samedi 27 juin 2015

Quelques réflexions sur le revenu de base

Voici un film suisse intéressant, bien qu’un peu long (pour le monde d’Internet).



Le revenu de base ! Etonnante utopie qui pourrait allier les fondements du communisme au libéralisme rêvé par les entrepreneurs.
Le principe est simple : supprimons toutes les allocations sociales versées sur conditions et remplaçons-les par un revenu donné à chaque citoyen, sans conditions. Le pauvre et le riche touchent le même pécule, permettant de subvenir a des besoins de base (logement et nourriture).

Cela signifie la fin des SDF, mais pas la fin des inégalités sociales.
Mais ce changement n’est pas tant un problème économique — de nombreux économistes participent à la formulation de cette utopie — qu’un problème psychologique. Déconnecter la survie du labeur pour tous les citoyens, serait une révolution, une première dans l’histoire de la civilisation.
Cela ne signifie pas pour autant la fin du labeur, il faut bien meubler l’angoisse existentielle par une activité, travail, jeu, sport… tout est bon pour échapper au miroir de notre âme qui nous renvoie a ce que nous sommes réellement, c’est à dire peu de chose.


L’attribution d’un revenu de base n’empêche pas l’enrichissement pour celui qui a le sens des affaires, ou l’envieux qui veut dépasser son voisin, son rival, en travaillant.
Par le passé, la noblesse oisive a permis aux sciences de se développer, à la philosophie de s’épanouir, au siècle des lumières de briller. Ne pas avoir d’emploi n’est donc pas forcément être inactif, les retraités, de plus en plus nombreux, le démontrent. La grande révolution du revenu de base, c’est qu’il change notre dépendance à l’emploi.
Un revenu de base permettrait aux étudiants de mieux étudier, il favoriserait le travail à temps partiel. Il pourrait changer le rapport de subordination que nous entretenons dans le monde professionnel. Celui qui octroie un emploi, actuellement, procure la survie, le statut social, la dignité ; l’emploi est tout et le perdre est un drame. Le revenu de base perturbe ce rapport de domination.

 Quel sens a le contrat de travail à durée indéterminé si ce rapport de subordination disparaît ? Que devient l’assurance chômage, peut-on la cumuler avec le revenu de base ? Ne vaut-il pas mieux déconnecter cette assurance de l’emploi pour en faire une assurance volontaire optionnelle comme une autre ? Le système de retraite par répartition, qui n’est une sorte de pyramide de Ponzi, n’est-il pas aussi à repenser, pour le libérer aussi de ses liens liés à l’emploi salarié ? C’est donc tout un système social qui serait bouleversé et qu’il faudrait repenser. Le principal obstacle à ce bouleversement, c'est notre conformisme devant cette véritable révolution copernicienne sociale.

A la question du financement, il faut compter qu’en faisant disparaitre toutes les allocations sociales versées sur conditions, on fait disparaitre aussi tous les emplois ce ceux qui gèrent, attribuent, contrôlent et distribuent ces allocations, on libère tous les locaux et le matériel qui va avec. Pour le reste, c’est une proposition de ce film, il s’agit de recentrer la fiscalité sur la TVA, impôt sur la consommation, au lieu de l’imposition sur le revenu salarial.
La démonstration de l'intérêt de la mesure est très intéressante.

Une étonnante utopie, mais nos grandes avancées sociales furent toutes un jour des utopies. Il faut prendre le temps de regarder ce film.

dimanche 7 juin 2015

Paradis perdus



Je suis parfois perplexe devant la situation complètement paradoxale de notre système de pensée et de notre mode vie (l'un allant avec l'autre).
Quiconque suit plus ou moins l'actualité remarquera que l'environnement occupe une place majeure dans les principales questions qui font débat.

Et ce thème environnemental, qui est effectivement essentiel, est joué sur un mode à la fois catastrophique et culpabilisant. En effet, c'est bien l'activité humaine qui détruit son propre environnement.

Mais d'un autre côté, la pression médiatique et morale oblige le citoyen à consommer toujours plus, selon les règles des années prospères de l'après-guerre.
L'invention des produits jetables, du plastique, de l'obsolescence programmée, le besoin de s'assurer un "niveau de vie" calqué sur un modèle fabriqué par l'industrie culturo-consumériste, provoque une double contrainte, un double message contradictoire permanent :
"Tu dois consommer toujours plus" ne s'oppose-t-il pas à "ta consommation détruit l'environnement" ?

