mardi 1 octobre 2013

Oltramare, alias Soral, alias Dieudonné



Connaissez-vous Georges Oltramare ?

Né à Genève en 1896, Georges Oltramare a créé en Suisse un mouvement politique calqué sur le nazisme et le fascisme italien, l’Union Nationale (1932).

En 1922 il devient rédacteur du Journal Officiel. Mais, ayant publié sous le manteau un très vif pamphlet contre la Société des Nations, il perd sa place. Le journal La Suisse le licencie en raison de la virulence de ses articles antisémites. En réaction, il lance en 1923 son propre journal satirique, Le Pilori, qui atteindra les 20 000 exemplaires et dans lequel il s'en prend aux juifs, aux politiciens et aux « affairistes ». Un tremplin pour lancer son parti fasciste (soutenu par Mussolini).

Ce charmant personnage est aussi un homme de scène. Il fait partie de la première troupe de théâtre de Georges Pitoëff installé à Genève en 1915. Il apparait en 1929 sous le nom de scène d'André Soral dans trois films dont deux d'un proche, le réalisateur Jean Choux, qui réalisera sous l'occupation des films d'inspiration vichyste.

En juin 1940, Oltramare accompagne Otto Abetz à Paris, est rémunéré par l'Ambassade d'Allemagne, et fait des causeries à Radio-Paris, particulièrement sur des thémes antisémites, sous le pseudonyme de Dieudonné.

Après la Libération, il regagne la Suisse où il est arrêté le 21 avril 1945. Condamné à mort en France il s'exile en Egypte en sortant des geôles hélvétiques, en 1952. Il meurt en 1960.

Un homme de scène se faisant appeler Dieudonné, un polémiste ayant Soral comme pseudonyme… et un fasciste antisémite notoire et propagandiste.

Pas de doute, il mérite une "quenelle d'or".

Sources : Le Temps - Wikipedia - Genève non conforme

samedi 28 septembre 2013

Communiqué de la voix des Rroms

 


Valls: démission et formation civique

M. Manuel Carlos Valls a grandement besoin d’une formation civique comme celle à laquelle
est soumise la délivrance d’un titre de séjour pour les personnes étrangères. En effet, bien que Français depuis 1982, M. Valls ne semble pas encore avoir assimilé correctement les
principes et les valeurs fondamentales de la République dont il est ministre de l’Intérieur. Il en a largement fait la preuve en soutenant encore aujourd’hui que les Rroms «ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation» avec les
populations locales.

La voix des Rroms tient à rappeler qu’environ 97% des Rroms vivant en France sont citoyens français et que, par conséquent, en tant que Rroms, ils n’ont pas « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie.», comme le prétend M. Valls avec un populisme dégoûtant pour tout citoyen. Concernant les Rroms roumains ou bulgares, ces derniers n’ont pas à être désignés distinctement et traités différemment de leurs concitoyens non-rroms.
La situation de quelques 15.000 Rroms de citoyenneté roumaine ou bulgare qui survivent
dans des bidonvilles n’est pas un « problème rom », comme se plaisent à la dire les autorités.

Elle est la conséquence logique d’une politique xénophobe et populiste initiée par l’ancien
ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy et poursuivie jusqu’aujourd’hui. Cette exclusion,
partie intégrante de la crise du logement, qui touche presque 4 millions de personnes en
France, est sciemment entretenue à des fins de manipulations électoralistes.
Une personne qui met en danger la paix sociale comme le fait M. Valls avec ce discours
huntingtonien n’a pas sa place au gouvernement.

C’est pourquoi La voix des Rroms demande sa démission de M. Valls et son inscription à une formation civique avec un programme sur au moins les premières phrases de la constitution française : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. ». Obligatoire pour tous les étrangers sollicitant un titre de séjour, et dans une stricte exigence d’égalité, une telle formation devrait aussi être accessible à un ministre en voie de reconversion.

SOURCE
sur le même sujet : Dosta !

vendredi 27 septembre 2013

Rouhani sur Twitter bouleverse la diplomatie mondiale



Il y a une heure, Hassan Rouhani a raconté sur Twitter sa conversation au téléphone avec Barack Obama.
Une discussion historique, puisque les présidents Américains et Iraniens n'avaient pas eu d'échange direct depuis 30 ans !
Pour conclure cette conversation téléphonique de 15 minutes, Obama a souhaité "que Dieu vous garde" en persan.

L'usage de Twitter pour rendre compte de cet échange est de la part de M. Rouhani un événement aussi important que la teneur de la discussion.

Marshall McLuhan disait que le message c'est le médium, et son village global est aujourd'hui Twitter.

En proclamant publiquement que le dossier nucléaire trouverait vite une solution si il y avait une volonté politique pour cela, il annonce la fin des hostilités avec le leader de l'Atlantique nord. Il inaugure aussi une nouvelle forme de communication directe, comme l'autre théocratie d'occident : le Vatican. Twitter bouleverse ainsi tous les usages diplomatiques.

Cette diplomatie du tweet, qui n'avait jamais atteint ce niveau, est une affaire pour Twitter qui prépare son entrée en bourse. Rouhani aura-t-il droit à des actions gratuites ?

dimanche 22 septembre 2013

Pour les musulmans… qui se taisent

Encore des attentats, encore des morts.
A Naïrobi (59 morts), à Peshawar (61 morts). Si au Kenya la responsabilité des intégristes musulmans est avérée et revendiquée, au Pakistan elle est probable, leur cible étant la communauté chrétienne.

Ces horreurs, faites par des religieux extrémistes, sont une véritable caricature du message du prophète Muhammad.
Mais alors que la communauté musulmane dans son ensemble s'était mobilisée contre des Danois qui avaient dessinés son prophète, le 30 septembre 2005, mobilisation mondiale et bien organisée, on pourrait attendre la même mobilisation contre ceux qui dévoient la religion musulmane en semant des dizaines de morts sur leur passage en son nom.
La communauté musulmane sait très bien se rassembler dans de grands mouvements internationaux pour défendre sa religion.

Sans doute quelques communiqués de circonstance émanant d'autorités religieuses reconnues vont condamner les violences des Shebabs somaliens.

Mais ces horreurs devraient mobiliser l'ensemble des croyants soumis au Coran, qui gagneraient en respectabilité s'ils manifestaient massivement pour dénoncer ces crimes.
C'est aux musulmans, premiers concernés, de lutter contre les intégristes qui dévoient le message de "paix et d'amour" du saint Coran, ainsi qu'ils le revendiquent eux-mêmes.

En France, un grand défilé, avec Askolovitch et Tévanian en tête, voilà qui serait un message clair pour montrer que l'islam est une religion de paix, et que les musulmans n'ont rien à voir avec ces extrémistes violents qui tuent au nom d'Allah. Que les intellectuels français qui s'engagent pour la cause de l'islam et des musulmans usent de leur notoriété pour initier des manifestations de protestation…  Qu'ils organisent, qu'ils fédèrent un grand mouvement d'opinion chez les musulmans pour qu'ils puissent affirmer leur réprobation devant ces crimes. Ils mettraient leurs idées en action, échapperaient à leur plume qui les emprisonne dans l'abstrait de l'écrit.

Levez-vous, musulmans, et dénoncez ces assassins qui salissent votre religion ! Organisez de massives manifestations, brûlez des marionnettes à l'effigie des terroristes, comme vous savez le faire avec les images de ceux qui contestent votre religion.

Si vous ne le faites pas, votre silence vaudra complicité… qui ne dit mot consent.

PS : On n'ose imaginer une grande manifestation "œcuménique", rassemblant tous les croyants de toutes religions, où les juifs les chrétiens et les musulmans s'uniraient pour la gloire de leur dieu unique et mettraient en action les principes de paix et d'amour qu'ils revendiquent. Quel message ce serait… Mais n'allons pas si loin, les haines qu'ils entretiennent entre eux rendent ce rêve impossible.

mardi 17 septembre 2013

Chimiothérapie syrienne



Je dois reconnaître que je ne sais pas ce qu'il faudrait faire pour résoudre la crise syrienne et mettre un terme à la guerre civile.

Je suis bien conscient qu'il y a énormément d'inconnus dans ce conflit, que les intérêts stratégiques des différents protagonistes sont complexes à cerner, mais surtout je comprends que cette guerre est aussi médiatique, et que chaque information doit être prise avec circonspection, avec méfiance, même.

