. de Villepin : "Je vous remets un million d'euros pour financer votre action politique."»… Tiens, tiens…

vendredi 19 octobre 2012

Qui est qui ?


Il y a un créatif qui fait le visuel et une personne qui vend le visuel.
Il y a incontestablement là un génie et un imbécile. Mais je ne sais pas à qui attribuer quel qualificatif. Ça marche dans les deux sens, si on y pense bien.

jeudi 18 octobre 2012

La fin du mythe Gaulliste

« Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes »,
a écrit la présidence de la République, mercredi 17  octobre 2012.

Merci monsieur le président de la République, merci monsieur Hollande.



C'est la fin du mythe Gaulliste, et l'occasion de regarder de plus près le contexte du coup d'Etat de 1958, et les premiers pas de la Ve République.
Nous vivons dans des institutions taillée à la mesure de cette époque de morts, d'intrigues et de mensonges.

lundi 15 octobre 2012

Le new deal du cannabis



F.D. Roosevelt, en avril 1933, abrogea le Volstead Act qui définissait la prohibition de l'alcool aux Etats-Unis. Quand la prohibition cessa, le crime organisé perdit une part importante de ses revenus liés au marché noir d'alcool, conséquence directe de la concurrence des boissons alcoolisées en vente libre à des prix modérés.

C'est sur ce constat, et face à l'augmentation inexorable  du trafic et de la consommation de drogue malgré les mesures coercitives, que de nombreux hommes politiques demandent une autre vision sur cette question… dépénalisation, légalisation, diverses mesures sont à l'étude pour mettre au point un new deal sur la question des drogues, en particulier du cannabis.

Rappelons que la France, non contente d'être l'un des pays les plus répressifs de l'Union européenne en matière de stupéfiants, est également l'un de ceux où l'on fume le plus de cannabis. Ces chiffres font de la France le canard boiteux de la politique européenne, loin derrière les si libéraux Pays-Bas, où les jeunes en particulier fument beaucoup moins de cannabis que les jeunes Français. Aux Pays-Bas, régulièrement montrés du doigt parce qu'ils mènent depuis plus de trente ans une politique très libérale en matière de stupéfiants, les niveaux d'expérimentation du cannabis et de la cocaïne sont inférieurs aux autres pays.
(Rue 89)

Des chercheurs ont comparé des groupes de consommateurs réguliers de cannabis dans des villes comparables, aux politiques sur le cannabis opposées –Amsterdam, Pays-Bas (dépénalisé), et San Francisco, USA (pénalisé). Outre une plus forte consommation à San Francisco, les chercheurs ont trouvé de fortes similitudes entre les utilisateurs des deux villes. Il n’y eu « aucune preuve qui soutienne que la pénalisation puisse diminuer la consommation ou que la dépénalisation puisse l’augmenter».

Contrairement à l'idée reçue, la dépénalisation n’augmente pas la consommation de cannabis. (référence)

Daniel Vaillant hier, Vincent Peillon aujourd'hui, proposent donc une "révolution copernicienne" pour inverser la tendance. L'actualité nous démontre que c'est des milliards d'euros qui échappent ainsi à l'économie fiscalisée dans le monde… et ce serait une erreur de croire que ce sont les petits trafiquants de la rue qui en empochent la plus grande partie. Selon Christian Ben Lakhdar, économiste des drogues à l'Université catholique de Lille, ils gagneraient entre 4.500 et 10.000 euros par an. Le journal 20 minutes n'hésitait pas, le 19 juillet 2011, à affirmer que c'était une activité "peu rentable" pour les petits dealers.

Par contre, les cols blancs de la finance sont aussi impliqués dans le blanchiment de cette manne financière. Récemment, la police a démantelé une importante filière. Ce sont 40 millions d'euros issus du trafic de drogue qui auraient été blanchis en sept mois, impliquant la banque Suisse HSBC, mais aussi des "notables" dont une élue écologiste de Paris, Florence Lamblin, qui clame néanmoins son innocence. Sa culpabilité n'a effectivement pas encore été formellement démontrée à ce jour.

