mercredi 23 avril 2014

Le sceptre de la Ve République



Alors qu'on nous bassine avec ce déficit qu'il faut résorber, cette règle d'or à laquelle — il n'y a pas d'autre alternative aurait dit Margaret — nous devons nous soumettre, cette Allemagne qu'on nous montre en modèle, alors que le gouvernement français traque les gaspillages, il y a un sanctuaire que tout le monde connait, mais que seuls de rares blasphémateurs osent remettre en cause : c'est la force de dissuasion nucléaire.

Paul Quilès, ancien ministre de la défense de François Mitterrand, est de ceux-là, mais aussi Michel Rocard.

Il est difficile d'évaluer le coût de cette force de dissuasion, aux alentours de 4 milliards d'euros par an semble-t-il. Mais une chose est sûre, c'est qu'elle ne nous sert à rien. Dans une France Gaulliste, celle-ci pouvait se comprendre. La France était alors le champion des pays non-alignés et de Gaulle allait même défier les USA sur leur continent ("vive le Quebec libre, vive le Québec français, vive la France"). L'arme nucléaire marquait l'indépendance de notre pays qui se rêvait encore comme une des grandes nations du monde.

Tout ceci est terminé.

La France du XXIe siècle est soumise à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, comme une fidèle vassale des USA qui assurent sa protection. Notre arsenal ne pèse rien dans le dispositif nucléaire américain.

Par contre, le modèle de bonne gestion, le pays le plus puissant d'Europe, l'Allemagne, fait lui cette économie de l'arme nucléaire.
Il nous faut tout faire comme l'Allemagne sauf en ce qui concerne l'arme nucléaire.

Cette poignée de milliards, concédée à la danseuse de la République, la force de dissuasion n'est pas autre chose, ne saurait rentrer dans le plan d'austérité actuellement en discussion (enfin, façon de parler).
Pardon, il faut dire le Pacte de responsabilité, ou de solidarité, je ne sais plus… il y a tellement de pactes, de nos jours… Comme disait Jean Jaurès, quand on ne peut plus changer les choses, on change les mots.

Mais revenons à notre sujet.

Au delà d'une hypothétique protection (les guerres indo-pakistanaises nous rappellent ce qu'il y a de mensonger dans l'appellation "dissuasion") l'arme nucléaire symbolise en réalité le pouvoir monarchique de notre Ve République. C'est bien le monarque présidentiel qui seul décide de son usage apocalyptique. En créant la force de dissuasion nucléaire, de Gaulle donnait un sceptre à son pouvoir.

La Ve République, achevée par le quinquennat qui renforce encore son absolutisme, ne saurait se passer de ce symbole du pouvoir absolu confié aux mains d'un seul. Un sceptre à quatre milliards, au bas mot.

Vive la République, mais la Sixième, si possible.

Pour aller plus loin : débat entre Paul Quilès et le général Etienne Copel. (Emission Politiques de S. Moati, à partir de 25')