Néanmoins, quand j'ai vu les esprits s'exalter sur l'utilisation des armes chimiques, j'ai tout de suite ressenti qu'il y avait là un effet de posture, celle bien connue de la vertu et du bien s'opposant au vice et au mal.

Je n'ai jamais adhéré à cette vision manichéenne des choses, il y a longtemps que je ne crois plus au bien et au mal comme deux entités opposées.

Dans un premier temps, le procédé est efficace. D'un point de vue médiatique, l'arme chimique est parfaite pour séduire des opinions dont l'encéphale a depuis longtemps été formaté pour n'ingurgiter que des pensées simplistes illustrées d'images choc : les tragiques convulsions des martyrs gazés, largement diffusées, nous renvoient à notre triste passé européen et constituent le repoussoir ultime qui doit souder les unions nationales.

Ces 2 % de syriens victimes du gaz mortel seront la justification de l'ingérence. Le crime contre l'humanité est constitué.

Les 98 % restant ne valent rien… morts sous la torture, sous les balles, sous les bombes, tout cela na vaut pas, dans cette logique de vertueuse imbécillité, qu'on se mobilise pour stopper le massacre.

Bachar el-Assad, en acceptant le plan proposé par les USA et la Russie (renoncer officiellement à ses armes chimiques et les détruire), éloigne avec beaucoup de finesse tout risque de frappe internationale. Et il aurait bien tort de ne pas suivre scrupuleusement ces directives : non seulement il anéanti le réquisitoire de ceux qui l'accusent, mais il se refait même une nouvelle image internationale, celle d'un homme ouvert au dialogue et respectueux des règles internationales.

Quant à la diplomatie internationale, et aux défenseurs des valeurs universelles (dernière des utopies post-coloniales), ils démontrent la sottise de leur action ; le message qu'ils font passer c'est qu'on peut tuer des milliers de personnes, mais qu'il faut le faire avec les canons, des grenades, des fusils, des baillonettes ou des coups de poings…

Le régime dictatorial de la Syrie était bien malade, mais avec une utilisation bien dosée de produit chimique, le docteur El-Assad a démontré qu'une guérison était encore possible.

Lire sur Slate : La victoire d'Assad

dimanche 25 août 2013

Roland Chassain à Chateaurenard


Rolland Chassain est toujours là (Dimanche Plus... par LeLab_E1

Il y a un peu plus d'un an, Roland Chassain, candidat UMP aux législatives dans la circonscription d'Arles, se désistait au second tour pour Valérie Laupies, la candidate du Front National.
Derrière une réprobation de façade des dirigeant de l'UMP, J.F. Copé promettant son exclusion du parti, cette alliance avec le Front National n'a guère ému et n'aura aucune conséquence. Roland Chassain a déclaré, lors d'une interview sur Canal Plus, avoir eu Jean-François Copé au téléphone. Ce dernier lui aurait dit "laissons passer les orages".

En effet, Chassain sera bien présent au Parc Chanot au mois d'octobre 2012 pour soutenir Copé, et aujourd'hui il est à Chateaurenard, sur les terres du député "Droite Pop" Bernard Reynès, où le président de l'UMP tient son traditionnel meeting.



Chassain ne fait que dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas :
Les passerelles sont nécessaires entre ces partis à droite pour répondre à la gauche. Il faut qu'on soit décomplexés…  (vidéo sur Marsactu)

Le ton est donné pour les municipales.

mardi 20 août 2013

éloge de l'islamophobie



"Je ne peux pas imaginer un Dieu qui récompense et punit l'objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l'expérience de la mienne. Je ne veux pas et je ne peux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupidement égoïste."
(Albert Einstein, Comment je vois le monde, 1934)

Je partage totalement cette réflexion du célèbre physicien.
Le sentiment religieux, qui n'est qu'une opinion parmi d'autres ne me dérange pas. Je suis pour la liberté de penser, même des absurdités. Rien n'est plus salutaire que d'entendre un imbécile se vanter de ses stupidités : on sait tout de suite à qui on a à faire. D'autre part, il faut bien avoir conscience qu'on est toujours l'imbécile d'un autre, et que si on devait interdire l'expression stupide, on devrait interdire l'expression tout court.

Je suis par contre très inquiet quand un groupe d'esprits faibles, craintifs et stupidement égoïstes, se constitue pour tenter d'imposer ses croyances et ses coutumes aux autres. La liberté individuelle, la liberté de conscience, n'est pas la liberté d'imposer aux autres des interdits ou des commandements.

C'est bien ce qui est insupportable dans la religion, aujourd'hui. Une organisation qui entend édicter des lois pour définir la morale et les mœurs, comme les font les religions monothéistes, est contraire au fonctionnement démocratique où seul un parlement défini les lois, après un débat contradictoire. Les religions sont donc par essence anti-démocratiques.  Bien pire, elles utilisent la démocratie pour mieux la détruire et tenter de prendre le pouvoir, comme on l'a vu récemment en Egypte, en Algérie, ou en Libye, par exemple.

La démocratie n'est d'ailleurs qu'un outil, pas un but en soi. Les pires régimes politiques utilisent souvent cet outil pour mettre en place leur totalitarisme, et le plébiscite est un des instruments préféré des dictateurs pour parer leur pouvoir d'une légitimité trompeuse.
Cet outil qu'est la démocratie n'a de sens que si les esprits qui l'utilisent sont libérés de l'obscurantisme.
C'est en effet bien cela le but ultime : libérer l'esprit humain, lui rendre son libre-arbitre, le préparer à la connaissance, en perpétuelle évolution. L'esprit des Lumières philosophiques et scientifiques qui cherche à libérer l'homme et ses pensées n'est pas la conséquence de la démocratie, bien au contraire, il la précède, et sans lui cette démocratie n'est qu'un leurre.

S'opposer à toute organisation religieuse est donc une forme d'humanisme, et on a bien vu comment les catholiques savaient s'organiser pour s'opposer aux lois républicaines et à l'évolution sociétale, en France, pour exprimer leur homophobie.
En Israël, c'est un juif intégriste qui assassine le premier ministre Yitzhak Rabin, "au nom de Dieu", et c'est encore des religieux qui militent pour instaurer une ségrégation sexuelle dans les transports publics.

Les religions ont sans doute été très bénéfiques, il y a un millénaire, quand l'humanité n'avaient pas d'autre réponse pour transcender ses angoisses existentielles. Mais au XXIe siècle, c'est la science qui produit des miracles (guérir de maladies, marcher sur la Lune ou voler dans les cieux…) et apporte une réponse étayée par des faits aux interrogations que motivent les mystères de la nature.
La religion aujourd'hui ne fait plus qu'alimenter les guerres et l'opposition entre les peuples, elle ne cherche plus qu'à préserver son sexisme biblique présent dans "les trois religions du livre".

Alors oui, si l'islam est bien une religion, je suis islamophobe.
N'en déplaise à monsieur Plenel.

Mise à jour :
ce billet a 2 suites, à consulter sur Médiapart :
- Les Kabyles de Tizi-Ouzou sont-ils racistes ? (21-08)
Des kabyles ont mangé en public en plein ramadan pour protester contre "la pression des imams"…
- Pourquoi j'ai renié l'islam (24-08)
Walid al Husseini a fait 10 mois de prison pour s'être déclaré athée…

jeudi 4 juillet 2013

Ce qu'implique le limogeage de Delphine Batho



Le limogeage de Delphine Batho est une erreur de communication. Que cette dernière fut incompétente, comme le suggèrent certains, qu'elle soit un danger pour les industriels et exploitants d'hydrocarbures (dont le mari de la dir-cab du président)  comme elle vient de l'affirmer… peu importe en réalité. Si la ministre devait être écartée, cela devait se faire autrement.

Le coup de sang et la réaction à chaud sont du plus mauvais effet. L'utilisation de Twitter pour convoquer la ministre est grossière et déplacée.
Surtout, on ne peut s'empêcher de penser aux longues semaines qui ont été nécessaires avant de démissionner Cahuzac.