Le débat concernant le cannabis dure depuis des années, et on comprend que beaucoup ont un intérêt financier important à ce que rien n'évolue sur ce point.

samedi 13 octobre 2012

Réformer l'islam pour lutter contre l'intégrisme ?


Gamal Al-Banna


Pour lutter de façon plus efficace contre l'intégrisme, nous devrions donner la parole aux réformateurs et penseurs de l'Islam, leur donner une large audience en les laissant parler dans les grands médias de notre pays.
Ce serait bien plus efficace que de mettre plus d'imams dans les prisons.


Le changement prend du temps, explique Gamal Al-Banna quand on lui demande s'il est optimiste pour l'avenir de l'Islam. Il dit aussi :" Le Coran est liberté. Les foqahas (docteurs en droit) ont fabriqué des interprétations et des hadiths qui contredisent le Coran. On n'a pas besoin du fiqh (avis juridique), ni des hadiths. Il faut retourner au Coran".

Il a en particulier pris position concernant le port du hidjab (foulard islamique) considérant que l'important pour une femme était la décence et que le foulard ne faisait pas partie des fondements de l'islam mais de la coutume.
« le Coran ne dit pas que la femme doit porter le voile, seulement qu'elle doit cacher sa poitrine ».
Concernant les hadiths, il est sans ambiguïté :
« Des milliers de hadiths ont été fabriqués au fil des siècles pour servir des intérêts religieux ou politiques. Cela n'a aucun sens de s'y référer pour répondre aux questions d'aujourd'hui ».

Autant vous le dire tout de suite, presque tous les musulmans pratiquants considèrent les hadiths aussi sacrés que le Coran lui-même. Les hadiths sont les paroles et les actions attribuées au prophète Muhammad, ce n'est donc pas la parole divine (en dehors de quelques hadiths « sacrés » qui sont considérés comme les paroles de Dieu adressées directement au prophète Mohammed et rapporté par lui).

Ces hadiths forment la sunna d'où le nom d'islam sunnite pour le courant orthodoxe. Les hadiths ont été rapportés dans divers recueils (véridiques ou non) par des musulmans fidèles, mais toujours au minimum deux siècles après la mort du prophète Muhammad. Certains auteurs en ont recensé plus de 700 000, les plus récents étant ceux rapportés par l'ayatollah Khomeiny au cours des années 1980 ! Beaucoup de ces citations étant suspectes, leur crédit est proportionnel au prestige accordé à ceux qui les ont rapportées. Cette chaîne des témoins est appelée isnad. Ces différents recueils alimentent l'opposition entre chiites et sunnites en particulier.

"Ces paroles, même si elles faisaient sens à leur époque, ont mille ans et on ne peut pas les appliquer aujourd'hui" ajoute Gamal Al-Banna. Ce vieux monsieur égyptien de 92 ans prêche pour une révolution de l'islam. Petit frère d'Hassan Al-Banna, le fondateur des frères musulmans, il semble bien placé pour prendre position dans un débat qui agite le monde musulman.

Il n'est qu'un des nombreux intellectuels musulmans qui réagissent à l'obscurantisme islamique responsable des tensions meurtrières qui agitent le monde et opposent des civilisations qui ne devraient que s'enrichir mutuellement.

Il y a presque mille ans Averroes (Abu'l-Walid Muhammad ibn Rushd) eut à subir lui aussi l'opposition des conservateurs qui le traitèrent d'hérétique et brûlèrent ses livres, parce qu'il se référait à Aristote et adoptait une position moderne. L'histoire n'est pas nouvelle. Elle se répète dans toutes les religions qui par essence refusent le changement et la modernité.