Personne n'a jamais décidé consciemment d'imposer ces doubles contraintes, ce langage paradoxal, mais notre culture fonctionne selon des schémas bien établis.

Personne n'a jamais décidé consciemment de reproduire la Bible dans cette nouvelle épopée de l'histoire humaine qui s'écrit devant nous. Mais il est facile de voir des similitudes troublantes entre les mythes bibliques — eux mêmes élaboré d'après des mythes antérieurs — et la manière dont nous racontons notre propre histoire contemporaine, au jour le jour.

Notre quête de retour à la Nature n'est-elle pas celle du retour au jardin d'Eden ?
Comme dans le récit biblique, l'humanité a perdu ce paradis, et elle doit se racheter en payant sa dîme, sous forme d'impôts, de prix plus élevés, etc.
Le message médiatique, messianique pourrait-on dire, est en effet porté par des figures auto-proclamées chargées de "sauver la planète" qui est "malade" par notre faute, et qu'ils soient présentateurs de télévision reconverti, navigatrice en chaloupe ou photographe esthète, leurs fondations rachètent vos péchés pour pas cher.
Nous sommes individuellement responsables, nous sommes coupables, et inévitablement nous courrons à la fin du monde, la fameuse apocalypse qu'on attend depuis des milliers d'années et qui est bien efficace pour motiver les hordes humaines.
Le fait même de penser que la planète puisse connaître le Bien, la santé, ou le Mal, la maladie, montre un anthropomorphisme projeté sur cette nouvelle déesse-mère tout à fait semblable à celui du dieu de la Bible.
La représentation commune de cette nature idéale est aussi une illusion, puisque c'est un monde où le climat n'aurait pas d'évolution, un monde figé dans un temps mal défini ; sans doute après la révolution du néolithique et avant la révolution industrielle, une époque où l'humanité n'aurait plus vraiment de prédateurs naturels, mais déjà de bonnes connaissances techniques et une culture développée.
A chacun de choisir son moment préféré en fonction de l'état de la faune et de la flore qu'il veut y voir*.
Dans cette fable moderne et manichéenne, le péché originel est la connaissance rationnelle avec le progrès industriel qu'elle permet et la cupidité qui en découle, comme dans la Bible où l'arbre de la connaissance porte les fruits défendus.

Mais notre esprit est aussi formaté par un autre paradis perdu, celui des trente glorieuses, de la croissance économique perpétuelle, de l'allongement de la durée de vie, de l'abondance et de la richesse. Un monde bipolaire facile à comprendre, avec les gentils démocrates capitalistes et les méchants marxistes communistes.
Un monde exemplaire qui sert encore de promesse à toute les actions politiques, un monde révolu pourtant, et qui portait en lui tous les malheurs d'aujourd'hui : remembrement agricole et productivisme, consumérisme outrancier et gaspillage alimentaire, politique du tout-nucléaire et dilapidation énergétique, empoisonnement alimentaire et surconsommation d'antidotes-médicaments… la liste de nos maux modernes hérités des politiques élaborées il y a un peu plus d'un demi-siècle est sans fin.

Alors nous voilà devant deux paradis perdus, antagonistes — et tous aussi illusoires que celui de la bible — qu'on nous vend en même temps depuis à peine deux décennies, et dont la quête nous oblige à adopter des postures paradoxales.
Cette double contrainte permanente peut mener à la folie, et l'état actuel de notre société est aussi le reflet de la schizophrénie provoquée par l'impossibilité d'une fusion de ces paradis fantasmés. Il n'est pas étonnant de constater que le paradis religieux tente de retrouver toute sa place face à ce phénomène récent de propagande paradoxale.

Et si on y réfléchit bien, tout ceci n'est que le résultat d'une mauvaise communication, d'une présentation simpliste, archaïque, manichéenne et sans nuance des défis que nous devons relever, appuyée par beaucoup de bons sentiments et d'intérêts à court terme, pour éviter d'avoir à inventer une nouvelle façon de raconter une histoire, une nouvelle manière de penser pour vraiment construire l'humanité du XXIe siècle.

*pour ma part, c'est le XVIe siècle, j'ai toujours voulu voir un dodo en vrai