Et par association, on pense aussi à cette liste de noms que Pierre Condamin-Gerbier a livré à la Justice. Selon les rumeurs, il y aurait des politiques dedans… des ministres ? Des anciens ministres ? Le doute a été lancé dans le Journal du Dimanche, le 15 juin :
"Je peux simplement dire aujourd'hui qu'il y a dans cette liste de très grands noms de la politique française, des gens que l'on est habitué à voir sur les écrans de télévision. Il s'agit de personnages beaucoup plus familiers du grand public que ne l'était Jérôme Cahuzac." Antoine Peillon (frère du ministre) déclare le même jour à Sud-Ouest qu'il connait cette liste et qu'il y a dedans "un membre éminent de l’actuel gouvernement". Le nom de Fabius est cité sur Médiapart, même si on ne peut y accoler encore avec certitude un prénom…

La décision prise à l'encontre de Delphine Batho, coupable d'un mot malheureux, est un acte d'autorité conforme a la pensée unique du présidentialisme si singulier de la Ve République.
Elle appelle la même sévérité pour ceux qui seraient suspects de fraude fiscale ou même d'optimisation un peu trop poussée.

C'est bien le moins. Et cette sévérité ne tolère plus aucun laxisme. Toute la communication présidentielle va-t-elle changer après cette colère élyséenne ? Antoine Peillon, Fabrice Arfi, la Justice, et les lecteurs de Médiapart depuis quelques heures, sont au courant de cette liste et des personnes mises en cause.

François Hollande ne peut plus dire qu'il l'ignore, ou alors c'est l'homme le moins informé de France, et son absence de réaction sur ce point est incompréhensible, maintenant qu'il a fait la démonstration qu'il pouvait agir en quelques heures, contrairement à ses habitudes. On attend donc son retour de Tunisie et la marque de son autorité, puisque c'est sa nouvelle posture.

mardi 18 juin 2013

La stratégie des trois petits singes



Jérôme Guedj a eu cette belle formule au sujet de la 9e défaite électorale consécutive du PS :

La "stratégie des trois petits singes: ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre est la pire", dans le Lot-et-Garonne, où le candidat socialiste Bernard Barral a été éliminé dès le premier tour de l'élection législative partielle dimanche. (L'Express)

C'est pourtant la stratégie du président de la République et de son gouvernement.
En effet, François Hollande n'a rien vu, rien entendu et par conséquent rien dit, des différentes affaires concernant des élus socialistes, quand il était premier secrétaire du PS. Le Nord ? Rien à signaler. Marseille ? connais pas…

Quand DSK a défrayé la chronique avec ses frasques libidineuses, personne n'avait rien vu, rien entendu, rien dit. La surprise se disputait avec l'indignation… ce n'était pourtant qu'un début.

Avant que Jérôme Cahuzac ait avoué frauder le fisc, tout l'exécutif prenait la posture des trois petits singes.

Aujourd'hui, c'est Pierre Moscovici qui n'a rien vu, rien entendu, au sujet d'une liste d'évadés fiscaux médiatiques… une liste de noms que le frère du ministre de l'éducation déclare connaître, lui…

Quel est donc ce gouvernement où les ministres sont choisis sans qu'on ne connaisse qui ils sont, où le locataire de Bercy ne sait rien de ses contribuables, où les services de renseignements renseignent moins que les journalistes ?

On pourrait se rassurer en se disant que les trois petits singes sont un symbole de sagesse, chez les bouddhistes.

Hélas, il semblerait qu'Edwy Plenel ne soit pas bouddhiste.

mercredi 8 mai 2013

Claude Guéant et ses réseaux

 
Guéant, Kadhafi et Sarkozy le 25 juillet 2007 à Tripoli (Pascal Rossignol/Reuters)

Claude Guéant est sur la sellette.
Et pour une broutille, 500 000 euros dont il peine à justifier l'origine. Et on peut effectivement parler de broutilles quand on observe les affaires auxquelles Guéant a été mêlé.
Cet ancien chef de la police est surtout un homme de réseaux. Et si ses ennuis actuels viennent de Takieddine, qui l'a "balancé" aux juges, ce n'est pas sans raison.
On peut y voir un effet de la rivalité Djouhri-Takieddine

En effet, Guéant est proche d'A. Djouhri. "Il est imposé par Guéant et Squarcini sur les grands contrats" affirme Takieddine.

 Claude Guéant, c'est aussi une histoire de familles…

Jean-Charles Charki, son gendre, est très proche de lui (il partage les même bureaux depuis que Guéant est devenu avocat, associé avec son fils François, après la défaite). le cabinet Guéant Avocats siège – discrètement – avenue George-V, en face du palace du même nom, précise le journal Le Monde. Du 17 au 19 octobre 2012, Claude Guéant s'est rendu en compagnie de son gendre à Malabo, dans cette Guinée équatoriale au cœur du scandale des biens mal acquis.
Après le Gabon, où il s'est entretenu avec Ali Bongo le 3 décembre pendant deux heures, Claude Guéant a ensuite emmené son gendre à Libreville rencontrer le directeur de cabinet du président gabonais, en compagnie de celui qui l'a initié aux affaires africaines : le conseiller officieux de la droite, Robert Bourgi. Jean-Charles Charki l'accompagne encore, 14 décembre, à Abidjan.

Mais Charki est aussi très ami avec le fils d'A. Djouhri, Germain, qu'il a connu à Londres, selon Olivier Drouin du journal Capital.

Les affaires africaines de Guéant se mêlent à celles de Djouhri… 

Comme cette rencontre en mai 2012 entre Bachir Saleh, l'ex "trésorier" du colonel Kahdafi, et Djouhri, avec Squarcini en guest star, probablement en vue de son exfiltration discrète hors de France où il est recherché. Cela a été raconté en détail par les Inrocks il y a peu. D'après le Canard Enchainé (cité par Rue89) à partir de 2007, Saleh était surtout devenu l’interlocuteur privilégié de Claude Guéant, très assidu chez le Colonel Kadhafi.
 A la chute du dictateur libyen, c'était déjà l'ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon, qui aurait veillé à son exfiltration de Libye, dans un jet privé appartenant à… Alexandre Djouhri (cité par France TV).

Saleh a-t-il aidé la famille Guéant en affaires ? Le Point révèle qu'en 2009 Jean-Charles Charki s'était occupé pour le compte du gouvernement tchadien de la privatisation de la société nationale de télécoms. L'entreprise sera rachetée l'année suivante par le Libyan African Portfolio, une filiale du fonds souverain libyen dirigé par... Bachir Saleh.

Pour le site Maghreb Confidentiel, Djouhri et Saleh sont "inséparables".

L'affaire Guéant va ainsi remuer cette fange sombre qui tapisse le fond du monde des affaires occultes de la droite déchue. Jean-Charles Charki semble un personnage clé de ces réseaux de Guéant, ainsi que Djouhri.

Bolloré est aussi mis en cause, cette fois-ci par M. Dupuydauby, un industriel évincé à la demande de Guéant (selon ce qu'il a déclaré au juge d'instruction) au profit de M. Bolloré, ce dernier obtenant en janvier 2011, juste avant le déclenchement de la révolution qui allait causer la perte de M. Kadhafi, la concession du port de Misrata. Il aurait servi d'intermédiaire, via notamment le Liechtenstein, pour le transfert des fonds libyens destinés au financement occulte de M. Sarkozy. (Le Monde)

 La piste Qatari

Autre domaine qui pourrait intéresser la justice, l'argent Qatari qui inonde la France et peut-être certains de ses dirigeants. C'est ce qu'affirme Takieddine (à lire sur France24) :
"Ces investissements par les dirigeants du Qatar sont faits pour acheter, acheter les dirigeants français. Et ça commence avec Nicolas Sarkozy qu’ils ont acheté de toutes pièces."

Pierre Péan revient lui aussi sur le financement Qatari, dans le cadre de la libération des infirmière Bulgares (Le Point). Là encore, ce serait Djouhri qui aurait "doublé" Takieddine, et une partie de l'argent Qatari serait devenu des commissions occultes pour l'équipe de Sarkozy :

"Ce que des sources m'ont affirmé, c'est que l'argent qui est arrivé du Qatar dans la foulée, pour des montants inconnus et dans des conditions imprécises, a généré des commissions indues versées en France. On me cite un chiffre de 30 millions d'euros. Celui qui a suggéré l'intervention de Cécilia et qui a monté le coup avec le Libyen Bachir Saleh, le directeur de cabinet de Kadhafi, c'est Alexandre Djouhri. Quatre ans après, autres circonstances, c'est encore lui qui a pris un avion de la Global Jet pour Djerba, les 14 et 15 août 2011, afin d'emmener Dominique de Villepin négocier je ne sais quoi avec le même Bachir Saleh !"