Les conservateurs qui inspirent les pires exactions sont nombreux, et leur goût du sang et de la violence leur donne une trop large audience. Tout le monde connait Al Qaeda, véritable organisation criminelle, mais qui connait Abdou Filali-Ansary le Marocain, Nasr Hamid Abu Zayd l'Egyptien, Soheib Bencheikh l'Algérien, Burhan Ghalioun le Syrien, ces hommes qui veulent un islam moderne débarrassé de la violence et de la haine ?

Le temps du changement est venu, le temps de la concorde entre les hommes, le temps de la paix. Ce que défendent ces penseurs modernes, c'est d'abord une réflexion sur la nature et le statut des textes religieux. Il s'agit de relire les textes sacrés pour sortir d'une interprétation littérale : respecter l'esprit du Coran, non la lettre.

"Le croyant est celui qui, avec beaucoup de modestie, avoue qu'il ne peut pas connaître la vérité parceque seul Dieu la possède. Il a donc une conception de la vérité, mais qu'il ne cherche pas à imposer. Le Coran est très net là dessus : pas de contrainte en religion" explique Mohamed Talbi, ancien doyen de l'université de Tunis.

Merci à Nadia Khouri-Dagher, reporter egyptienne d'origine libanaise, pour l'excellent article paru dans Le Monde 2 n° 173 du 9 juin 2007, dont cette modeste note est largement inspirée. Pour en savoir plus sur Gamal Al-Banna voici quelques liens :

vendredi 12 octobre 2012

Malala Yousufzai un exemple pour tous les blogueurs





Malala Yousufzai est un exemple pour tous les blogueurs. Elle est entre la vie et la mort. Une balle dans la tête, une dans l'épaule.
Cette fillette a parlé… On a voulu la tuer. Elle avait un blog, pour dire ce qu'elle pensait…

Et cette gamine de 14 ans voulait que les petites filles du Pakistan puissent aller à l'école sans contrainte. Elle utilisait son blog, Diary of a Pakistani schoolgirl pour dénoncer les pressions des taliban dans la région de Swat, où ils imposent la charia et l'interdiction pour les filles d'étudier..
Mardi dernier, des hommes ont arrêté le bus où elle se trouvait. Un homme est monté, arme au poing, a visé Malala Yousufzai…

Le mouvement Tehrik e Taliban Pakistan (TTP) a revendiqué la tentative d'assassinat.  Le porte-parole des talibans a aussi déclaré que ”la charia ordonne de tuer quiconque mène une campagne contre l'islam et la charia.”

Voilà. Tout est dit.

Alors nous, les blogueurs de France, nous devons aussi dire ce que nous pensons. Dire que la liberté d'expression ne doit jamais, jamais être restreinte. Nous devons continuer nous aussi à dénoncer l'intégrisme, la corruption, la tricherie… Nous devons continuer toujours, parce que cette jeune fille nous a montré ce que c'est que le courage.

Et pour un blogueur assassiné pour ses opinions, dix doivent prendre le relai.

Non je ne crois pas en Dieu, et je le dis. Pourquoi cacherais-je mes convictions ?
Oui, pour moi la religion est une mauvaise chose puisqu'elle se mêle de ce que nous pensons, de la manière dont nous vivons, elle fait des lois qui n'ont pas été débattues devant un parlement. De cette manière, la religion et ses dogmes sont incompatibles avec la démocratie. Je le dis  et je le dirai encore, parce que c'est ce que je pense et que personne ne peut me dicter mes pensées. Surtout pas la Charia, ni la Bible, ni le Coran !

Oui je vais continuer à dénoncer les intermédiaires en vente d'armes, les pays qui vendent ces armes et les ministres qui sont complices de ces turpitudes. Je vais continuer à dénoncer l'injustice, les idées qui ne correspondent pas aux miennes et que je juge dangereuses.


Oui je suis un blogueur engagé. Non je n'ai pas peur des barbus de toute obédience, ni des barbouzes de toute officine.… et je n'ai pas grand mérite à dire tout ça, moi, petit occidental dans ma démocratie chancelante.


