mercredi 8 mai 2013

Claude Guéant et ses réseaux

 
Guéant, Kadhafi et Sarkozy le 25 juillet 2007 à Tripoli (Pascal Rossignol/Reuters)

Claude Guéant est sur la sellette.
Et pour une broutille, 500 000 euros dont il peine à justifier l'origine. Et on peut effectivement parler de broutilles quand on observe les affaires auxquelles Guéant a été mêlé.
Cet ancien chef de la police est surtout un homme de réseaux. Et si ses ennuis actuels viennent de Takieddine, qui l'a "balancé" aux juges, ce n'est pas sans raison.
On peut y voir un effet de la rivalité Djouhri-Takieddine

En effet, Guéant est proche d'A. Djouhri. "Il est imposé par Guéant et Squarcini sur les grands contrats" affirme Takieddine.

 Claude Guéant, c'est aussi une histoire de familles…

Jean-Charles Charki, son gendre, est très proche de lui (il partage les même bureaux depuis que Guéant est devenu avocat, associé avec son fils François, après la défaite). le cabinet Guéant Avocats siège – discrètement – avenue George-V, en face du palace du même nom, précise le journal Le Monde. Du 17 au 19 octobre 2012, Claude Guéant s'est rendu en compagnie de son gendre à Malabo, dans cette Guinée équatoriale au cœur du scandale des biens mal acquis.
Après le Gabon, où il s'est entretenu avec Ali Bongo le 3 décembre pendant deux heures, Claude Guéant a ensuite emmené son gendre à Libreville rencontrer le directeur de cabinet du président gabonais, en compagnie de celui qui l'a initié aux affaires africaines : le conseiller officieux de la droite, Robert Bourgi. Jean-Charles Charki l'accompagne encore, 14 décembre, à Abidjan.

Mais Charki est aussi très ami avec le fils d'A. Djouhri, Germain, qu'il a connu à Londres, selon Olivier Drouin du journal Capital.

Les affaires africaines de Guéant se mêlent à celles de Djouhri… 

Comme cette rencontre en mai 2012 entre Bachir Saleh, l'ex "trésorier" du colonel Kahdafi, et Djouhri, avec Squarcini en guest star, probablement en vue de son exfiltration discrète hors de France où il est recherché. Cela a été raconté en détail par les Inrocks il y a peu. D'après le Canard Enchainé (cité par Rue89) à partir de 2007, Saleh était surtout devenu l’interlocuteur privilégié de Claude Guéant, très assidu chez le Colonel Kadhafi.
 A la chute du dictateur libyen, c'était déjà l'ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon, qui aurait veillé à son exfiltration de Libye, dans un jet privé appartenant à… Alexandre Djouhri (cité par France TV).

Saleh a-t-il aidé la famille Guéant en affaires ? Le Point révèle qu'en 2009 Jean-Charles Charki s'était occupé pour le compte du gouvernement tchadien de la privatisation de la société nationale de télécoms. L'entreprise sera rachetée l'année suivante par le Libyan African Portfolio, une filiale du fonds souverain libyen dirigé par... Bachir Saleh.

Pour le site Maghreb Confidentiel, Djouhri et Saleh sont "inséparables".

L'affaire Guéant va ainsi remuer cette fange sombre qui tapisse le fond du monde des affaires occultes de la droite déchue. Jean-Charles Charki semble un personnage clé de ces réseaux de Guéant, ainsi que Djouhri.

Bolloré est aussi mis en cause, cette fois-ci par M. Dupuydauby, un industriel évincé à la demande de Guéant (selon ce qu'il a déclaré au juge d'instruction) au profit de M. Bolloré, ce dernier obtenant en janvier 2011, juste avant le déclenchement de la révolution qui allait causer la perte de M. Kadhafi, la concession du port de Misrata. Il aurait servi d'intermédiaire, via notamment le Liechtenstein, pour le transfert des fonds libyens destinés au financement occulte de M. Sarkozy. (Le Monde)

 La piste Qatari

Autre domaine qui pourrait intéresser la justice, l'argent Qatari qui inonde la France et peut-être certains de ses dirigeants. C'est ce qu'affirme Takieddine (à lire sur France24) :
"Ces investissements par les dirigeants du Qatar sont faits pour acheter, acheter les dirigeants français. Et ça commence avec Nicolas Sarkozy qu’ils ont acheté de toutes pièces."

Pierre Péan revient lui aussi sur le financement Qatari, dans le cadre de la libération des infirmière Bulgares (Le Point). Là encore, ce serait Djouhri qui aurait "doublé" Takieddine, et une partie de l'argent Qatari serait devenu des commissions occultes pour l'équipe de Sarkozy :

"Ce que des sources m'ont affirmé, c'est que l'argent qui est arrivé du Qatar dans la foulée, pour des montants inconnus et dans des conditions imprécises, a généré des commissions indues versées en France. On me cite un chiffre de 30 millions d'euros. Celui qui a suggéré l'intervention de Cécilia et qui a monté le coup avec le Libyen Bachir Saleh, le directeur de cabinet de Kadhafi, c'est Alexandre Djouhri. Quatre ans après, autres circonstances, c'est encore lui qui a pris un avion de la Global Jet pour Djerba, les 14 et 15 août 2011, afin d'emmener Dominique de Villepin négocier je ne sais quoi avec le même Bachir Saleh !"