Evidemment, en pleine affaire Guéant, il n'est pas très opportun pour Nicolas Sarkozy de prendre la tête d'un fond d'investissement Qatari.
Récemment, en effet, le Qatar Investment Autority, le fonds souverain qatari riche de 100 milliards de dollars, a adressé une lettre d'intention à Nicolas Sarozy, indique le Financial Times, dans laquelle il propose à l'ancien président de diriger un fonds d'investissement privé d'une valeur de 250 millions d'euros. Cet argent serait investi dans des sociétés d'Europe continentale afin de participer à la «reconstruction de l'Europe». (Slate)

NB : ce billet est la suite de celui écrit il y a un an sur Médiapart, consacré à M. Djouhri, qui m'a fait l'honneur de le commenter pour le démentir.

lundi 6 mai 2013

Une année gâchée…








Une année gâchée… c'est ce qui ressort des déclarations des leaders du Front de Gauche.
Ceux-ci s'attachent à parler de l'action générale du gouvernement d'inspiration trop social-libérale selon eux.

Certes, les cadeaux aux chefs d'entreprises sont importants. La fiscalité sur les parts de capital ne rejoint pas celle du travail, le code du Travail est malmené, un plan de compétitivité mobilise des milliards pour l'investissement productif.

Pour les citoyens confrontés à la précarité, sociale et économique, peu d'avantages concrets, beaucoup de contributions demandées.
Il faut être juste : tout changement oblige à une phase de danger, d'immobilisme, d'inquiétudes. De nouvelles mesures sont mises en place et leurs effets ne se font pas encore sentir. Quand un navire contre le vent doit tirer un bord, il est un moment où les voiles fasseillent avant qu'on les borde dans l'autre sens.

D'autre part, cette année n'en est pas une… l'action ne peut vraiment commencer qu'après les élections législatives, juste avant la coupure de l'été. En réalité, il n'y a que 8 mois que le nouveau président a mis réellement en place les dispositifs de sa politique. Les quatre derniers mois ont été particulièrement difficiles.

Il y a des points positifs à défendre néanmoins.
La règle d'or, cet équilibre budgétaire centré autour d'un seuil subjectif de 3 % est renvoyé aux calendes grecques. C'était prévu, mais il fallait faire semblant de s'y tenir… L'austérité devant découler de cette rigueur budgétaire sera moins sévère.
Et puis bien sûr il y a ce plan de réformes mis en place, mais qu'on ne pourra juger qu'en en mesurant les effets à venir.

Le gouvernement est bien face au vent, contraint de tirer des bords, à droite (Moscovici), à gauche (Montebourg), pour avancer lentement dans une direction qu'on perçoit mal. Son action est effectivement embrouillée, faite de concessions et de reculades, de maladresses, de désaccords et de divergences. 
François Hollande est pris au piège de la Ve République, qui nécessite un chef tout puissant. Lui, l'homme des conciliations et des non-dits, s'empêtre dans un communication mal gérée.
Faut-il être un Chirac, tirant des ficelles caché dans son château, ou un Sarkozy, omniprésent et opportuniste ? Hollande n'a pas encore trouvé son style, enfin, c'est ce qu'il faut espérer…
L'opinion se détourne de lui… comment pourrait-il en être autrement ?
Le scandale Cahuzac a été fatal à son image. Pour n'avoir pas su gérer cette crise, il est passé pour un complice, ou un imbécile, au choix, et tout le gouvernement avec.

L'absurde polémique du "Mariage pour tous" a divisé une population sur une question de principe bien inutile à la majorité de la population, hétérosexuelle, de culture judéo-chrétienne et donc marquée par un certain conservatisme. La masse pétrie de bondieuserie qui fait le cœur de la France, choquée par les positions extrémistes de Sarkozy voyait dans le président normal un refuge pour les valeurs familiales traditionnelle. Elle est bien déçue.
Bien entendu, la question sociétale du mariage pour tous n'est pas sans intérêt, mais c'est le genre d'occupation parfaite pour une société optimiste et aisée, à l'économie florissante qui peut en débattre (voire se battre) à loisir.

Dans le contexte actuel, c'est une faute politique. On pourrait se réjouir de voir la gauche unie sur cette question accessoire, si en réalité elle n'était pas fracturée sur l'essentiel. Et la fracture est profonde. Face aux provocations du Front de Gauche, le gouvernement réplique pour bien réaffirmer ses différences et aggraver la rupture. Les prochaines élections municipale sont donc déjà perdues pour la gauche, puisqu'il n'y a pas d'union possible.

On pouvait penser que le gouvernement aurait cherché à diviser le Front de Gauche, en s'appuyant sur les communistes, les mieux représentés localement, mais là aussi il multiplie les camouflets au parlement. Si il aime les questions de principe pour les homosexuels, il ne les aime pas pour les syndicalistes. La loi d'amnistie demandée par les communistes est retoquée à l'Assemblée Nationale après avoir été soutenue au Sénat.

Cacophonie encore, quand les députés socialistes, et le premier d'entre eux, Bartolone, demandent un "deuxième temps du quinquennat, quand ils rechignent à voter les lois de Jean-Marc Ayrault.

Certains peuvent se réjouir de cet anniversaire de l'alternance. Ils abusent de la célèbre méthode Coué, en chantant "tout va très bien, Madame la Marquise"… Ils sont dans leur rôle mais ne trompent personne.

Mieux vaut faire un bilan lucide :
Cette première année ressemble surtout à celle des débutants. Le fond est bon, mais la forme est déplorable. La sanctions prévisible des municipales sera un électrochoc, et les choses devraient s'améliorer ensuite, puisqu'elles peuvent difficilement être pire.

De toute façon, on n'a pas le choix.

dimanche 5 mai 2013

Vive la 6e République !


Bravo le Front de Gauche !

mardi 23 avril 2013

Enfin, le divorce accordé aux homosexuels !



"Le mariage est la cause principale de divorce"
- Oscar Wilde -

Pas de souci, Divorce Gay règle au mieux vos petits différents sentimentaux, de manière sonnante et trébuchante.

Enjoy !

lundi 22 avril 2013

Errare humanum est, perseverare diabolicum


Change de cap, président, change de cap !

Les parlementaires reprennent la main : « Nous voulons nous affranchir des 3% de déficit budgétaire. Mais après, cela ne peut pas être une plongée dans le vide. Donc nous avons voulu donner du contenu et faire des propositions. Sans changement de cap, on va dans l’impasse avec une spirale rigueur-récession qui va s’enclencher », prévient la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann.

La contestation est positive quand elle propose des alternatives.

C'est ce qu'a fait le courant "Maintenant la gauche !" en présentant un argumentaire détaillé d’une trentaine de pages. Soit un plan de relance de 44 milliards d’euros jouant à la fois sur la consommation et sur des investissements publics (lignes à grande vitesse, haut débit, voitures électriques, etc.). Le tout soutenu par un emprunt national.

Change de cap, président, les 3 % de déficit sont un leurre, Guy Abeille, l'un des concepteurs de ce chiffre mystique l'avait révélé. Le taux d'endettement à 90 % du PIB est tout aussi subjectif, les experts le reconnaissent volontiers.

L'erreur est humaine, mais il ne faut pas s'enfermer dans des dogmes, rien ne serait pire.

L'austérité ne mène à rien. "Le sérieux budgétaire, s'il tue la croissance, n'est plus sérieux. Il est absurde et dangereux", a expliqué  Arnaud Montebourg, avant de poursuivre : "la politique d'austérité imposée par l'Europe est elle soutenue par nos concitoyens ? La réponse est non. Elle est rejetée par tous les peuples. Donc s'il y a une crise de régime, c'est au niveau de l'Union européenne, où il n'y a nul débat démocratique sur les causes et les conséquences de cette politique d'austérité qui nous entraîne collectivement dans une spirale récessive."

D'autre part, le commissaire général à l'investissement Louis Gallois a estimé, dimanche 21 avril, que l'Europe était en train de prendre "conscience que l'addition des politiques d'austérité conduit dans le mur".

Il est temps de pousser la barre à gauche, de relancer la consommation, donc la production.

Change de cap, président.

dimanche 21 avril 2013

Au printemps



"Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d´amoureux
Aux bergères peu sages
Vois tout Paris
Joue la fête au village
Pour bénir au soleil
Ces nouveaux mariages"


Vous y croyez toujours à la lutte des classes, vous ?