Mais je dois le faire, nous devons tous le faire. Parce que nous sommes dans un pays où nous pouvons le faire sans qu'un cinglé vienne nous mettre une balle dans la tête. Ne pas utiliser cette liberté élémentaire pour laquelle nos ancêtres ont risqué la mort, comme Malala Yousufzai, ce serait prendre le risque de la voir disparaître, comme ces gâteaux qui ne se vendent pas à l'étal des boulangeries et qu'on ne confectionne plus.
Et surtout parce que des enfants le font au péril de leur vie, dans d'autres pays.

Paix sur toi Malala… Tu as l'âge de ma fille mais je suis minuscule à côté de toi.

jeudi 11 octobre 2012

Ebuzzing : de l'exil fiscal à la délation



Tenir un blog, c'est rigolo…
Mais cette motivation est soutenue, pour le blogueur, par une petite compétition, un classement, comme au tennis… Plus on fait de billets, comme quand on multiplie les matchs au tennis, mieux on est classé… plus on est cité par ses confrères, plus on grimpe…

C'est simple et amusant. C'est un sympathique entrepreneur qui a imaginé ça il y a quelques années, en appelant son classement Wikio. Et comme cet entrepreneur a de bonnes idées, il a commencé à gagner de l'argent. C'est mérité.

Mais comme gagner de l'argent réveille la cupidité, cet entrepreneur est devenu moins sympathique. Plus il s'est mis à gagner de sous, moins il a voulu en partager avec la société.
Il s'est très vite réfugié en Suisse, et récemment il a rejoint le mouvement lancé par un autre exilé fiscal : "les pigeons", le nouveau "i-lobby" des entrepreneurs qui trouvent anormal de payer des impôts.

C'est naturel, quand on a les moyens, par exemple, de payer cher des écoles de luxe privées à ses enfants, on ne veut pas payer des impôts pour que les enfants le plus pauvres aillent à l'école publique.

On part du principe que puisqu'on est riche, ceux qui ne le sont pas sont des paresseux ou des imbéciles, et que c'est tant pis pour eux. "C'est la loi de la jungle coco, soit tu es loup, soit tu es mouton"… C'est un discours courant chez les libéraux.

Mais Pierre Chappaz, ce fameux entrepreneur, a décidé que puisque François Hollande allait être élu, et que les blogs de gauche squattaient le tête de son classement depuis des mois (des années même) il fallait réagir :

Il a donc décidé de créer un nouveau classement, Ebuzzing, et d'y mélanger (ce qui n'était pas le cas naguère) les sites d'extrême-droite comme fdesouche, qui sont des agrégateurs d'info avec une production industrielle (des dizaines de billets par jours) et les chroniqueurs médiatiques professionnels, soutenus par leur journal, pour virer les petits gauchistes amateurs de la tête du classement. Il n'y a pas réussi complètement, c'est encore un Montebourgien, mon ami Melclalex, qui est à la première place, malgré cette concurrence déloyale des professionnels.

Comme certains blogueurs s'en sont émus, par e-mail, il vient d'aller plus loin : comme il est lui même blogueur, il a dénoncé ces blogueurs en les citant et  en dévoilant la vraie identité d'un pseudonyme. Alors qu'ils avaient préféré protester en toute discrétion, en demandant des explications, Chappaz préfère lui s'assoir sur la confidentialité des e-mails et des identités et déballer au grand jour cette question.

Et bien soit, Pierre Chappaz, parlons-en en public puisque la discrétion de la correspondance privée n'est pas de votre goût :

- Vous changez les règles du jeu selon ce qui vous convient pour des raisons politiques,
- vous dénoncez ceux qui vous écrivent en privé en révélant leur correspondance privée,
- vous révélez l'identité de ceux qui pour des raisons professionnelles utilisent un pseudonyme, au mépris du plus élémentaire savoir-vivre sur Internet,
- enfin, vous êtes un exilé fiscal dans les faits, quoi que vous en disiez.