Evidemment, en pleine affaire Guéant, il n'est pas très opportun pour Nicolas Sarkozy de prendre la tête d'un fond d'investissement Qatari.
Récemment, en effet, le Qatar Investment Autority, le fonds souverain qatari riche de 100 milliards de dollars, a adressé une lettre d'intention à Nicolas Sarozy, indique le Financial Times, dans laquelle il propose à l'ancien président de diriger un fonds d'investissement privé d'une valeur de 250 millions d'euros. Cet argent serait investi dans des sociétés d'Europe continentale afin de participer à la «reconstruction de l'Europe». (Slate)

NB : ce billet est la suite de celui écrit il y a un an sur Médiapart, consacré à M. Djouhri, qui m'a fait l'honneur de le commenter pour le démentir.

lundi 6 mai 2013

Une année gâchée…








Une année gâchée… c'est ce qui ressort des déclarations des leaders du Front de Gauche.
Ceux-ci s'attachent à parler de l'action générale du gouvernement d'inspiration trop social-libérale selon eux.

Certes, les cadeaux aux chefs d'entreprises sont importants. La fiscalité sur les parts de capital ne rejoint pas celle du travail, le code du Travail est malmené, un plan de compétitivité mobilise des milliards pour l'investissement productif.

Pour les citoyens confrontés à la précarité, sociale et économique, peu d'avantages concrets, beaucoup de contributions demandées.
Il faut être juste : tout changement oblige à une phase de danger, d'immobilisme, d'inquiétudes. De nouvelles mesures sont mises en place et leurs effets ne se font pas encore sentir. Quand un navire contre le vent doit tirer un bord, il est un moment où les voiles fasseillent avant qu'on les borde dans l'autre sens.

D'autre part, cette année n'en est pas une… l'action ne peut vraiment commencer qu'après les élections législatives, juste avant la coupure de l'été. En réalité, il n'y a que 8 mois que le nouveau président a mis réellement en place les dispositifs de sa politique. Les quatre derniers mois ont été particulièrement difficiles.

Il y a des points positifs à défendre néanmoins.
La règle d'or, cet équilibre budgétaire centré autour d'un seuil subjectif de 3 % est renvoyé aux calendes grecques. C'était prévu, mais il fallait faire semblant de s'y tenir… L'austérité devant découler de cette rigueur budgétaire sera moins sévère.
Et puis bien sûr il y a ce plan de réformes mis en place, mais qu'on ne pourra juger qu'en en mesurant les effets à venir.

Le gouvernement est bien face au vent, contraint de tirer des bords, à droite (Moscovici), à gauche (Montebourg), pour avancer lentement dans une direction qu'on perçoit mal. Son action est effectivement embrouillée, faite de concessions et de reculades, de maladresses, de désaccords et de divergences. 
François Hollande est pris au piège de la Ve République, qui nécessite un chef tout puissant. Lui, l'homme des conciliations et des non-dits, s'empêtre dans un communication mal gérée.
Faut-il être un Chirac, tirant des ficelles caché dans son château, ou un Sarkozy, omniprésent et opportuniste ? Hollande n'a pas encore trouvé son style, enfin, c'est ce qu'il faut espérer…
L'opinion se détourne de lui… comment pourrait-il en être autrement ?
Le scandale Cahuzac a été fatal à son image. Pour n'avoir pas su gérer cette crise, il est passé pour un complice, ou un imbécile, au choix, et tout le gouvernement avec.

L'absurde polémique du "Mariage pour tous" a divisé une population sur une question de principe bien inutile à la majorité de la population, hétérosexuelle, de culture judéo-chrétienne et donc marquée par un certain conservatisme. La masse pétrie de bondieuserie qui fait le cœur de la France, choquée par les positions extrémistes de Sarkozy voyait dans le président normal un refuge pour les valeurs familiales traditionnelle. Elle est bien déçue.
Bien entendu, la question sociétale du mariage pour tous n'est pas sans intérêt, mais c'est le genre d'occupation parfaite pour une société optimiste et aisée, à l'économie florissante qui peut en débattre (voire se battre) à loisir.

Dans le contexte actuel, c'est une faute politique. On pourrait se réjouir de voir la gauche unie sur cette question accessoire, si en réalité elle n'était pas fracturée sur l'essentiel. Et la fracture est profonde. Face aux provocations du Front de Gauche, le gouvernement réplique pour bien réaffirmer ses différences et aggraver la rupture. Les prochaines élections municipale sont donc déjà perdues pour la gauche, puisqu'il n'y a pas d'union possible.

On pouvait penser que le gouvernement aurait cherché à diviser le Front de Gauche, en s'appuyant sur les communistes, les mieux représentés localement, mais là aussi il multiplie les camouflets au parlement. Si il aime les questions de principe pour les homosexuels, il ne les aime pas pour les syndicalistes. La loi d'amnistie demandée par les communistes est retoquée à l'Assemblée Nationale après avoir été soutenue au Sénat.

Cacophonie encore, quand les députés socialistes, et le premier d'entre eux, Bartolone, demandent un "deuxième temps du quinquennat, quand ils rechignent à voter les lois de Jean-Marc Ayrault.

Certains peuvent se réjouir de cet anniversaire de l'alternance. Ils abusent de la célèbre méthode Coué, en chantant "tout va très bien, Madame la Marquise"… Ils sont dans leur rôle mais ne trompent personne.

Mieux vaut faire un bilan lucide :
Cette première année ressemble surtout à celle des débutants. Le fond est bon, mais la forme est déplorable. La sanctions prévisible des municipales sera un électrochoc, et les choses devraient s'améliorer ensuite, puisqu'elles peuvent difficilement être pire.

De toute façon, on n'a pas le choix.

dimanche 5 mai 2013

Vive la 6e République !


Bravo le Front de Gauche !