L’accord national interprofessionnel (ANI) sur la sécurisation de l’emploi n'est pas un sujet populaire. D'ailleurs Gérard Filoche l'explique très bien, fort de ses 30 ans d'inspecteur du travail : le code du travail est le plus méconnu de tous les codes, et c'est la hantise des chefs d'entreprise.

C'est bien pour cela qu'on s'arrange pour ne pas trop en parler. Sur l'audiovisuel public, le sujet est déprogrammé, ainsi que les interventions de Filoche. Arrêt sur Images l'a évoqué il y a peu, et avait déjà constitué un solide dossier sur le sujet, en détaillant les dangers de cet accord trop inspiré des désirs du Medef (A lire ici).

L'article cite la vidéo ci-dessus en ces termes : "Invité à Argelès-sur-Mer le 14 mars dernier, Filoche tient conférence pendant une heure et quart. Sans notes. Juste un micro. Autant le site est confus, autant sa parole est limpide. Excellent tribun, l’homme nous tient jusqu’au bout de sa démonstration. Son fil rouge est de nous prouver que le diable se cache dans les détails", et se conclu en ces termes : "Je vous invite à regarder entièrement cette vidéo. Sans elle vous aurez du mal à comprendre l'ensemble des enjeux de l’ANI."

Mais comme 35 députés socialistes ont préféré s'abstenir sur le projet de loi la semaine dernière, le gouvernement a utilisé samedi la procédure du vote bloqué pour accélérer l’adoption du projet de loi sur l'emploi au Sénat, où Marie-Noëlle Lienemann est une des socialistes les plus opposée au texte. "Un déni de démocratie", attaque le PCF vent debout contre cette procédure. Eliane Assassi, chef du groupe communiste déclare au JDD : "Je leur avais dit que le temps prévu ne suffirait pas. Ce coup de force lourd de conséquences ne restera pas sans lendemain", menace-t-elle. Avant de conclure lapidaire que ce projet n’est pas "un texte de gauche".

Bien moins médiatique que l'affaire Cahuzac ou le Mariage pour tous, cette loi sur l'emploi est pourtant l'acte de trahison du gouvernement a son idéologie fondée sur la lutte sociale.
Cahuzac, justement, lançait il y a quelques temps à Jean-Luc Mélenchon, pendant leur débat télévisé : "vous croyez toujours à la lutte des classes vous ?  je n'y ai jamais cru."

Cahuzac le traître si commode, comme Goldstein dans 1984 d'Orwell, n'est plus là, mais la vraie trahison est toujours présente, pour rompre avec des siècles de progrès continu des conditions de travail.

mardi 16 avril 2013

Lettre à Basile de Koch



Monsieur de Koch,

c’est avec stupéfaction que je découvre cette lettre à votre frère, Karl Zéro, dans laquelle vous défendez votre compagne, Frigide Barjot. 
Je vois que vous n’y mentionnez pas “Le mariage pour personne”, et je dois en déduire que vous avez abandonné cette cause guidée par la justice et l’égalité. 

Pourtant, dans votre lettre à François Hollande du 10 janvier, vous aviez fait preuve d'une lucidité rare chez nos concitoyens pour décrire votre vision du mariage :
"Le mariage est le contraire du sentiment amoureux, enivrant et volatil : un astreignant et interminable CDI !
Oui à l’égalité, à condition qu’elle soit un progrès pour tous ! Les gays ont toujours été en avance d’une tendance ou d’un décalage. Au nom de quoi figer leurs amours dans un cadre bourgeois hérité du XIXème siècle le plus hypocrite ?
L’avancée sociétale, la vraie, c’est l’inverse : débarrasser aussi les hétéros de cette institution, dont ils ne se savent même plus pourquoi ils l’ont épousée !"
Que penser ce cette citation tirée de votre nouvelle lettre de ce jour ?
"Ce jour-là, j’ai appris que tu étais un chaud partisan du « mariage pour tous » – sauf pour moi."
N’auriez-vous embrassé cette noble cause que par votre goût du pastiche et de la dérision ?
Si cela était, sachez que vous ne sortiriez pas grandi de cette triste farce, et que vous ne mériteriez que le mépris de ceux qui vous auriez trahis.

Le Mariage pour personne est une alternative moderne, laïque et novatrice à cette fracture violente qui déchire notre société. 
Victor Hugo a usé d'une belle métaphore pour décrire cette stupidité qu'est le mariage :
« Le plus sot endroit où l’on puisse fourrer son museau, c’est une muselière. Les chiens du moins ne le font que de force ; l’homme est assez bête pour le faire de plein gré, le jour où il se marie. »

Je vous demande, M. de Koch, de vous expliquer clairement sur votre position concernant le Mariage pour personne, en acceptant de mettre en sommeil vos habituelles postures burlesques et vos fanfaronnades. 

Maire, notaire, belle-mère : halte à la galère !

jeudi 11 avril 2013

Pinel contre les auto-entrepreneurs



Le régime de l'auto-entrepreneur a été créé par la loi de modernisation de l'économie (LME) d'août 2008. Il s'applique depuis le 1er janvier 2009 aux personnes physiques qui créent ou possèdent déjà une entreprise individuelle pour exercer une activité commerciale, artisanale ou libérale (hormis certaines activités), à titre principal ou complémentaire.

Ils sont 800 000 et génèrent un peu plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaire par trimestre. Près de la moitié ne dégagen pas de chiffre d'affaires, 90% de l'autre moitié réalisant un chiffre d'affaires inférieur au Smic. (source)

Qui sont-ils ?
70% des auto-entrepreneurs sont des hommes (contre seulement 63% pour les créateurs d'entreprises classiques). Leur âge moyen est de 40 ans (37,5 ans pour les autres entrepreneurs), et 8% des auto-entrepreneurs sont des retraités (soit deux fois plus que chez les créateurs d'entreprises classiques). Il y a moins de jeunes auto-entrepreneurs : 21% ont moins de 30 ans, contre 28% en moyenne pour les créateurs d'entreprise ces dernières années. 31,2% des auto-entrepreneurs sont sans-emploi, et 36,7% sont salariés.
(source, chiffres 2009)

Le gouvernement souhaite limiter à quelques années le bénéfice du régime de l'auto-entrepreneur lorsqu'il est utilisé pour exercer une activité principale, dans le but affiché de favoriser la création d'entreprises classiques à plus fort potentiel de croissance. Or, l'Inspection générale des Finances (IGS) et l'Inspection générale des Affaires sociales (IGAS) ont remis à Sylvia Pinel un rapport d'évaluation du régime créé en 2009 qui préconise l'inverse. Celui-ci recommande en effet d'"accompagner l'auto-entrepreneur dans la pérennisation et le développement de son activité", mais ne préconise pas de limitation dans le temps. (source)

Alternative au chômage, à la précarité salariale, au travail au noir, ce statut pragmatique et de bon sens, en temps de crise, de destruction d'emplois et de recul du pouvoir d'achat, ne plait guère à la représentante PRG du gouvernement.
Pourtant, ce statut simplifié semble conforme "au choc de simplification" vanté par le président de la République… non ?
Messieurs les auto-entrepreneurs, vous qui avez l'outrecuidance de travailler pour moins qu'un Smic plutôt que de vous complaire au RSA, soyez intelligents, semble leur dire Sylvia Pinel, travaillez au noir et touchez des allocations.

Si c'était pour qu'on récupère Sylvia Pinel au gouvernement, M. Baylet aurait mieux fait de s'abstenir de participer aux primaires de gauche l'an dernier.

vendredi 5 avril 2013

Seuls les imbéciles payent leurs impôts


Les impôts, on ne parle que de cela depuis un an.
Et toutes les affaires tournent plus ou moins autour de cette question fiscale.

Dans notre vie de tous les jours, le marketing s'est emparé de ce concept aussi vieux que l'état: comment échapper au gabelou ?

Les boîtes aux lettres débordent de prospectus, ou d'e-mails, pour des investissements immobiliers, des dons caritatifs, des cabinets de gestion financières, qui utilisent le même argument : payez moins d'impôts.

Devant ce matraquage incessant, le contribuable moyen est saisi de honte : comment ? je n'ai rien trouvé pour contourner cette charge que tous m'incitent à ne pas payer... Je suis donc un imbécile !