Chacun saura attribuer un qualificatif à votre personne. Je ne prendrais pas le risque d'écrire publiquement le qualificatif que je vous réserve. Les gens comme vous ont les moyens de se payer les plus viles procédures pour écraser les plus faibles. Je ne vous donnerai pas ce plaisir.

samedi 6 octobre 2012

Le TSCG est stupide, mais voter contre l'est aussi…



"Il faut renégocier le TSCG" était la promesse de campagne de François Hollande…
mais le problème est que le TSCG ayant été approuvé par réferendum en juin par les Irlandais, il n'est plus possible d'en changer une ligne… A moins d'annuler le referendum en Irlande pour en refaire un sur le nouveau texte. C'est ce que remarque avec justesse Mathieu Deslandes sur Rue89.

Serait-il normal d'annuler l'expression démocratique d'un pays ? Que dirions-nous si l'Europe décidait d'annuler la décision de la France si elle avait organisé un référendum ?
 
Quand Hollande a promis de renégocier le traité, les irlandais n'avaient pas encore voté, depuis sa promesse est devenue intenable. Voilà la réalité des choses…

 
Près de la moitié des pays ayant validé ce traité (11 pays sur 25 :
Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Portugal, Roumanie, Slovénie), il sera certainement mis en application, si le refus est minoritaire, ce qui est probable : il ne manque plus que l'accord de deux pays pour faire passer ce traité… et oui, la construction européenne se fait à la majorité. On peut contester, comme les souverainistes, cette manière de faire…

L'autre option c'est de sortir du processus européen. 
Donc quelle que soit la position choisie, pour ou contre le traité, c'est la merde (difficile de trouver un autre mot).
 
La solution qui semble se dessiner, c'est d'accepter de rester dans le jeu, en considérant que ce traité (comme les critères de maastricht) n'est qu'un vœu pieux, avec l'espoir de faire évoluer les choses dans le futur, en ajoutant au traité d'autres mécanismes en faveur de la croissance et de la régulation du système financier. 

Par contre, sortir des négociations c'est prendre le risque d'être isolé et de ne plus pouvoir influer sur le cours des choses pour atténuer les effets pernicieux du TSCG.

Christophe Cavard, député EELV du Gard, ne dit pas autre chose dans une tribune sur Médiapart :
Le pacte budgétaire est « avant tout un outil diplomatique, et non un outil économique. Il faut le prendre comme tel, et prévoir de le renégocier à la hauteur de notre ambition politique pour l'Europe et de notre disposition aux compromis nécessaires à la réorientation de son fonctionnement et de ses objectifs ».

Les élections en Allemagne, dans un an, pourraient en effet changer la donne si Merkel n'est pas reconduite, ce qui n'est pas impossible. Le parti conservateur CDU a subi le 13 mai un sévère revers lors d'un scrutin régional en Rhénanie-du-Nord-Westphalie… Un indice du mécontentement allemand.
 
Enfin, il faut reconnaitre que rechercher l'équilibre budgétaire est une démarche vertueuse, personne ne peut le nier, à part les financiers qui y voient leur intérêt de prêteur… 

Et si on y regarde de près, ce traité n'est pas si contraignant qu'il en a l'air (en cas de circonstances exceptionnelles -comme une récession-, il y a la possibilité de déroger à ses contraintes). 
 
Je crois que c'est un peu ce que pensent les socialistes qui défendent le "oui"…
avec une certaine hypocrisie, il faut bien l'avouer.

Bien sûr, ce traité est stupide, il est basé sur des dogmes sans fondement, comme ces 3 % à ne pas dépasser, mais le refuser aurait des conséquences tout à fait préjudiciables, que ce soit face aux créanciers qui assurent notre budget de fonctionnement (hausse des taux d'intérêts, dégradation des agences de notations etc.) ou pour notre position diplomatique européenne et notre influence. Ensuite, c'est mettre en difficulté le nouveau président que nous avons élu, et son gouvernement.


Le jeu en vaut-il la chandelle ? Faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ? 


Comme disait De Gaulle, il faut prendre les choses comme elles sont…