L'Etat lui-même multiplie les niches fiscales, lois Scellier, Duflot, Coppé… etc. Il nous donne ce message : ne payez pas d'impôt, vous seriez des imbéciles.
La plus célèbre niche fiscale n'est-elle pas celle du mariage ?
Mariez-vous, vous paierez moins d'impôts, nous dit la loi, associant ainsi l'amour à la défiscalisation… on ne pouvait trouver meilleur message.

Les hommes d'affaire se justifient d'avoir des sociétés dans des paradis fiscaux, au nom de l'efficacité, de leur sens intelligent des affaires et surtout de la légalité de leur démarche. Les hommes d'affaires ne sont pas des imbéciles, c'est bien connu.

Cette preuve d'intelligence fait, entre autre, qu'un minuscule archipel des Caraïbes, les îles Caïmans, est aujourd’hui le quatrième centre financier mondial.
Les actifs financiers qui sont cachés dans les paradis fiscaux seraient ainsi autour de 25 500 milliards de dollars, soit plus que l’addition des PIB des États-Unis et du Japon !

Les vedettes devenues millionnaires (et forcément affairistes) s'exilent hors de France avec fierté, comme des leaders charismatiques, pour dénoncer l'injustice de ce pays qui veut faire payer des impôts aux plus riches, comme s'ils étaient des imbéciles.

Ce bourrage de crâne fonctionne très bien. Pour ne pas passer pour des imbéciles, les contribuables échappent toujours plus à l'impôt.

Antoine Peillon (ici son blog sur Mediapart) affirme, sans être démenti ni contredit, que « les avoirs dissimulés au fisc français sont presque de l’ordre de toute la recette fiscale annuelle du pays » et que l’évasion fiscale, individus et entreprises confondus, « s’élève au minimum à 590 milliards d’euros, dont 108 milliards rien qu’en Suisse »

Bonne nouvelle ! Les Français ne sont pas des imbéciles.

A lire, sur Médiapart : Combattre la mafia de l'évasion fiscale par Edwy Plenel

jeudi 4 avril 2013

Montebourg, l'ultime recours



Arnaud Montebourg a porté des idées, pendant la campagne des primaires, qui semblent aujourd'hui des rêves : 6e République, transparence, moralité et régulation financière… Seul le renouveau productif, dont il s'occupe activement, est en application.

J'ai vu Montebourg mardi, à Marseille, alors que l'affaire Cahuzac venait d'exploser dans toute sa splendeur, comme le bouquet final qui marque la fin des festivités.

Fini de rire en effet. La République irréprochable n'est pas celle qu'on croyait.

Devant mes yeux qui recouvrent leur acuité, se profile une coterie digne de Florence, un mélange d'affairistes cupides dont la seule gloire est de savoir évoluer avec brio dans la zone grise des paradis fiscaux ou des comptes anonymes, une zone border line, ni illégale mais pas morale non plus. Exactement la même zone grise qui permet M. Takieddine de ne pas payer d'impôts ou de se louer à lui-même une demeure de roi, pour une somme dérisoire.

Cette zone qui est une grande lessiveuse et que Montebourg dénonçait en 2000, avec Vincent Peillon. Il est aujourd'hui dans la même équipe que ces aventuriers du lucre.

Il a parlé mardi, de cette 6e République dont nous avons besoin, pour refonder notre démocratie, parce qu'il faut assoir le redressement de la France sur des fondations solides, sans quoi tout s'écroule ou se fissure.

En apprenant les aveux de Cahuzac, il a dit que c'était comme s'il tombait de sa chaise, partagé entre colère et tristesse.
Et tous ses amis partagent cette rage… cette occasion manquée de voir appliquer des idées vertueuses, ces idées qu'on peut porter avec fierté, celles qui concrétisent nos rêves.



Il y a 3 ans, Montebourg déclarait : "Face à ce monde qui change, les remèdes gestionnaires de la social-démocratie, qui ont pu fonctionner par le passé, sont dépassés. Repenser la gauche et proposer enfin un nouveau modèle, voilà l’ambition  de mon projet".


Un projet dont nous avons toujours besoin. François Hollande devrait y réfléchir.

dimanche 31 mars 2013

Marseille ma ville, page 98

Marseille, ma ville.
Par Xavier Monnier, édition Les Arènes (mars 2013). 19,80 €.

samedi 23 mars 2013

La sorcière de Marseille



Pour avoir suivi de près le procès de Sylvie Andrieux, en écoutant attentivement la plaidoirie de la défense, et lu globalement le traitement médiatique de l'affaire ainsi que les commentaires divers exprimés sur Internet, il m'apparaît plusieurs choses à l'esprit.
Ces trois semaines aux multiples rebondissements méritent qu'on y revienne.

Tout d'abord, il est à mes yeux très clair que des éléments du réquisitoire de la partie civile (la région Paca, représentée par Me Gauer) ont "fuités" dans la presse dès le début 2013 (j'avais développé ce thème ici même), dans la Provence me semble-t-il, une manière de préparer l'opinion et de donner un premier référent aux journalistes. Dans La Provence paraît un article sur cette affaire avec en encadré sous la mention "La Phrase" : "Des déclarations permettent de caractériser comment Sylvie Andrieux avait détourné, au profit de sa carrière politique, des fonds publics destinés à aider des associations de quartiers déshérité" - Le Juge d'Instruction.

Puis la lecture d'un article de Xavier Monnier dans Bakchich m'a fait me poser des questions sur la réalité de cette affaire (je cite) :
"La députée socialiste est la seule élue renvoyée devant le tribunal pour détournement de fonds publics. S'annonce moins le procès d'un système que celui d'un fusible".
Xavier Monnier vient de publier un livre sur Marseille qui démontre sa parfaite connaissance de la ville et de son climat politique. Il a d'ailleurs été cité tout à la fois par la défense et l'accusation pendant ce procès… on ne doutera pas de la pertinence de son jugement avec de telles références.


Ainsi, si je reprends l'origine de l'affaire (aux alentours de 740 000 € détourné par des associations fictives, dans le cadre de la délégation "politique de la ville" entre 2004 et 2007) et que je la remets dans son contexte, je constate :
que sur ces 4 ans la région Paca a versé plus d'un milliard d'€ de subventions, toutes délégations confondues. Que cette malversation ne représenterait donc que moins de 0,1 % de ce total. Soit Paca est la région la vertueuse des régions, soit on ne nous dit pas tout (et c'est une autre enquête, que je laisse à X. Monnier).

Ensuite, en étudiant l'accusation, je remarque qu'on accuse la députée d'avoir exercé des pressions, usé de subterfuges (présenter des dossiers en masse et à la dernière minute pour ne pas laisser le temps aux services administratifs de les vérifier) ceci pour favoriser des associations fictives dans un but électoraliste (l'enrichissement personnel est exclu).

Maître Di Marino a démontré que cette accusation est fausse, en se référent à l'historique des dossiers incriminés (qui étaient sous scellés) : ils ont tous été présentés entre 30 et 267 jours ouvrés avant leur vote.

Quant aux pressions, un fonctionnaire de la région en poste jusqu'en 2007 a déclaré à la police (je cite la pièce 009194) :
Question : Les personnes qui vous ont succédé dans le service, (…), ont déclaré avoir relevé des anomalies, les avoir signalées et avoir eu des pressions de la part de l'élue Mme Andrieux, voire de leur hiérarchie pour faire payer les subventions. Comment se fait-il que vous n'avez pas eu de pressions comme vous l'avez indiqué hier ?
- Réponse : je confirme que je n'ai pas eu de pression. Tout se passait normalement.
Effectivement, des anomalies ont été signalées en septembre 2007, et à partir de ce moment là, Sylvie Andrieux n'a plus signé, ni voté de demande de subvention… à la différence du président de région, pour les 2 dossiers incriminés présentés après cette alerte.

Enfin, il est important de bien comprendre le circuit administratif permettant d'attribuer une subvention (Marsactu a réalisé une infographie assez claire) pour se rendre compte que Sylvie Andrieux n'avait aucun moyen de débloquer un paiement.
Son rôle n'était que celui de responsable d'une délégation, à laquelle on adressait des demandes traitées par ses collaborateurs. Ceux-ci avaient pour tâche de les transmettre a des services administratifs qui en contrôlent les pièces constitutives avant de les valider pour qu'ils soient votés par l'assemblée des conseillers élus.

C'est donc en levant les scellés au premier jour du procès que la défense a pu découvrir la vacuité de l'accusation.

Et l'accusation de clientèlisme ?

En imaginant que Andrieux DOIT acheter des voix pour se faire élire,  quelle carambouille a-t-elle trouvé pour acheter ses voix en 2012, alors qu'elle n'était plus à la région et donc ne pouvait subventionner aucune association ?
Je passe sur le fait que cette accusation revient à dire que ses électeurs sont tous corrompus et prêts à se faire acheter, ce qui me semble une triste vision de la démocratie…

D'autre part, les bureaux de vote des quartiers sensés être "contrôlés" par les président de ces associations fictives, bénéficiaires de la fraude, sont marginaux, avec beaucoup d'abstention, et leur vote en faveur d'Andrieux ne connait pas de variations notables de scrutin en scrutin. Si tentative de clientélisme il y a, elle est ratée et bien mal ciblée, avec un coût et des risques inconsidérés pour gagner quelques dizaines de voix. Etonnant mobile pour celle qu'on qualifie de vieille routarde de la politique.

Ce procès pourrait en réalité n'avoir qu'un but : détourner l'attention pour ne pas compromettre le président de la région, ni le système défaillant établi depuis si longtemps qui arrange tous les élus, de toute obédience. C'est ce qu'il ressort des auditions.

Le président de la région, puisqu'on en parle, a d'ailleurs fait une apparition au procès, sous un statut indéfini, ni témoin, ni prévenu, et on peut rester circonspect devant cette démonstration médiatique, orchestrée comme pour confirmer une autorité que personne n’a pourtant jamais contestée.
Quelle était sa motivation ?  Il n’a pas éclairé les débats, tout au plus s’est-il disculpé de la moindre mise en cause, ce qu’il avait déjà obtenu au cours de l’instruction, pour lui-même, son DGS et son directeur de cabinet.
N’était-il pas assez convaincu de son non-lieu pour qu’il ressente le besoin d’en réaffirmer les conclusions en public ?

Qu'en conclure ?

Il est effectivement tout à fait louable de dénoncer les malversations, c'est même un devoir civique, mais se tromper de coupable n'est pas une attitude vertueuse, bien pire : elle renforce un système corrompu où la désignation d'une sorcière à brûler, comme dans un sacrifice expiatoire, permet d'en conforter la pérennité.

Un site existe, créé sous l'impulsion du mari de Sylvie Andrieux, pour apporter un éclairage sur cette affaire, bien différent du "story telling" en vogue actuellement :
Sylvie Andrieux : la vérité

Et ce "story telling" à la mode colle parfaitement avec l'actualité. La vox populi mélange en effet allègrement Cahuzac, Guérini, Andrieux et depuis hier Sarkozy, dans un même sac à ordures.
"Tous pourris", "tous les mêmes" entonnent ensemble les extrêmes, de gauche comme de droite.
Dans les forums, des petits Saint-Just, défenseurs de ce nouveau principe de "présomption de culpabilité", appellent à brûler cette sorcière. Ils exigent qu'elle rende l'argent qu'elle a mis avec avidité dans sa poche avec ses doigts crochus.

Hallucinant raccourci pour décrire une femme qui se dit victime de son entourage, qui l'aurait contournée et trompée pour de basses motivations vénales.

Jugement le 22 mai.

vendredi 22 mars 2013

Le Pays d'Arles est-il à la gauche ou à la droite ?



Illustration : le dernier plan proposé par le préfet de Région en 2011…

La réforme territoriale prend des tournures inattendues…

Si la Métropole de Marseille provoque des tensions extrêmes à l'est des Bouches-du-Rhône, il en est de même à l'ouest, où l'idée d'une EPCI regroupant tout le pays d'Arles ressurgit… dans les rangs de l'opposition de droite arlésienne.

Serge Berthomieu, rejoint par Louis Sayn Urpar, réclame donc au maire communiste de mettre en place ce qu'avait refusé le préfet de Région, M. Parant, à l'époque sarkozyste.
Ceux-ci demandent une délibération pour confirmer leur volonté de voir le Préfet unifier l'ensemble du Pays d'Arles en communauté d'agglomération.

Pourtant j'avais assisté le 4 mai 2011 à une réunion des maires du pays d'Arles sur ce thème, et Michel Vauzelle qui plaidait pour l'union des communes de Châteaurenard aux Saintes-Marie-de-la mère, exactement ce que réclame aujourd'hui a droite arlésienne, s'était vu contredire par le député-maire UMP de Châteaurenard Bernard Reynes, jaloux de garder sa propre EPCI tournée vers la très droitière Avignon.


Je ne peux m'empêcher de penser à l'origine de cette réforme territoriale. Elle est directement issue du rapport Attali de 2008, qui prévoyait un redécoupage de la France axé sur les grandes métropoles, avec la disparition des départements, des conseils généraux etc.
Je me souviens de la présentation qu'avait faite Attali de son rapport : il avait insisté pour dire que c'était une globalité, où il fallait tout prendre en bloc ou ne rien tenter.


Quand je vois les absurdités de cette réforme territoriale aujourd'hui, où les maires de l'ouest du département sont solidaires de ceux de l'est qui refusent la Métropole Marseillaise (on se demande pourquoi), ce bricolage commencé sous le gouvernement Fillon, interrompu quand le Sénat a basculé à gauche puis repris par Jean-Marc Ayrault, sans que personne n'y comprenne réellement les utilités ou les enjeux, je ne peux m'empêcher de sourire en pensant à Jacques Attali et son avertissement : "prendre tout en bloc ou ne rien tenter".

jeudi 21 mars 2013

Propagande


Ma dernière couverture pour L'entreprise officinale (n°6), terminée il y a 2 heures à peine.

Pour ce numéro j'ai détourné les affiches de propagande de l'époque Mao. J'avais déjà traité ce sujet il y a longtemps, ici même. (Le socialisme chinois en images)

Voici les 2 affiches que j'ai scandaleusement pompées :










J'ai déniché ces merveilles sur un site incontournable : Maopost.com

mercredi 6 mars 2013

Un grand homme est mort


Gamal Al-Banna est mort et je suis bouleversé.

Certes, ce n'est pas un mort "célèbre" pour les Français, comme Chavez ou Savary (que Dieu, s'il existe, veille à leur âme).

Pour beaucoup de musulmans c'est même une bonne nouvelle. Il militait pour une réforme de l'Islam, et critiquait même l'essence du Sunnisme : la sanctification des hadiths.
Pourtant, Gamal Al-Banna était le petit frère de Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères Musulmans. Mais sa vision de la religion, intellectuelle et mystique, était tout le contraire de l'obscurantisme.

Quand les Frères cherchent à imposer le voile pour les femmes, il disait :
« le Coran ne dit pas que la femme doit porter le voile, seulement qu'elle doit cacher sa poitrine ».

Concernant les hadiths, il est sans ambiguïté :
« Des milliers de hadiths ont été fabriqués au fil des siècles pour servir des intérêts religieux ou politiques. Cela n'a aucun sens de s'y référer pour répondre aux questions d'aujourd'hui ». Il faut « se débarrasser des milliers de commentaires et de hadiths dont beaucoup ont été fabriqués et contredisent le Coran. Ces paroles, même si elles faisaient sens à leur époque, ont mille ans et on ne peut pas les appliquer aujourd'hui. »

Gamal Al-Banna était néanmoins un grand érudit de l'islam, fils d'une lignée respectée. Il avait compilé des milliers de hadiths, en poursuivant le travail de son père. C'est sans doute cette érudition et le sérieux de ses travaux qui lui ont évité d'être assassiné par les plus fanatiques des barbus égyptiens, pour ses pensées réformistes, hérétiques aux yeux des fondamentalistes.

Mais il est mort tout de même, personne n'est éternel.

Gamal Al-Banna avait une autre facette, celle d'un spécialiste du monde ouvrier et du syndicalisme. Il réalisait cette synthèse entre la religion éclairée et une forme de socialisme qui aurait dû être l'avenir du monde arabe. Ancien responsable du Syndicat général des ouvriers de l'industrie textile, il avait enseigné pendant plus de trois décennies à l'université ouvrière du Caire.
Seulement, voilà, ce réformiste musulman, qui osait affirmer que "l'islam est arriéré de quatre siècles", dérangeait les Frères musulmans, aujourd'hui au pouvoir en Égypte.

Peut-être que la folie de Nasser et sa défaite face à Israël a définitivement enterré le concept d'un socialisme laïque arabe. En effet, après 67, les mouvements religieux ont justifié la défaite de la guerre des 6 jours par l'absence de religion dans le gouvernement de l'Egypte, et leur vision obscurantiste a pris le dessus. L'occident en pleine guerre froide n'a pas manqué de soutenir ces mouvements religieux que Nasser, l'allié de Moscou, avait muselés.

Gamal Al-Banna, avec sa vision rénovée de l'islam, n'a plus été écouté. Pensez-donc, il ne portait même pas la barbe. Et l'islam s'est enfermé dans la lecture littérale des hadiths du moyen-âge. Avec sa mort, l'espoir de voir évoluer l'islam s'éloigne un peu plus. J'ai souvent rêvé que Gamal Al-Banna aurait pu être le Martin Luther de l'islam…

Ah, mais moi et mes fantasmes, il faudra bien qu'un jour je garde les pieds sur terre. La réforme de l'islam n'est pas pour demain, c'est bien les courants intégristes qui gagnent en influence.

Voilà ce que je voulais dire, alors que mes espoirs d'un futur meilleur et d'une réconciliation entre ces civilisations qui s'affrontent sont morts aujourd'hui.

Pour Aller plus loin :
Médiapart, un de mes articles sur Gamal Al-Banna
Un article sur Rue 89
Gamal Al-Banna cité sur Le Monde des Religions
Le Point fait sa nécrologie, un très bel article.

lundi 4 mars 2013

Le nouveau livre d'Arnaud Montebourg


On attendait depuis longtemps le nouveau livre d'Arnaud Montebourg, après "Des idées et des rêves", "Votez pour la démondialisation" et "Anti-manuel de politique", le fougueux ministre du Redressement productif a écrit… un livre de recettes de cuisine !

"Que des recettes de France" nous a confié Arnaud Montebourg, "dont des vieilles recettes oubliées de nos campagnes, la célèbre couleuvre farcie de Louhans, le sauté de couleuvre à la châlonnaise, le bourguignon de couleuvre sauce Bibracte…"

C'est en effet cet inoffensif reptile qui fait les délices de Montebourg. Nous avons aimé les accras de couleuvre, une recette antillaise, sans doute un souvenir de ses amours passés.

En vente le 1er avril dans toutes les bonnes librairie (29,90 € aux Editions Bataves).

vendredi 1 mars 2013

Sylvie Andrieux : une victime médiatique



Connaissez-vous Sylvie Andrieux ?

On commence à parler dans les médias de cette députée PS des Bouches-du-Rhône qui est accusée de détournement de fonds publics.
En lisant la presse, on peut se faire une idée de qui est Andrieux… Mais cette vision ne correspond vraiment pas à l'image qu'en ont ceux qui connaissent la députée.
Je suis de ceux-là. Ayant des amis en commun avec cette élue, m'étant impliqué dans la campagne des primaires socialistes, puis dans la campagne présidentielle, j'ai rencontré souvent Sylvie Andrieux. Et la lecture des articles la concernant me laisse pantois.

Jugez plutôt : dans La Provence, le 7 janvier, un article consacré aux procès de l'année résume les faits qu'on lui reproche. Des subventions ont été versées à des associations fictives dans le cadre de la "politique de la ville", dont Andrieux avait la délégation, en tant qu'élue régionale et vice-présidente de la Région.  Pour illustrer cette affaire, le journal cite une des personnes impliquées (anonyme) : "Dans le quartier, il se dit que le parrain, c'est Mme Andrieux et que rien ne se fait sans elle".
Hier, dans le Parisien, cette citation est reprise de la même manière dans un article lui aussi consacré à cette affaire, mais cette fois en intertitre : "Dans les quartiers, il se dit que le parrain, c’est Mme Andrieux" et cette citation est cette fois placée dans la bouche "d'un dirigeant d'association", sans préciser que cette personne est impliquée dans l'affaire.
Un peu plus loin, le journaliste rajoute : Certains dénoncent aussi le comportement autoritaire et brutal de l’élue. L’une assure qu’« avec Mme Andrieux, on était dans un monde de menaces ».

Tout lecteur découvrant cette affaire selon ces lectures se fera évidemment une image particulièrement noire de la députée. Un "parrain" qui menace avec brutalité… ajoutons la réputation sulfureuse de Marseille, avec ses trafics et ses assassinats, et voilà Sylvie Andrieux habillée pour l'hiver… et le printemps.

Cette image est  fausse. Je vais démontrer pourquoi, et comment les approximations journalistiques, volontairement ou par négligence (je n'en sais rien), peuvent détruire l'image d'une personne et fouler aux pieds la présomption d'innocence par des insinuations sans objectivité.

Le dirigeant d'association dont les paroles font les délices des journalistes s'appelle Abderrazak Zeroual. Il est impliqué dans ces détournements de fonds, a été largement bénéficiaire des escroqueries. Il est défavorablement connu des services de police et possède un lourd passé judiciaire. D'autre part, c'est un adversaire politique de Sylvie Andrieux, proche de l'Ump, et qui, à ce titre, a été assesseur et président de bureaux de vote pour l'Ump. On interprétera donc l'exagération de ses propos ("parrain des quartiers nord") à la lumière de son engagement partisan.

On comprend aussi pourquoi les journalistes ne citent pas l'identité du personnage : celle-ci annule l'aspect "sensationnel" du "scoop". On peut aussi s'interroger sur leur éthique. Négligence ? Volonté délibérée ? Travail de commande à but politique ? Je n'en sais rien, encore une fois, mais je m'interroge…

Venons-en à ceux qui dénoncent le comportement autoritaire et brutal de l'élue : en réalité, cette affirmation est celle d'une chef de service de la Région, qui a eu UNE conversation téléphonique houleuse avec Andrieux au sujet d'un dossier de subvention. Il s'avère que l'association qui a provoqué cette dispute n'était pas une de celles soupçonnées de fraude et que l'objet du litige portait sur un dossier de demande de subvention qui n'était pas complet. Rien de bien terrible, en réalité. Là encore, cette affirmation de comportement autoritaire et brutal ne repose que sur un coup de téléphone, sorti de son contexte.

Je ne veux pas me substituer à la justice, qui est seule habilitée à décider de la culpabilité ou de l'innocence de Sylvie Andrieux. Mon propos est juste de rétablir les faits tels qu'ils se sont produits, et d'apporter un éclairage objectif sur des allégations colportées dans la presse qui me semblent fallacieuses.
Peut-être que l'image que j'ai de la députée n'est pas juste, c'est possible, mais à mes yeux Sylvie Andrieux est une personne intègre et chaleureuse.
Quoi qu'il en soit, cette image que j'en ai ne correspond pas à celle qu'en donnent les médias, et je veux l'exprimer en toute sincérité.

Sylvie Andrieux a été réélue au mois de juin pour la troisième fois, ce qui justifie à mes yeux que ceux qui la connaissent lui accordent leur confiance et la lui renouvellent. Ainsi que le dit Patrick Mennucci, son collègue de l'Assemblée Nationale : « Elle a un secteur en or, elle gagne toujours haut la main, pourquoi prendrait-elle de tels risques ?. » En effet, la justice ne lui reproche ni enrichissement personnel, ni à destination de son parti.

Pour finir, je lui laisse la parole, telle qu'elle l'a exprimée dans une interview au Parisien : "Je souhaite, au terme de ces débats, être relaxée et que mon honneur soit enfin lavé de toutes les infamies qui ont été déversées sur mon compte depuis tant d’années. Je tiens à préciser que l’enquête du juge d’instruction a mis en évidence que je n’avais jamais commis une escroquerie ou tentative d’escroquerie. Le magistrat a décidé, malgré tout, de me renvoyer devant le tribunal pour détournement de fonds publics. Cette accusation n’est absolument pas étayée par des faits et elle est rigoureusement sans rapport avec l’escroquerie dont a été victime la région. Je dirai toute la vérité et j’apporterai les preuves."

Le traitement médiatique de cette affaire a déjà détruit l'image et l'honneur de cette élue de la Nation. Je souhaite que les journalistes qui traiteront cette affaire dans les prochains jours le fassent avec toute l'éthique et la déontologie que les citoyens attendent de leur profession.

La justice rendra son verdict à la fin du mois.